APRÈS PRESQUE DEUX ANS DE BATAILLE LÉGALE : Le Chaland Resort en chantier

Le bras de fer entre AKNL et le groupe Currimjee “settled” au terme d’un accord
  • “Un accord sans concession au projet et à nos convictions”, dit Anil Currimjee, alors que Yan Hookoosing estime qu’il s’agit “d’un match nul”
  • Un expert indépendant sera nommé à la discrétion d’AKNL pour surveiller les travaux

Près de deux ans depuis le dévoilement du plan de construction d’un hôtel cinq étoiles à La Cambuse dont l’ouverture était prévue pour ces jours-ci, le groupe Currimjee Jeewanjee pourra finalement démarrer ses travaux. Cela, à l’issue d’un accord trouvé mercredi dernier entre le promoteur et l’un des groupes opposants à ce projet, en l’occurrence, la plate-forme Aret Kokin Nou Laplaz (AKNL) – qui, comme le Forum Citoyens Libres (FCL), en raison des risques de dégradation de l’environnement, avait, auprès de l’Environment Land and Use Appeal Tribunal (ELUAT), contesté le Land and Building Permit octroyé au groupe Currimjee par le District Council de Savanne. Au-devant de ce développement, les deux parties affirment ne pas avoir baissé les armes. Alors que le Managing Director du groupe Currimjee est d’avis que “le bénéficiaire de cet accord est le pays avant tout”, pour AKNL, qui avance, comme le groupe Currimjee, qu’”il n’y a pas de gagnant ni de perdant”, il s’agit d’un “match nul.” Avec ce revers de situation,  d’ici quelques semaines, le chantier du Chaland Resorts Hotel démarrera à la Cambuse.
Alors que et AKNL et le groupe Currimjee se disaient prêts à défendre leurs points devant l’ELUAT – l’un contre le projet de construction d’hôtel, l’autre pour –l’accord trouvé mercredi dernier entre les deux parties, après près de deux ans de bataille légale, a pris de court plusieurs observateurs avertis. Si le FCL a obtenu un revers en Cour en décembre dernier, voyant son cas rejeté devant l’ELUAT qui avait, pourtant, depuis octobre 2015, accordé une injonction contre le démarrage des travaux, cette semaine, un revirement de situation fait que le bras de fer engagé par AKNL contre le Groupe Currimjee a pris fin. L’affaire a été “settled”, suivant un accord convenu entre les deux parties.
Selon les points clés de cet accord, la plate-forme AKNL n’objecte plus à ce projet et accepte que l’hôtel soit construit sur la base des plans établis par le groupe Currimjee. Il a aussi et surtout été convenu qu’un expert indépendant, qui sera nommé à la discrétion de la la plate-forme AKNL et avalisé par le groupe Currimjee, s’assurera mensuellement que les travaux entrepris sur le site à La Cambuse, s’effectuent selon le respect strict de l’EIA Licence et de la préservation de l’Environnement.
Plusieurs leçons à 
retenir, selon AKNL
De même, AKNL ayant retiré son cas contre les Currimjee devant le Tribunal et ce faisant, demandant parallèlement que le stop order émis en janvier dernier pour empêcher des travaux soit enlevé, car il n’y a plus de cas, le groupe Currimjee qui avait fait appel de cette injonction a aussi retiré sa demande d’appel, car aucun case ne subsiste devant la justice.
Yan Hookoomsing, porte-parole de AKNL, explique que “nul n’est perdant ou gagnant dans cette affaire pour laquelle il n’y a eu aucun ruling s’agissant des arguments avancés par les deux parties.” La plate-forme AKNL estime que de ce bras de fer qui a finalement pris fin, il faut aussi retenir qu’avec l’aide de Georges Ah Yan, dans ce combat parallèle, “nu finn reysi fer gouvernman reproklam 1.5 arpan laplaz piblik La Cambuse ki ti deproklame.” Autre fierté que AKNL retient : celle d’un ruling en sa faveur obtenu en février dernier, conférant à tout Mauricien le droit de loger une plainte devant le Tribunal pour défendre l’environnement. Et dans le sillage, “en cas de risque de dégâts irréversibles d’un projet sur l’environnement, le droit à tout citoyen de réclamer une injonction contre le projet impliqué.” Mais au delà ces avancées légales, ce qu’il faut retenir, selon Yan Hookoomsing, est le fait que “si les Currimjee peuvent aller de l’avant avec leur projet d’hôtel, ils devront se plier à l’exercice de contrôle mensuel d’un expert indépendant qui sera nommé par l’ong.” “La Cambuse enn bann dernye laplaz nou pei kot preske penan lerozion. Lakoz so ladinn li ankor là, li enn rezerv disab natirel, ki fer ki disab revinn lor laplaz sak fwa apre bann gro vag ek siklonn. Si sa ladinn-la detrir, laplaz-là pu fonn tiginn-tiginn. Nu dan AKNL, nu pu vey promoter-là bien ek nu pu fer an sort ki li pa vinn tous enn bout dan ladinn-là”, prévient Yan Hookoomsing.
Le porte-parole d’AKNL insiste sur le fait que la plate-forme n’abandonne en rien son combat pour la protection et la préservation de l’Environnement. “Konba La Cambuse, li enn long konba ki pe kontinye, parey kouma nu pe kontiy lager pu laplaz piblik Pomponette ki finn deproklame net lane pase par Minis Soodhun”, dit-il. D’où sa requête à tous les Mauriciens pour continuer à se rendre à Pomponette chaque semaine, chaque week-end. Dans le sillage, il demande à ce que l’État rende cette plage aux Mauriciens et que le Parlement mette fin l’accumulation de déchets sur ce site du Sud.
Pour le Managing Director de Currimjee, l’accord conclu avec AKNL prouve que “ils ont retrouvé le bons sens. Nous, nous n’avons rien changé.” La présence d’un expert indépendant sur le site chaque mois n’est en rien gênant pour le groupe, dit-il, ajoutant que “si cela les rassure, pourquoi pas?”
Selon lui, cette condition ne représente pas un problème “dans la mesure où nous travaillons toujours dans la transparence et qu’avec nos convictions qui seront la ligne conductrice de ce projet, nous présenterons un projet avec des mesures environnementales durables.” Faisant ressortir que l’accord convenu avec AKNL a été trouvé “sans qu’il y ait de concessions au projet et aux convictions du groupe”, il ajoute qu’outre cet expert indépendant, les travaux de construction qui seront suivis aussi par les experts du groupe Currimjee seront, de même, contrôlés par le ministère de l’Environnement à travers l’Environmental Monitoring Plan. “Légalement, c’est le gouvernement qui remplira ce rôle de contrôle. Nous savons qu’il n’y aura aucune issue puisque notre groupe prône des valeurs et a des convictions qui font que nous n’avons pas besoin que quelqu’un veille sur nous pour faire ce qu’on a annoncé et pour travailler selon nos permis. On va le faire. Mais si cela réconforte AKNL, on est tout à fait heureux d’accueillir chez nous un professionnel, expert, indépendant, qui qu’il soit, sur notre site.  Nous n’avons rien à cacher”, dit Anil Currimjee.
Maintien des poursuites contre le FCL
Estimant que “la détermination, la persévérance, l’intégrité, les valeurs et les convictions du groupe Currimjee nous ont donné raison”, il souligne qu’”on ne pouvait pas refuser cet accord.” Refuser, dit-il, signifiait faire perdurer les préjudices encourus par le pays, les gens du Sud, entre autres, depuis deux ans pendant lesquels, en raison des contraintes légales imposées au groupe, il n’y a pas eu de création d’emplois… Dès à présent, le groupe a remis la machinerie en marche pour pouvoir démarrer les travaux bientôt. Pour l’heure, aucune date n’est avancée quant au premier coup de pioche qui sera donné sur le chantier. Mais les Currimjee sont confiants de démarrer dans les semaines qui suivent et souhaitent démontrer, au travers de la construction du Chaland à La Cambuse, que “les projets de  développement et la préservation de l’environnement, ce n’est pas quelque chose de conflictuel. On peut faire les deux.”
“Dans deux semaines, nous aurons un plan exact. Cela va être très vite”, dit Anil Currimjee qui affirme que malgré les millions de roupies de perte avec cette construction bloquée depuis deux ans, il ne tient pas rancune à ses opposants. “Je  suis quelqu’un de positif et d’optimiste”, dit-il s’appuyant sur ces mêmes valeurs prônées par son groupe. Il laisse, cependant, entendre que s’il n’y a plus d’obstacles à la construction du Chaland, reste un dernier point: celui des dommages de plusieurs millions de roupies que le groupe Currimjee réclame au porte-parole du Forum Citoyens Libres (FCL), Georges Ah Yan. Il rappelle que l’ouverture du Chaland Hotel était prévu pour ces jours-ci en 2017. “Or, nous avons accumulé beaucoup de retard et avons perdu des millions. Nous n’avons rien pu faire à cause de cet acharnement contre nous. C’est pourquoi nous maintenons nos poursuites pour des dommages contre le FCL”, dit Anil Currimjee. Serait-ce que la plate-forme AKNL n’a pas représenté d’obstacles au projet du Chaland? Pourquoi n’y a-t-il pas de poursuite contre cette Ong? “Parce que nous sommes parvenus à un accord avec AKNL qui a vu le bon sens. Lorsque vous êtes d’accord avec quelqu’un, vous ne pouvez pas le poursuivre”, dit-il. Le responsable est donc Georges Ah Yan? “Le premier stop order que nous avons eu est celui de Georges Ah Yan et c’est ce stop order qui nous a bloqué jusqu’à décembre 2016. Le stop order d’AKNL est venu en janvier et nous a bloqués jusqu’à juin.  Mais aussi, comment aller en Cour avec quelqu’un qui est d’accord avec vous finalement?”, indique le Managing Director du groupe. Qui plus est, selon les termes de l’accord convenu entre AKNL et le groupe Currimjee, il est stipulé que “The appelants undertake not to, directly or indirectly and whether by themselves, their agents or their préposés, comment negatively and adversely against the project of the promoter of LCHL at La Cambuse or campaign against the project and its promoter. They further undertake to withdraw forthwith any adverse comments in the social media or any other forum.”   

Le FCL ne baisse pas les bras
C’est avec beaucoup d’étonnement et d’amertume qu’il a appris la tournure des récents événements, confie le porte-parole du Forum Citoyens Libres (FCL), Georges Ah Yan. “J’ai été doublement surpris que nos alliés d’hier aient retourné leurs vestes”, dit-il, indiquant qu’en aucun cas, le FCL n’emboîtera le pas à la plate-forme Aret Kokin Nou Laplaz (AKNL). Exprimant sa consternation quant au fait que “ce qui n’était pas bon hier, à l’instar du EIA, des menaces contre le parc marin ou encore Mare aux Songes, est aujourd’hui bon. À quel prix?”, Georges Ah Yan estime que “chacun doit assumer ses responsabilités, demain devant la population et demain devant l’histoire.” Il fait ressortir que pour sa part, le FCL maintiendra sa contestation face au jugement à son encontre émis le 26 décembre dernier par le Tribunal de l’Environnement. “Nous contestons fermement ce jugement selon lequel nous n’avons pu prouver que le Land & Building Permit n’aurait pas dû être octroyé au groupe Currimjee par le District council de Savanne”, dit Georges Ah Yan. Ce cas devrait être entendu devant la Cour suprême le 3 juillet prochain et, si besoin est, le FCL n’écarte pas la possibilité d’un recours au Privy Council, dit le porte-parole du FCL. Georges Ah Yan souligne par ailleurs que s’agissant des poursuites pour des dommages que le groupe Currimjee lui a intenté “l’Environment Proctection Act de 2002 donne le droit à tout citoyen de contester un projet qu’il juge néfaste. D’ailleurs, ce n’est pas moi qui ai donné un stop order. C’est un ordre de la magistrate.” Quoi qu’il en soit, le FCL ne compte pas baisser les bras, dit-il, indiquant que d’autres défenseurs de l’environnement apportent leur soutien à son organisation.