Notre invité de ce dimanche est Alain Wong, ministre de la Fonction publique et — depuis la démission forcée de Raj Dayal — le suppléant au ministère de l’Environnement. En tant que ministre de la Fonction publique, il a été au four et au moulin cette semaine avec la publication du rapport du PRB et surtout les réactions qui ont suivi. Dans l’interview qu’il nous a accordée vendredi après-midi à son bureau, il revient sur ce rapport, sur son action à l’Environnement, sur des questions d’actualité et le congrès que le PMSD tient aujourd’hui à Rose-Hill.
À quoi sert le rapport du PRB dont chaque édition est dénoncée, contestée, brûlée en public et nécessite la création d’une commission pour revoir ses errors and omissions dont le rapport sera également brûlé ?
Le problème c’est qu’on ne peut pas faire plaisir à l’ensemble des fonctionnaires concernés par ce rapport. Cela étant, il y a dans le présent rapport des omissions directes, celui d’un grade par exemple, des erreurs d’impression.
Mais comment le PRB peut-il faire des erreurs et des omissions dans un rapport qui est sa tâche principale ?
Il faut dire que le rapport est un travail titanesque dans la mesure où il y a tellement de grades et de grilles de salaire à prendre en considération dans la fonction publique. Celui qui est directement concerné voit tout de suite la faute ou l’erreur, mais ceux qui font le rapport sur trois volumes ne les voient pas. En cinq ans, on le temps de se pencher sur chaque item, chaque détail. C’est moins facile en trois ans, ce qui a été le délai donné pour rédiger le dernier rapport du PRB.
Le syndicaliste Rashid Imrith vous accuse d’être en partie responsable du dernier mauvais rapport. Selon lui, vous n’avez pas dialogué avec les fédérations syndicales et « aucun problème n’a été résolu depuis 2015 ».
C’est une histoire que je ne comprends pas très bien. Rashid Imrith était dans mon bureau hier et il affirmé que sa déclaration a été mal rapportée par la presse. Depuis que je suis ministre, j’ai eu plusieurs rencontres avec les responsables des confédérations syndicales, dont Rashid Imrit lui-même, qui m’envoie régulièrement des SMS. Vous pouvez vérifier avec les responsables des confédérations le nombre de rencontres que j’ai eues avec eux. Pour moi, les responsables syndicaux sont des partenaires essentiels pour la bonne marche du ministère de la Fonction publique. Nous avons d’excellentes relations, ils viennent me voir et je vais dans leurs fonctions et séminaires quand ils m’invitent.
C’est ça le rôle principal du ministre de la Fonction publique, aller inaugurer les manifestations organisées par les centrales syndicales ?
Le rôle du ministre de la Fonction publique est de veiller que tous les fonctionnaires puissent travailler dans un bon environnement pour offrir un service efficient et efficace au public.
N’est-il pas temps de faire une réforme en profondeur de la fonction publique au lieu de se contenter d’un exercice de promotion automatique des catégories et des grades tous les cinq ans, une promotion qui concerne uniquement les salaires et pas la performance ?
C’est exactement ce que nous faisons avec le Performance Management System qui est mis en cause par certains syndicats qui pensent que c’est un outil pour réprimander et punir les fonctionnaires, ce qui n’est pas le cas. Ce système de PMS permet de connaître les faiblesses mais aussi les forces de chaque fonctionnaire. On nous a reprochés que le PMS ne concernait que les lower grades pas les executives de la Fonction publique. C’est une affirmation incorrecte dans la mesure où un autre système, le APMR, qui mesure la performance des hauts fonctionnaires, est déjà opérationnel. Comme je l’ai déjà dit, un joueur qui ne joue pas bien dans une équipe n’est pas forcément mauvais et peut devenir performant quand on le transfère dans une autre équipe. C’est ce que nous faisons en interne. Il y a plein de choses qui se passent dans la fonction publique pour améliorer son fonctionnement et son efficacité.
Vous dites que vous disposez d’un système pour évaluer la performance des hauts fonctionnaires. Ce système trouve-t-il qu’un PS qui, en plus de son travail, siège sur une dizaine de comités de corps para-étatiques et pour lequel il est rémunéré fait du bon travail ?
Il y a peut-être un ou deux PS qui sont dans ce cas, pas la majorité. Peut-être que ces PS sont tellement compétents qu’on se les arrache sur les comités, je ne sais pas. Mais il faut que ces personnes démontrent qu’en siégeant sur des comités elles sont aussi performantes dans les ministères où elles sont affectées, que le travail du ministère ne souffre pas du temps passé dans les commissions.
Au début de votre prise de fonction, vous aviez déclaré qu’il y avait des « brebis galeuses » qui ralentissaient le fonctionnement de la fonction publique. Quelle est la situation presque un an et demi après ?
Cette déclaration n’a pas été bien accueillie et on m’a dit que les brebis galeuses n’étaient qu’un petit grain de sable. J’ai rétorqué qu’il suffit parfois d’un grain de sable pour bloquer un moteur sophistiqué. La situation s’est beaucoup améliorée depuis que j’ai fait cette déclaration. Je n’aime ni accuser ni punir, mais j’essaye de régler les problèmes, de comprendre ce qui les provoque. Il faut prendre le temps de discuter, de comprendre pourquoi le fonctionnaire ne fait pas son travail ou n’a pas envie de le faire ou est bloqué quelque part, et en cas de besoin le déployer ailleurs. Nous essayons de créer un environnement meilleur qui aide le fonctionnaire à se sentir mieux. Je me rends compte aujourd’hui qu’il y a des fonctionnaires qui font un travail magnifique et que le système est en train de s’améliorer.
À votre arrivée au ministère, vous avez été scandalisé par les Rs 200 millions par an que l’on payait aux fonctionnaires suspendus. Est-ce que là aussi la situation s’est améliorée ?
Il y avait de quoi être scandalisé, non ? Il y a dans ce dossier des affaires incroyables. Il y avait, par exemple, quelqu’un qui a été suspendu parce qu’il manquait Rs 15 dans ses comptes. Il a été suspendu pendant 14 ans et son salaire lui a été payé tout ce temps-là. À la fin on a découvert qu’il n’était pas coupable et il a refusé de réintégrer le système. Aujourd’hui, dans certains cas, on fait du redéploiement de personnel sachant que la justice peut prendre beaucoup de temps pour terminer une affaire. Je crois qu’il faut essayer de comprendre les situations et ceux qui sont impliqués, et d’essayer de trouver des solutions en interne. À moins que les cas soient graves et relèvent d’une cour de justice.
Êtes-vous satisfait du fonctionnement de votre ministre de la Fonction publique ?
J’ai travaillé dans l’aviation, dans un secteur où on fonctionnait à zéro tolérance. Je dis qu’il y a toujours moyen de s’améliorer, de se former et qu’il ne faut jamais dormir sur ses lauriers. C’est ce que j’essaye de faire au ministère.
Vous êtes depuis peu également responsable du ministère de l’Environnement. Comment expliquez-vous que les autoroutes du pays soient aussi mal entretenues pour ne pas dire pas entretenues du tout ?
Il y a quelques fonctionnaires qui n’ont pas continué à suivre les directives d’avant. Ils ont, semble-t-il, attendu les nouvelles du nouveau gouvernement. En attendant, le travail n’a pas été fait et on a vu le résultat sur nos routes. Par ailleurs, la manière d’entretenir les autoroutes était assez aléatoire selon moi. Je vous donne un exemple : celui qui coupe l’herbe ne taille pas les arbustes et le travail est partagé entre différents ministères.
Ne venez-vous pas de vanter votre système PMS qui permet de mesurer les forces et les faiblesses de chaque fonctionnaire ?
C’est ce système qui nous a permis de comprendre le problème et, maintenant, de trouver les solutions qui s’imposent pour le résoudre. J’ai proposé qu’au lieu de laisser la responsabilité du nettoyage et de l’entretien des autoroutes à plusieurs départements ou sections disséminés dans plusieurs ministères, cette responsabilité soit donnée à une seule entité. Ses employés seront responsables du nettoyage global, aussi de bien couper l’herbe et que les branches des arbustes et les plants de fleurs, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
Ce partage du travail donne lieu à des situations extraordinaires : on a coupé l’herbe sur l’autoroute à Pailles, mais sans toucher aux arbustes décoratifs. C’est ainsi qu’un panneau No U turn est invisible, caché par les feuilles !
Mais il y a aussi le cas de travailleurs qui finissent le travail à midi parce qu’ils n’ont pas de transport ou ceux qui disent qu’ils ne peuvent pas utiliser une tondeuse plus de dix minutes d’affilée pour ne pas l’abîmer ! Résultat : il y a aussi des ronds-points où l’herbe a été coupée mais pas les arbustes qui sont tellement hauts qu’on ne voit pas l’autre côté de la route. Cette situation doit absolument changer et des mesures ont été prises, et on commence à voir le résultat. Mais il faut aller plus vite et plus efficacement, et nous allons y veiller.
De manière générale, Maurice est-elle plus sale aujourd’hui qu’elle ne l’était hier ? Le Mauricien se sent-il moins concerné par la salubrité publique ? Parce qu’il n’y a pas que les herbes qui ne sont pas coupées sur l’autoroute, il y a aussi les ordures qu’on jette sur les deux côtés et au milieu !
Je dirais qu’il y a beaucoup d’incivisme à Maurice. On a beau faire mais les gens donnent le sentiment que le problème de la saleté concerne les autorités, pas eux. J’ai participé à des opérations de nettoyage dans certains quartiers où deux jours après on avait autant de saleté jetée dans les rues. Il y a quelque temps, sous l’impulsion de Xavier Duval, la Tourism Authority s’était occupée du nettoyage et de l’entretien de l’autoroute de Pamplemousses à Port-Louis. C’était une excellente initiative mais les habitants n’ont pas entretenu les îlots et jardins qui se trouvent devant leur porte. L’incivisme est en train de gagner du terrain à Maurice. Mais avec la proposition que j’ai présentée, c’est l’Environnement qui sera responsable du nettoyage et de l’entretien des autoroutes du pays.
Quels sont les autres problèmes auxquels doit faire face le ministère de l’Environnement ?
Nous devons régler les problèmes de pollution de l’environnement, de l’air, la pollution sonore aussi. Il faut par exemple nettoyer les rivières de façon efficace pour éviter les débordements qui arrivent après chaque grosse pluie. Le gouvernement a pris la décision d’interdire les sacs en plastique, c’est une mesure impopulaire mais indispensable. Les commerçants avaient demandé un moratoire pour terminer les stocks de pellets déjà commandés: nous allons suivre la situation de près et commencer à appliquer la loi. Selon moi, il faudrait aussi interdire les bouteilles en plastique — qu’on jette partout et sur l’autoroute — et les take-away en polystyrène. On a vécu sans pendant des années et on pourrait facilement vivre sans aujourd’hui, mais il y a des lobbies et j’espère que je serai soutenu dans cette action par la presse et ceux qui veulent d’une île Maurice plus écologique.
En arrivant au ministère de l’Environnement, vous avez déclaré que vous alliez continuer le travail jusqu’à ce que les choses s’arrangent pour Raj Dayal. Celles-ci peuvent-elles s’arranger pour lui ?
Je parlais du travail qu’il a commencé au ministère. Quand je suis arrivé, sans la prétention d’inventer la roue, j’ai repris les dossiers et les projets en cours.
Vous ne répondez pas à la question : est-ce que les affaires de Raj Dayal peuvent s’arranger ?
Cela ne dépend pas de moi. Ce n’est pas moi qui mène l’enquête et je préfère me tenir loin de toutes ces histoires.
Vous allez également reprendre l’achat et la distribution des poudres de couleur ?
Je ne vais pas répondre à cette question. Vous en avez encore beaucoup de ce type ?
On va voir. Comment vous sentez-vous au sein d’un gouvernement où deux ministres sont en guerre ouverte, où le Premier ministre dément une partie d’un affidavit d’un ministre ? Le tout publiquement.
L’essentiel est que nous avons été élus par le peuple pour faire un travail. Nous ne pouvons pas perdre du temps à suivre les querelles et les accusations des uns et des autres. Comme l’a déjà dit Xavier Duval, nous préférons ne pas nous ingérer dans ces affaires qui ne nous concernent. Le peuple nous a élus pour travailler pour le pays.
Mais est-ce qu’on peut travailler dans cette ambiance-là ?
En tout cas, je suis en train de le faire. Cette question doit être réglée par le Premier ministre.
Que pensez-vous du nombre d’affaires qui éclatent et qui éclaboussent des ministres et des gens proches du pouvoir ?
Je le redis qu’il faut se concentrer sur son travail. Il ne faut croire toutes les allégations qui sont faites et qu’on lit dans la presse. La presse doit dénoncer, signaler mais il faut aussi qu’elle montre le travail qui est fait par le gouvernement. Et à mon avis le bon travail du gouvernement n’est pas assez mis en valeur.
Un exemple concret ?
Je viens de présenter un bill important sur l’Environnement au Parlement cette semaine et la presse n’en a pas parlé.
Vous devriez aller vous plaindre à vos collègues ministres qui entretiennent la guerre avec des déclarations fracassantes qui mobilisent la presse. Quel est le sujet de votre projet de loi qui n’a pas été rapporté par la presse ?
C’est un projet de loi pour proposer des règlements en cas de catastrophes naturelles. Nous allons établir un cadre pour nous préparer à d’éventuelles catastrophes naturelles. On sait déjà ce que j’ai dit quand on a fermé les écoles et les bureaux après trois jours de pluie. Ce projet de loi vient préciser ce qu’il faut faire et ne pas faire, et éviter que nous refassions les mêmes erreurs. Il faut nous doter d’outils nécessaires pour bien évaluer la situation à chaque fois tout en tenant compte des contraintes imposées par l’économie du pays. Il faut arrêter de faire les choses au petit bonheur et avoir des réponses concrètes à des situations précises. C’est de tout ça que parle ce bill que j’ai présenté au Parlement.
Voilà, la presse vient de parler de votre bill ! Passons à la politique. Pourquoi le PMSD organise-t-il un congrès ce dimanche ?
Nous faisons un bilan de ce que nous avons fait depuis l’année dernière. Nous sommes quatre ministres au gouvernement qui s’efforcent d’être en cohésion avec la vison exprimée par le Premier ministre.
Lors d’une réunion préparatoire tenue cette semaine, le PMSD a dit qu’il fallait que le MSM mette de l’ordre dans ses rangs à propos de la guerre entre les deux ministres.
Est-ce que c’est faux de dire que les problèmes des ministres qui se battent entre eux que vous avez évoqués tout à l’heure relèvent du MSM et que c’est à lui de les régler, et pas au PMSD ? Nous n’avons pas d’opinion à donner sur cette affaire et nous n’avons pas à y entrer. Il y a des institutions qui ont ouvert des enquêtes sur les allégations faites, il faut leur donner le temps de faire leur travail. Le PMSD est en alliance avec deux partis au sein du gouvernement, nous faisons en sorte que notre parti travaille et ne se retrouve mêlé à aucune affaire.
Quel est votre commentaire sur l’accident mortel, non déclaré à la police dans un premier temps, provoqué par le député PMSD Thierry Henry ?
Je vous attendais venir. Thierry Henry a fait un accident malheureux. Il a eu un réflexe malheureux mais, un accident est un accident, et ça peut arriver à n’importe qui. Il a paniqué, a eu un moment de faiblesse qui peut arriver à n’importe quel être humain. Contrairement à ce qui a été dit, il n’a bénéficié d’aucun traitement de faveur de la police.
Qu’est-ce qui explique le grand retour de Richard Duval au PMSD dont il avait claqué la porte il y a quelques mois ?
Il est de retour au PMSD ? Je ne suis pas au courant. Aux dernières nouvelles, il n’est pas dans les instances dirigeantes du PMSD. Mais attendons dimanche (aujourd’hui), j’aurai peut-être une surprise au congrès.
Qu’attendez-vous de ce congrès ?
— Je vous le répète, c’est un congrès pour dire ce que nous avons fait et pour tâter le pouls de nos partisans. L’année dernière, sans tambour ni affiche, nous avions une grosse foule qui nous a beaucoup encouragés à continuer notre travail au gouvernement. Nous avons besoin de ce soutien qui permet au PMSD de continuer le travail, d’aller à l’essentiel en veillant à bien garder le cap.
Le mot de la fin de cette interview ?
En m’attribuant le ministère de l’Environnement, le Premier ministre et le leader du PMSD m’ont fait confiance, et je leur dis merci. La tâche est énorme et j’espère que je vais pouvoir relever le défi et bien faire le travail. J’espère surtout qu’à la fin de mon mandat, les Mauriciens reconnaîtront que j’ai apporté ma contribution pour faire de Maurice un pays où il fait bon vivre.