Le président de la Planters Reform Association (PRA), Salil Roy, estime que le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a raté une belle occasion de remettre l’industrie cannière sur les rails. « Le ministre n’a pas montré comment il compte stopper l’abandon des terres par les planteurs, qui s’accentue. Je le redis, nou pa pe tal lamin, nous voulions des mesures de discrimination positive pour que nous puissions continuer à cultiver la canne », dit-il.
Salil Roy trouve insuffisante la somme de Rs 50 M que le gouvernement compte investir dans la réhabilitation des terres agricoles abandonnées. « J’accueille cette mesure mais je dis aussi qu’on est en train de mettre la charrue devant les boeufs. Elle aurait dû être couplée avec d’autres mesures », dit-il, avant de s’interroger : « Pour quelle raison les petits planteurs abandonnent-ils la culture de la canne à sucre ? Parce que la canne n’est pas economically sustainable as a business. »
N’empêche, poursuit-il, la culture de la canne à sucre est une activité potentiellement rentable. « Il faut chercher des voies pour augmenter les revenus des planteurs. Le projet trash to energy en est un exemple mais il aurait dû être piloté par la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA). Cette démarche est aussi en ligne avec la protection de l’environnement », fait-il ressortir.
Notre interlocuteur rappelle que le ministre des Finances a soutenu que les mesures annoncées comptent « ensure the long term viability of the industry ». « Je pensais que cet exercice budgétaire allait corriger les injustices et améliorer la rentabilité dans le secteur. Il aurait pu prendre certaines mesures en vue de rendre le business plus attrayant pour la communauté ». Salil Roy pense au prix de la bagasse qui est toujours dérisoire, estimant qu’il faut offrir une prime aux planteurs car ils aident à la protection de l’environnement. L’utilisation de la bagasse, dit-il, permet d’éviter l’importation de 250 000 tonnes de charbon, équivalent à Rs 1 milliard dans notre balance des paiements. « Sans la bagasse, on aurait brûlé autant de charbon en faisant souffrir notre balance des paiements, de même que notre environnement ».
Le président de la PRA estime que la mélasse est un autre sous-produit de la canne qui aurait pu rapporter des revenus additionnels aux planteurs. « On nous donne Rs 1 800 la tonne alors que la mélasse est utilisée dans la fabrication de l’éthanol, qui est un highly-lucrative business. Si Omnicane devait importer de la mélasse pour en faire de l’éthanol, elle la payerait Rs 5 000 la tonne. Or, nous ne réclamons pas une telle somme. Si on continue à nous serrer, jamais notre activité ne sera economically sustainable », affirme Salil Roy. Il se demande aussi où l’on en est avec l’actionnariat des planteurs à hauteur de 35 % dans l’industrie cannière.
Commentant l’exemption de duty sur l’achat des camions par les planteurs, il se demande : « Comment s’acheter des camions alors que notre activité n’est pas rentable ? Ki nou pou fer ar sa ? Nous avons besoin de tracteurs qui sont en low maintenance et transportent davantage de cannes. Nous aurons alors une économie d’échelle. N’est-il pas aussi l’heure pour les planteurs d’avoir un véhicule SUV duty-free qu’ils peuvent utiliser partout ? »
Salil Roy évoque aussi la Land Conversion Tax « kot nou ti pe atann ki planter ki ena dis arpan kapav konvertir li en smart morselman e gagn plis reveni apar disik ». Pour conclure, il estime que les possibilités sont énormes, mais que « ce budget ne fait aucun déclic dans la tête des planteurs. Je suis triste pour les générations à venir ».