« Mo enn hippie dan laz, mo compran badinaz… » Le morceau Hippie dan laz, dont sont extraites ces paroles, n’est certainement pas un des standards les plus connus de l’illustre Serge Lebrasse, mais il fait bel et bien partie de son répertoire. Si l’on s’y intéresse, c’est surtout parce que ce grand monsieur du séga a été aux premiers rangs du mouvement hippie puisqu’il se trouvait aux Etats-Unis en pleine déferlante « Love, Sex, Rock & Roll », qui donna naissance à Woodstock ou la Beat Generation de Jack Kerouac et Allen Ginsberg. Notre Serge Lebrasse vit ainsi émerger les Jimi Hendrix, Joan Baez, Bob Dylan, Janis Joplin et autre Jim Morrison…
Flash-back. Avril à octobre 1967, Montréal accueille l’Expo 67, un des événements marquants du 20e siècle pour le Canada et le Québec, et plus particulièrement Montréal (voir plus loin). Même si Maurice est un petit point dans l’immensité du globe, notre île est cependant représentée dans le cadre de cette exposition universelle. Serge Lebrasse s’y trouve en effet : « Je partais chaque jour à la recherche des Mauriciens qui étaient au Canada. Je déambulais dans les rues de Montréal, ma ravanne en mains, et j’entrais dans les bureaux et demandais s’il y avait des Mauriciens. »
C’est au hasard des rues qu’il dévalait qu’il a eu ses premières rencontres avec les hippies : « J’étais frappé surtout par leur apparence physique. Les cheveux longs, les pantalons larges, les chemises ou t-shirts à motifs fleuris. Et les talons… portés par les hommes ! » Serge Lebrasse ne parvient même pas, aujourd’hui encore, à cacher sa surprise et, surtout, à exprimer son désaccord quant aux codes qu’imposait le mouvement hippie à une communauté alors grandissante.
L’artiste mauricien fit également escale à New York pendant quelques semaines durant ce séjour sur le continent américain. Et c’est surtout durant ce passage dans « la grosse pomme » qu’il découvrit les hippies : « Je logeais à la Young Men Christian Association et je les voyais se regrouper en petites bandes. » Ce qui le frappait, outre leur tenue vestimentaire et leur look : « Ils avaient toujours un joint collé aux lèvres ou dans les doigts. » Une fois, se souvient-il, « il y avait un petit groupe en bordure » d’une route. « Ils fumaient un “bong” et ils m’invitèrent à les rejoindre. Je suis allé faire connaissance et bavarder. »
Mais Serge Lebrasse retient surtout « une certaine frayeur » quand les hippies s’avançaient en bande. « Je me souviens que je les regardais passer de l’étage où j’habitais et que je ne descendais pas. Ils étaient tellement différents de la “norme” que je n’arrivais pas à me résoudre à ne pas avoir quelques craintes. Je me demandais : sont-ils violents ? Ont-ils des armes sur eux ? Comment vont-ils se comporter si je les approche ? »
Graduellement cependant, au gré de ses promenades dans les rues de New York, « une ville déjà plutôt austère et inquiétante, avec ses énormes immeubles et ses rues étroites », Serge Lebrasse finit par tisser des liens avec les hippies. « Il n’y avait pas que des jeunes, relate-il. Il y avait aussi parmi eux même des quadragénaires. » Ce dont surtout il se souvient : « Je devais faire appel à toutes mes connaissances géographiques car les Américains n’avaient jamais entendu parler de Maurice, qu’ils confondaient avec… la Mauritanie ! »
A son retour au bercail, l’interprète de Moris Mo Pei voit le mouvement hippie toucher l’île, « mais cela ne prit pas l’ampleur qu’il y avait aux Etats-Unis ». Son expérience auprès des hippies pionniers du pays de l’Oncle Sam lui inspira ainsi Hippie dan laz, un moyen pour lui d’immortaliser son vécu auprès de cette génération qui a marqué l’histoire. Son épouse, Gisèle, ne se fait pas prier pour décliner quelques paroles de la chanson peu connue des Mauriciens…