Cinq morts par semaine depuis le début de l’année. C’est déjà beaucoup trop. A vendredi, le nombre de victimes d’accidents recensés sur nos routes a atteint le chiffre de 50. Si ce rythme macabre se poursuit, il est clair que nous sommes bien partis pour battre tous les records.

Nous avons expressément choisi de parler d’accidents impliquant véhicules et personnes parce que, comme nous l’avons déjà écrit ici même, les formules de “la route qui tue” ou du “koltar ki touy nou fami” sont mal inspirées, dans la mesure où elles tentent à projeter la faute, avant tout humaine, sur la route. Ce qui, dans l’inconscient, tend à dédouaner le conducteur imprudent, le chauf- feur ivre, le pilote du poids lourd qui, fort de sa taille, se permet des excès de vitesse, le van contract qui s’arrête brusquement sur un arrêt d’autobus et le motocycliste qui tangue dans tous les sens jusqu’à s’emboutir dans un camion.

Pour réduire le nombre de morts sur nos routes, le maître mot doit, au contraire, être responsabilité : celle de l’usager de la voie publique, mais aussi de toutes les autorités qui sont censées réguler la circulation dans le pays. Un jeune est mort récemment. Il y a beaucoup de choses qui doivent nous interpeller. La victime n’avait pas encore 19 ans, mais il détenait déjà son permis de conduire. Comment n’avoir que 18 ans, se procurer un learner, apprendre à conduire et obtenir le permis en moins d’une année ?

Comment sont délivrés les permis ? Cette question est d’autant plus urgente que les statistiques démontrent que c’est dans la tranche d’âge se situant entre 18 et 50 ans que l’on dénombre le plus grand nombre de victimes d’accidents mortels. La partie basse 18/30 ans étant particulièrement concernée. Les jeunes ont-ils trop facilement le permis de conduire qui devient très vite ensuite une “licence to kill”.

Il y a, sans doute, des jeunes qui sont vraiment doués, mais, sans l’expé- rience et avec l’adrénaline de la vitesse qui peut vite monter, il y a tous les risques de drame sur l’asphalte. C’est à ce titre que des options comme la licence probatoire d’une année et sa confirmation en permis permanent en cas de comportement exemplaire, sans tâche, sans contravention ni accident provoqué et la conduite accompagnée doivent être sérieusement envisagées.

Les autorités doivent aussi se montrer plus sévères, voire intraitables. C’est révoltant de voir que la police de la route et la police tout court regarder ailleurs et ferme les yeux sur les petites infractions du quotidien, le conducteur de vélo qui est au téléphone pédalant joyeusement dans le sens inverse d’un accès interdit, la voiture qui fait une queue de poisson sur une ligne blanche sans même utiliser son clignotant, les poids lourds qui, sur l’autoroute, monopolisent la deuxième voie de Phoenix à Port-Louis.

Le jour que toutes les petites infractions qui deviennent de mauvaises habi- tudes, seront sanctionnées, cela forcera un changement de comportement. Et la police, toute la police, doit commencer par donner le bon exemple et ne pas elle-même bafouer le Code de la route.

Et ne pas faire comme ce policier présent auprès de la porte d’un établissement scolaire. Lorsqu’un parent d’élève lui signale qu’il y a plusieurs véhicules qui sont garés en double et que cela gêne la circulation, le policier lui répond avec un naturel désarmant que ce n’est pas son travail et que le sien commence et s’arrête à ce qui se passe dans l’enceinte de l’établissement. Et lorsque le parent lui demande s’il adopterait la même attitude si un accident se produisait là sous ses yeux. C’est toujours avec la même aisance déconcertante que le policier répondra que cela est autre chose, qu’il se contenterait d’un constat avant d’appeler le poste de police le plus rapproché. C’est avec ce genre de comportement que nous en sommes à 50 morts, à cette horrible hécatombe.

Si les conducteurs imprudents étaient systématiquement pris en contravention pour leurs petites entorses quotidiennes au Code de la route, ils se compor- teraient autrement sur nos routes et nous n’aurions pas ce grand nombre de morts. Heureusement qu’il y a ceux qui mènent une campagne intelligente dans les médias sur les bonnes habitudes à adopter lorsqu’on prend la route.

Est particulièrement bien pensée et bien articulée celle que porte Jean-Pierre Catherine sur une radio privée qui, outre de dispenser de bons conseils aux usagers, agrémente sa chronique d’un descriptif tout à fait juste des mauvaises habitudes du conducteur mauricien. Notamment lorsqu’il leur rappelle que la manette qui doit être activée pour déclencher le mouvement du clignotant est importante et indispensable pour indiquer ses intentions aux autres usagers et qu’elle ne sert pas qu’à accrocher sa fiche du prochain service d’entretien.

Puisqu’il est temps de quitter la route, passons au sujet qui a fait couler beaucoup d’encre cette semaine. C’est une affaire délicate qui concerne un confrère. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un journaliste que ceux qui font le métier d’informer doivent observer une sorte d’Omerta sur toute l’affaire. Non. Mais entre curiosités morbides, exposition dégueulasse d’une mineure présumée victime, il y a un bon sens, une retenue à exercer.

Cet épisode est regrettable. La justice décidera de ses suites. Certains pourraient profiter de l’occasion pour faire leur introspection, voir s’ils ne se sont pas trop exposés, s’ils n’ont pas laissé l’humilité obligée de ce métier au vestiaire, s’ils n’ont pas abandonné leur mission de témoin, dérangeant certes — et c’est juste qu’il en soit ainsi, — au profit d’une confrontation directe, personnelle et malsaine avec d’autres acteurs de la vie publique.

Quoi qu’il en soit, cela n’autorise pas un Premier ministre à tenir les propos qu’il a tenus sur cette affaire. C’est de l’infiniment petit. Et dire que c’est celui-là même qui avait provoqué l’interpellation, sans suite, et la détention d’un grand nombre d’individus pour un enregistrement indélicat sur ses proches !