Je n’ai jamais été un passionné de foot, mordu d’une équipe de la ligue anglaise suivie d’une assiduité religieuse. Au risque de faire tiquer mes fils, qui maîtrisent toute la généalogie des « Gunners » d’Arsenal comme d’autres connaissent mieux Manchester United ou Liverpool que le fond de leurs poches, je considère que cette obsession du ballon rond à la sauce de la blonde Albion contribue à une forme de sujétion à nos anciens colons.

ALAIN JEANNOT

En revanche, je suis avec grand intérêt la Coupe du monde de football, rendez-vous de dimension planétaire avec des milliards de téléspectateurs rivés devant leurs postes de télévision tantôt jubilant de bonheur tantôt fondant en pleurs.

Ce laboratoire d’émotions ne pourrait traiter un tel échantillon de sentiments s’ils n’avaient pas été aiguillonnés par l’esprit d’équipe et domestiqués par le fair-play. C’est alors que le ballon rond devient partage et que l’événement se transforme en immense amphithéâtre qui mettrait en scène, en l’espace de quelques semaines, une aventure à taille humaine que l’on souhaiterait voir perdurer au-delà du 15 juillet.

Nous, Mauriciens, avons appris à vivre la manifestation par procuration, n’ayant jamais pu être représentés depuis le commencement, d’où notre inscription à la Coupe du monde des meilleurs supporters dont nous sommes les champions. Cependant, notre affiliation n’est pas vide de sens. Par exemple, nous sommes de plus en plus nombreux à nous ranger du côté des équipes africaines car nous faisons partie des 54 nations qui constituent ce continent, qui est d’ailleurs une de nos terres de peuplement !

Aussi, je n’ai pu m’empêcher de fulminer devant les doigts d’honneur de Maradona à l’issue de la triste défaite du Nigeria contre l’Argentine et je fus atterré par la défaite du Sénégal contre la Colombie. Pauvre de moi qui prédisais une victoire dans les deux cas, surtout celle des Sénégalais.

J’avais d’ailleurs posté une vidéo sur les réseaux sociaux, remontant le temps des débuts de notre nation, évoquant le triste naufrage du St-Géran le 18 août 1744 où 196 personnes avaient disparu dont 30 captifs sénégalais voués à l’esclavage. Je souhaitais que le Sénégal, dont l’étymologie veut dire « Notre bateau », ne fasse pas naufrage.

Quoiqu’il en soit, dommage que la Colombie ait brisé les ambitions des lions et de tout un continent, le fair-play doit perdurer et je me range depuis derrière la France. Si j’écris dans cette langue, ce n’est certainement pas un hasard. Mon histoire et celle de ma patrie sont intimement liées à la 5e économie mondiale depuis le commencement.

Allez la France, relève le défi, l’ancienne Isle de France est avec toi !