Même si depuis l’assemblée spéciale de lundi dernier des employés de la Corporation Nationale de Transport (CNT), la menace d’une nouvelle grève a été reléguée au second plan, accordant priorité aux négociations avec la direction générale, des foyers de tension persistent toujours dans ce secteur. Du côté des syndicats, des craintes d’un coup fourré, élaboré conjointement par l’Hôtel du gouvernement et la direction de la CNT, sont entretenues. Dans la conjoncture, la riposte demeure la mobilisation tous azimuts des employés, avec entre autres la manifestation d’hier du Trade Union Consultative Council (TUCC) au centre ville de Rose-Hill ou encore le rassemblement annoncé pour le samedi 17 août au nom de la General Workers Federation (GWF) à Port-Louis suite aux tergiversations initiales de la CNT et du gouvernement au sujet de la révision salariale.
Au sein de la direction de la CNT, la situation n’est guère stable. Le président du Board, Ashwin Dookhun, fait de la résistance de manière quasiment ouverte au General Manager, Robin Soonarane. Il ranime également la controverse autour de l’annulation de l’exercice d’appel d’offres pour l’acquisition par la CNT de 65 autobus en 2012 en renvoyant la balle dans le camp du Central Procurement Board (CPB).
D’autre part, la CNT pourrait se prévaloir des procédures d’Emergency Procurement pour l’acquisition de nouveaux véhicules en écartant certaines marques d’autobus. Cette éventualité a été abordée lors d’une réunion présidée le 27 juin dernier par le Chairman du CPB en présence des représentants du ministère de l’Infrastructure publique et de la CNT. Vu que les cinq routes litigieuses sont toujours partagées avec d’autres opérateurs de bus suite à la volte-face du Conseil des ministres de vendredi d’avant, les employés ont pris la décision de suspendre toute action de grève lors de la réunion de lundi. Les dirigeants syndicaux (ceux des rangs de la GWF-UBIW ou encore du TUCC), ont privilégié la reprise des négociations sur le plan salarial.
Mais le début de ces consultations placées sous l’égide du ministère du Travail et des Relations industrielles, semble ne pas être à la satisfaction des syndicalistes, dont ceux du TUCC, qui se disent craindre un Hidden Agenda pour ce qui est de la question salariale.
“Il est important de faire pression avec une mobilisation permanente et de faire preuve de vigilance. Nous avons vraiment l’impression que le dossier de la CNT est traité avec amateurisme et nous avons des raisons de croire qu’il y a éventuellement un Hidden Agenda. Nous demandons donc aux travailleurs en général de rester sur leurs gardes !”, souligne la syndicaliste Jane Ragoo dans une déclaration à Week-End.
Commentant la réunion de vendredi dernier au ministère du Travail, Jane Ragoo considère la démarche du gouvernement et de la CNT de “choquante” et d’”extrêmement honteuse”. “Nous sommes encore offusqués par le déroulement de ce deuxième round de négociations. D’abord, les officiers du ministère du Travail et les représentants de la CNT ont accusé un retard d’environ 90 minutes : la réunion était prévue à 9h30, elle a débuté à 10h55. C’est clairement un manque de respect. Le General Manager de la CNT était incapable de dévoiler un chiffre pour lancer les négociations. Il a simplement fait comprendre qu’il a soumis trois chiffres au ministre Bachoo et que, par la suite, le Conseil des ministres tranchera. Pas appel négociations sa !”, affirme-t-elle avec force.
La mobilisation et menace de grève générale
Reaz Chutoo, lui, maintient que la mobilisation des employés devra s’intensifier à partir de demain, avec une assemblée dans la soirée au dépôt de la CNT à Rivière-du-Rempart, en vue de contrecarrer la stratégie du gouvernement. “Le gouvernement s’est engagé dans une campagne de déstabilsation pour que le public n’accorde aucun soutien aux travailleurs de la CNT par peur que le ticket d’autobus n’augmente, compte tenu de ces Rs 216 millions qui seront injectées dans les salaires. Nous assistons à un emotional black-mail. Nous ne pouvons rester les bras croisés devant de tels agissements”, s’appesantit le syndicaliste Reaz Chutoo.
Du côté de la GWF-UBIW, l’heure est à la mobilisation et préconise une menace de grève générale. “La prochaine grève risque d’être totale si le gouvernement et les compagnies de transport en commun ne se décident pas à offrir une révision salariale aux employés. La CNT et le GM tergiversent trop. Le General Manager de la CNT a été incapable de se prononcer sur la question, vendredi, et a fait état de trois options, soit 25%, 35% ou encore 47% avec la décision relevant du gouvernement”, soutiennent les dirigeants de l’UBIW, dont Alain Kistnen, Wakhil Laloo et Ashok Subron.
Ecart des salaires
“Les travailleurs méritent amplement cette augmentation car, d’abord, ils ont subi une perte du pouvoir d’achat de 20% depuis 2007. Ensuite, l’écart des salaires s’est dégradé au préjudice des chauffeurs, receveurs et mécaniciens d’autobus. Savez-vous que les salaires d’un chauffeur d’autobus est de Rs 10, 800 alors que ceux du chauffeur de la voiture du General Manager de la CNT est de Rs 20, 000”, ajoute l’UBIW, qui rappelle que depuis 2008, les compagnies d’autobus ont bénéficié de deux révisions des tarifs, aussi bien que des subsides du gouvernement.
A partir de demain, la GWF mettra en branle une campagne de mobilisation non seulement des employés de la CNT, mais également des autres compagnies de bus en vue de ce qui est présenté comme “une action syndicale de grande envergure”. La première étape devra déboucher sur la manifestation du samedi 17 août.
Un des aspects majeurs de la campagne de sensibilisation est de mettre les employés du transport en garde contre le “piège tendu par le gouvernement sur une compétition féroce entre la CNT et les autres opérateurs”. L’UBIW affirme avoir noté un risque potentiel de dérapage entre employés d’opérateurs différents sur certaines lignes. “Le Conseil des ministres porte l’entière responsabilité totale de tout problème grave qui pourrait surgir sur ces lignes”, conclut l’UBIW.