DIPLAL MAROAM

Dans le sillage de l’annonce de la mesure budgétaire concernant la citoyenneté et le passeport mauriciens, dans certains milieux l’on évoque « la recolonisation de notre pays », « la braderie de notre patrimoine » ou encore l’éventualité que nous nous retrouvions « étrangers sur notre propre sol ». Cependant, force est de constater que les conséquences, directes ou indirectes, de la mondialisation – car c’est de cela qu’il s’agit effectivement — nous touchent déjà de plein fouet, que ce soit sur le plan professionnel, commercial ou social avec la réalisation des projets IRS, RES, etc et n’épargnent aujourd’hui aucun État, petit ou grand, faible ou puissant. D’ailleurs, même la plus grande économie mondiale, les États-Unis, constate avec effroi ces jours-ci le profond déséquilibre de sa balance commerciale et rétablit déjà les tarifs douaniers sur certaines de ses importations, à commencer par l’acier et l’aluminium, quitte à transgresser allégrement les règles de base de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

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L’aggravation de la pauvreté et des inégalités

En effet, plus de 20 ans après la signature de l’accord de Marrakech, beaucoup d’observateurs s’interrogent aujourd’hui à propos de la pertinence de la mondialisation dont un des principaux objectifs est justement de favoriser un développement commercial sain et harmonieux afin de tirer vers le haut les économies les plus faibles et ainsi améliorer la qualité de vie des millions de personnes sur la planète. Or, l’aggravation de la pauvreté et des inégalités ces dernières années avait récemment provoqué des émeutes dans de nombreux pays et même si Maurice n’a pas connu jusqu’ici de telles turbulences sociales, la situation chez nous n’est guère plus réjouissante qu’ailleurs. D’ailleurs, le nombre de familles éligibles pour être inscrites sur le Social Register of Mauritius (SRM) a augmenté d’environ 2000 en l’espace d’un an, passant de 8300 en 2016 à 10300 en 2017, représentant plus de 40000 individus. Pourtant, de budget en budget, des mesures sociales sont annoncées – construction des maisons pour la classe défavorisée, exemptions fiscales, création d’emplois, formation des jeunes, etc mais l’ascenseur social, paraît-il, ne décolle toujours pas ; la mobilité étant quasi inexistante.

Ainsi, malgré une réduction de 15 % à 10 % des impôts en faveur de la classe moyenne annoncée dans le budget 2018/19, les contribuables auront à payer plus en termes de taxes indirectes car l’État s’attend à récupérer Rs 3 milliards de plus, de Rs 33 milliards en 2017/18 à Rs 36 milliards en 2018/19. Dans le contexte actuel, plus d’accent aurait dû être mis sur l’autosuffisance et la sécurité alimentaires, l’économie de l’énergie, l’utilisation optimale de nos ressources, le combat contre le gaspillage et les largesses démesurées, comme dénoncés chaque année par l’Audit et surtout, une distribution convenable de nos richesses. Or, il est malheureux que ceux-là mêmes qui devraient donner le bon exemple, accaparent la plus grosse part du gâteau national.

Pour revenir sur le plan global, la crise des migrants ces jours-ci, représente le symbole même, pour ne pas dire le summum, de l’inégalité planétaire et démontre la défaillance flagrante d’un système économique toujours à la recherche d’une croissance de plus en plus forte mais qui, au final, ne bénéficie qu’à une minorité. Selon l’ONG britannique Oxfam, alors que 2 milliards de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour, 8 individus les plus fortunés de la planète détiennent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. La question que l’on se pose : devant les gendarmes de l’économie globale que sont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), jusqu’où peut même aller un budget national dans sa quête d’amélioration de la qualité de vie des citoyens ? Face à un système qui ne fait que socialiser les pertes et privatiser les gains, l’exaspération des peuples les pousse à explorer d’autres alternatives. Ce qui explique, entre autres, la montée en puissance de l’extrémisme dans de nombreux pays démocratiques, le Brexit et l’arrivée au pouvoir aux États-Unis d’un président anti-establishment et très imprévisible en ce qui concerne l’ordre et la paix dans le monde.

Mais le vin est tiré, il faut le boire. Car si nous avons fait un choix démocratique, nous n’avons d’autres alternatives que de l’assumer et d’accepter toutes les conséquences qui en découlent. Mais, la question de savoir si nous sommes réellement sur la bonne voie relève d’une tout autre histoire.