Au jour J – 44 de la présentation du budget 2016/17 par le Premier ministre et ministre des Finances, sir Anerood Jugnauth, le débat sur la formule propice pour redémarrer l’économie a amorcé au cours de la semaine écoulée un tournant décisif. En effet, sir Anerood, avec à ses côtés des membres de son gouvernement, a littéralement bouclé l’étape des consultations prébudgétaires en recevant, mercredi, l’état-major de Business Mauritius, mené par Arnaud Lagesse, président, et Raj Makoond, directeur général de l’organisme chapeautant les 1 200 compagnies et les neuf principales organisations du monde des affaires. A ce stade des préparatifs du budget, qui peut être perçu comme celui de la dernière chance pour entrevoir les Green Shoots du second miracle économique annoncé par Lalyans Lepep, deux sentiments majeurs se dégagent. De l’énervement dans le camp du gouvernement devant ce qui est présenté comme étant le hesitant mode, dont fait preuve le privé. Dans le camp des opérateurs économiques, aussi bien que dans les rangs des syndicats, les inquiétudes est palpable, même s’ils ne sont pas nécessairement les mêmes. Toutefois, le consensus entre le gouvernement et le secteur privé est que des efforts s’imposent pour redresser de manière vigoureuse le paramètre des investissements, tremplin sine qua non pour atteindre un taux de croissance de 5% annuellement contre les faméliques 3,1% de 2015, soit le plus bas de ces cinq dernières années.
Brossant un tableau de la situation, le Premier ministre a balisé les quatre priorités du gouvernement sur le plan économique en vue de hisser le pays au sein de la League of High Income Countries, à savoir atteindre un taux moyen de croissance économique de 5% annuellement, réduire le défi cit budgétaire à hauteur de 3% du PIB, ramener le niveau de l’endettement public à 50% d’ici 2018 contre les quelque 64% du jour et juguler le taux de chômage à 4% alors qu’à la fi n de l’année dernière il se trouvait juste en dessus de 8%. En sus de cela, il s’est permis de remettre en question le fondement du précédent budget, présenté par Vishnu Lutchmeenaraidoo en rappelant au secteur privé que « our development should not rely on just Real Estate Development ». Cette remarque constitue un sérieux revers pour ceux qui avaient fait des Smart Cities leur cri de ralliement.
Poursuivant son analyse économique, sir Anerood soutient que les initiatives du secteur privé doivent être axées sur des « productive activities that will generate higher added value and create national wealth ». Dans la conjoncture, l’appel au chef du gouvernement au secteur privé est sans équivoque : « We expect our private sector to show again the entrepreneurial drive, the innovative approach and the risk taking appetite it has shown to achieve the fi rst economic miracle and transform our country. » Auparavant, il avait mis à l’index ce même secteur privé en faisant ressortir que « despite all recent efforts from Government’s side, I feel that the private sector is still in an unjustifi ed hesitant mode ».
Sir Anerood est revenu sur les secteurs économiques avec un potentiel de croissance, soit la manufacture, les énergies renouvelables, les activités portuaires, le secteur des services, dont les services fi nanciers, les TIC, l’éducation, la santé et, à long terme, l’Ocean Economy. Il s’est également appesanti sur une Broader Africa Strategy avec la consolidation de Maurice en tant que « cross border investment platform, a business, aviation and maritime hub ». Il se félicite du décollage du projet Air Corridor entre l’Afrique et l’Asie et l’intérêt que suscitent ces activités avec Air Asia, compagnie dotée d’une fl otte envisagée de 300 avions, ne voulant pas rater cette locomotive pour non seulement le tourisme, mais également les échanges commerciaux, les investissements, la « capacity building and knowledge acquisition ».
Le mot d’ordre au secteur privé
Egrénant les décisions entérinées depuis l’Economic Mission Statement du mois d’août de l’année dernière, sir Anerood a annoncé que l’Investment Fast Track Committee a déjà débloqué les procédures pour 49 projets avec un potentiel d’investissements de Rs 50 milliards, que le Key Repo Rate a été réduit pour rendre plus accessible le coût du fi nancement des projets sans oublier l’environnement des affaires avec une « high economic freedom as well as a low and competitive taxation system ». Il a ajouté que la loi-cadre sur le BOT, adoptée récemment, vise à accélérer la participation du secteur privé dans des projets d’investissement d’infrastructure du secteur public. Le mot d’ordre du Premier ministre au secteur privé en marge de la présentation du prochain budget se résume comme suit : « The destiny of our country is in our hands. But we must move fast, we must act now, we must be ambitious and we must set ourselves to work towards propelling our country into the league of high income countries. »
Du côté de Business Mauritius, le diagnostic se décline en deux phrases lapidaires: «The economy has underperformed and not reached the pre-global fi nancial crisis level of 5%. Investment rate has also continued to decrease as well as the share of private sector investment.» Au cours de ces cinq dernières années, trois indicateurs économiques ont enregistré des tendances baissières, en l’occurrence la croissance économique passant de 3,6% en 2011 à 3,1% en 2015, le taux d’investissements de 24% du PIB en 2011 à 17,7% en 2015, un All-Time Low, et la part du secteur privé perdant quatre points au cours de la même période, soit de 76 ,9% à 72,8%.
Dans le mémoire présenté au gouvernement en marge des discussions budgétaires, Business Mauritius, qui concède que « the decrease in the investment rate, especially the share of private sector investment is indeed a matter of concern », souligne que « the growth in productivity (labour, capital and total factor) over the last 5 years has either been negative or very modest ». De ce fait, l’urgence se fait sentir sur la nécessité de « raise the productivity level across the economy ». Les principales zones d’ombre défi nies par le secteur privé se situent au niveau des insuffi sances sur le plan de la connectivité infrastructurelles dans les télécommunications, au port et à l’aéroport, la Business Facilitation, la Labour Marker Effi – ciency et le sempiternel problème de Skills Mismatch dans les domaines de l’éducation et de la formation.
Les taxes
Business Mauritius, qui défi nit une série de mesures de relance, est d’avis que la recette combinée de « prudent macro-economic management and improved institutional arrangements » pourrait ne pas donner les résultats escomptés pour réaliser le target de 5% de croissance. « In order to remain competitive as wages rise, the unifying theme of Mauritius should be how to raise investment rate to around 25% and to improve productivity across all sectors to avoid the middle income trap », ajoute le secteur privé.
L’un des premiers champs d’intervention préconisés porte sur un rajustement de l’arme de la fi scalité, avec notamment un taux d’imposition unique et général de 15% pour la Corporate Tax. L’adoption d’une telle mesure équivaut à l’élimination des taxes additionnelles au-delà de 15% imposées dans divers secteurs, comme le tourisme, le Levy sur les télécommunications et le Segment A du secteur bancaire. Le pari semble hasardeux si l’on tient compte du fait que le Special Levy sur les banques rapportent Rs 840 millions en 2015/16 et la Solidarity Levy sur les compagnies de télécommunications, Rs 385 millions, soit un pactole Rs 1,2 milliard en cette période marquée par la frigidité dans la Tax Buoyancy.
Toujours sur le plan de la fi scalité, le secteur privé propose également une rationalisation de l’imposition de la TVA sur les Credit Card Commissions, en faveur des Mauriciens voyageant à l’étranger en vue de les encourager d’acheter mauricien, sur les Health Care Providers, vu que de 2006 à 2012, « the overall out-of-pocket health spending » n’a fait qu’augmenter pour les 40% de la population au bas de l’échelle.
Partenariat stratégique
Business Mauritius met l’accent sur l’importance des procédures pour l’octroi des Clearances and Permits dans le secteur de la construction. Une analyse du secteur privé, baptisée Le Parcours du Combattant, indique qu’un promoteur dans l’industrie du bâtiment doit prévoir 40 mois pour l’obtention des permis alors que selon Guidelines le délai devrait être de 11 mois. « If we succeed in streamlining the existing arrangements, the time taken and the cost incurred for the processing of construction permits would be reduced significantly. Consequently, a number of projects which have already obtained their letter of intent would start sooner and as such, the construction sector which has witnessed a constant deceleration for the last fi ve years would pick up at an accelerated pace », suppute le secteur privé. Trois secteurs prioritaires méritent une attention particulière dans la conjoncture budgétaire. Au niveau des télécommunications, des échéances sont précisées, soit une plate-forme intégrée pour l’e-licensing de tous les permis et licences émis par le gouvernement au plus tard en juin 2018 ; un second Backbone à la mi-2017 et une amélioration de la connectivité avec la mise en service d’une « third fi bre optic. »
Dans le port, le secteur privé mise sur un partenariat stratégique avec la décision intervenant dans le meilleur délai possible d’autant plus que de nouveaux équipements et infrastructures sont mis en place, notamment l’extension du Container Terminal. L’urgence du Breakwater Project est aussi évoquée car dans les mois de décembre et de janvier, les opérateurs économiques perdent entre cinq et dix jours en moyenne. « In order for Port-Louis to become a regional hub, Mauritius cannot afford to lose 10 days during December and January, every year », souligne Business Mauritius. A l’aéroport, le secteur privé recommande un partenariat entre Changi Airport et le Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport pour un transfert de Know-How en opérations aéroportuaires.
Le capital humain
Au chapitre du capital humain, Business Mauritius tire la sonnette d’alarme en ce qui concerne l’introduction d’un salaire minimum national. « The proposal in the Government Programme for the introduction of a national minimum wage warrants caution in the present wage determination mechanism which is pushing the unit labour cost at a rate higher than that of productivity gains », avertissent les auteurs de ce mémoire sur le budget, mettant aussi en avant des propositions pour résoudre le Skills Mismatch. L’accent est également sur la recherche et le développement.
Quatre secteurs économiques, les PME, les énergies renouvelables, la Bio-Farming et les services fi nanciers internationaux sont mentionnés par Business Mauritius en vue d’une opération visant à « unlock the full potential of these sectors ». En vue d’encadrer des efforts dans les PME, le secteur privé est en faveur de la réintroduction d’instruments, comme la garantie partielle aux banques accordant des facilités à ce secteur, le Leasing d’équipements comme sous le LEMS I, un Planters’ Harvest Scheme et un Credit Finance Scheme.
Le secteur des énergies renouvelables présente un potentiel d’investissements de Rs 8 milliards avec un complément de Rs 2 milliards dans l’intermittent roof/top photo voltaic electricity production (MSDG). Pour traduire ces faits dans la réalité, le gouvernement se doit de « clarify the investment landscape in the sector and to defi ne the role of CEB as a producer, a distributor and a buyer of electricity. »
En dépit de l’annonce offi cielle en vue de produire 50% des besoins alimentaires du pays selon des Bio Norms, les incitations fi scales avec le Bio Farming Development Certifi cate se font toujours attendre. La campagne conjointe gouvernement/ secteur privé pour sensibiliser la population aux risques des pesticides et autres produits chimiques dans les produits alimentaires n’a pas encore démarré.
Finalement, le poids des services fi nanciers au sein de l’économie, comme signalé dans la dernière édition des Article IV Consultations du Fonds monétaire international, inquiète plus d’un dans le privé. Business Mauritius suggère que « the transition of this sector from being a preference dependent to one which would be less preferenceled be handled cautiously and to allow time for the industry to be more diversifi ed and to build more capacity and resilience to realise its full potential ».