Anushka Virahsawmy

Suivant le récent décès d’une fille de treize ans qui a ramené sur le tapis le problème du mariage infantile et toutes ses conséquences, la question de la protection de nos enfants se pose en même temps. Quelle protection pour nos enfants ? Alors que certains ont prêté des intentions « communalistes » aux diverses réflexions sur le mariage infantile, Anushka Virahsawmy, qui vient de lancer un collectif pour dire Stop au mariage avant 18 ans, martèle qu’il s’agit là d’un faux débat et que seul compte l’intérêt des enfants.

Vous venez de lancer un collectif la semaine dernière pour dire Stop au mariage des enfants. Pourquoi ?

Cela a commencé par un “post” sur Facebook et j’ai reçu pas mal de likes. On a donc invité des personnes pour en parler sur Messenger. Cela a pris de l’ampleur et une vingtaine de personnes ont voulu agir. On a organisé une conférence de presse. Nos axes principaux se déclinent ainsi : 1) l’harmonisation de la loi car on veut que le mariage soit possible à partir de 18 ans et pas en dessous. Ensuite, il y a eu pas mal de protocoles signés par Maurice et d’autres aussi qu’on n’a pas signés. Par exemple, le protocole de la SADC a été signé par tous les pays membres à l’exception de Maurice. 2) Il y a, d’autre part, la santé mentale et physique de l’enfant. Le corps d’un enfant n’est pas prêt à accueillir un bébé.

Il y a aussi le fait que les jeunes ont aujourd’hui une sexualité très précoce. Vers 12-13 ans, certains jeunes sont sexuellement actifs. On ne peut leur dire “Sex free”. Cela ne va pas marcher. Ce qu’on peut en revanche leur dire, c’est de se protéger, de vraiment comprendre ce qui peut se passer quand il y a des relations non protégées. 3) Il doit donc y avoir toute une éducation dans les écoles, avec les parents, pour mieux comprendre la situation. Il doit y avoir un programme mais pas de “tick the box”. On a vu trop de “ticking of the box”. On devait faire telle chose, on l’a fait. Mais où est le suivi ? Est-ce que cela marche ? Est-ce qu’on prend des personnes formées et “committed” pour le faire? Est-ce qu’on peut prendre d’autres modèles existants dans d’autres pays qui marchent aujourd’hui ? C’est possible.

L’éducation ne se fait pas seulement à l’école. L’éducation se fait à la maison, à travers le Gender ministry. Aujourd’hui, on dit qu’on ne peut pas mettre des préservatifs dans des collèges ou universités « parce que nous encourageons ces jeunes au sexe ». Non ! Nous, ce qu’on dit, c’est qu’il faut parler, éduquer, sensibiliser parce que ces jeunes vivent dans un pays où il y a énormément plus d’informations que nous avions à leur âge. Il faut vivre avec. Il faut comprendre que la sexualité n’est pas la même que celle de 15 ans, 20 ans, 30 ans de cela. Il faut évoluer avec notre temps.

Comment faire comprendre que votre démarche est dans le seul intérêt des enfants ?

Il y a beaucoup de personnes qui ont placé ce débat dans une perspective religieuse. Nous, nous ne voulons pas entrer dans ces débats parce que c’est un faux débat et c’est là que le bât blesse. Or, le sujet n’a rien à voir avec le communalisme. Ce qui nous intéresse, c’est la protection de ces enfants, point barre. On me dit aussi souvent : « Anushka, tes grands-parents se sont mariés à 13 ans et ont eu des enfants et c’est la tradition »… Excusez- moi, les choses ont évolué. À cette époque, peut-être était-ce acceptable mais aujourd’hui, tout a évolué. Ce n’est pas parce que nos grands parents l’ont fait à l’époque que nous devons faire la même chose aujourd’hui. À l’époque, les filles qui se mariaient aussi jeunes n’étaient pas prêtes non plus. Bien souvent, il y avait des mortalités. Avec le progrès, on comprend mieux le corps humain, le fonctionnement du cerveau. Et à l’époque, il n’y avait pas de sida etc. On ne peut donc prendre le problème et le mettre sur le « traditionnel ».

Qu’attendez-vous donc ?

On demande de considérer le côté politique de la chose. On demande au gouvernement de prendre cette question en considération et de cesser de faire comme s’il n’entendait pas. C’est important que le gouvernement comprenne qu’il y a un gros problème à ce niveau et qu’il faut prendre des actions. la chose. On demande au gouvernement de prendre cette question en considération et de cesser de faire comme s’il n’entendait pas. C’est important que le gouvernement comprenne qu’il y a un gros problème à ce niveau et qu’il faut prendre des actions.

Dans le passé, les militantes de plusieurs associations ont obtenu que l’âge minimum du mariage soit à 18 ans mais ensuite, sous pression, le gouvernement a ramené la loi à 16 ans.

Justement, comme on avait pu changer la loi, on peut “revert back”. La loi est là mais les connaissances évoluent avec les nouvelles découvertes scientifiques. Il faut s’en servir pour trouver une solution. Il faut cesser avec l’attitude de l’autruche et dire qu’il y a des traditions… Il faut arrêter de tergiverser et regarder quelles sont les statistiques que l’on a, les recherches qui ont été faites.

Votre collectif se donne-t-il un objectif ponctuel à la suite d’un problème qui a surgi ou comptez-vous faire le suivi ?

On compte bien faire le suivi. Il y a une lettre qui sortira et qui sera envoyée aux autorités mauriciennes et très probablement au niveau international car on a signé CEDAW. Maurice est en outre membre de la SADC… On ne compte pas s’arrêter là. On compte rallier plus de personnes pour montrer qu’il faut vraiment faire quelque chose pour nos enfants. Ce n’est pas normal aujourd’hui que les enfants se marient aussi jeunes.

Qu’est ce qui est plus grave pour vous avec ces mariages précoces ?

On parle beaucoup du mariage comme institution. Ce n’est pas une simple institution. Cela demande énormément. Est-ce que des garçons et des filles de 13 ans peuvent assumer ces grosses responsabilités alors qu’à cet âge leur place est à l’école et qu’ils doivent encore s’amuser et jouer ?… Même si ce sont les filles qui souffrent davantage. On peut dire toutes sortes de choses mais il faut analyser le problème tel qu’il est…

Comment concilier des traditions culturelles parfois profondément ancrées et la protection des droits des enfants ?

C’est là où il faut faire énormément de campagnes de sensibilisation et aller parler aux gens. Aujourd’hui, on ne dispose d’aucune statistique pour savoir combien de mariages infantiles il y a à Maurice. C’est malheureux car la mort de cette enfant nous a fait réfléchir. Gender Link parle de ce problème depuis longtemps mais on ne nous entend pas. Là, je pense qu’il est temps de commencer à écouter parce que combien d’autres enfants vivent dans un pareil système ? La solution optimale n’est pas le mariage mais de les aider à s’intégrer dans la société. Il est temps d’arrêter de dire qu’il vaut mieux marier l’enfant à cause de l’honneur de la famille… Excusez-moi, qu’advient- il donc de la vie de l’enfant ?

Le changement de la situation dépend de qui ? Des autorités ? Des parents ? Des religieux ?

Il faut mettre toutes ces personnes ensemble. Premièrement, il faut avoir la volonté de changer la loi. Les religieux rencontrent beaucoup de personnes. S’ils peuvent faire comprendre, les choses vont changer. A l’école, si au lieu de se contenter de faire la biologie, on fait une vraie éducation sexuelle…