DIPLAL MAROAM

Concernant l’institution d’un Land Tribunal, la récente grève de la faim de Clency Harmon n’a fait que rappeler à nos dirigeants une de leurs promesses de campagne, figurant de surcroît, dans leur programme électoral de décembre 2014. Ainsi, pris de court manifestement par la tournure des événements, le gouvernement ne peut maintenant se dérober à cet engagement alors qu’il entame la dernière ligne droite de son quinquennat. Or, si la grève de la faim a été suspendue, en revanche, aucune date précise n’a été annoncée par le PM et encore moins le cadre institutionnel qui serait mis sur pied. « Un Land Tribunal, Land Court, Land Division de la Cour suprême ou un autre mécanisme sera institué avant la fin de notre mandat », avait-il déclaré le 11 avril dernier lors d’une conférence de presse. Ce qui, selon Clency Harmon, prend à contre-pied l’accord passé avec le gouvernement, en l’occurrence, Dev Manraj ; accord qui avait précipité la fin de son mouvement de revendication.

Il est évident que l’institution d’un Land Tribunal n’est pas un projet tombé subitement du ciel. C’est en janvier 2011 que la suggestion d’instituer une telle instance dédiée aux litiges dans des cas d’expropriation des terres avait été faite par la Commission Justice et Vérité (CJV) à l’issue de trois années de travaux ; suggestion qu’avait ensuite soutenue la Law Reform Commission. Or, dans un communiqué émis le 5 octobre 2018, le conseil des ministres avait sèchement indiqué avoir pris note du rapport de la Law Reform Commission. Point à la ligne. Pourtant après avoir étudié plus de 200 dossiers relatifs à la dépossession des terres, la CJV était parvenue à la conclusion que plus d’une quarantaine méritent d’être soumis à des enquêtes plus poussées. Dans ce contexte, la création d’une Land Research and Monitoring Unit pour la considération des aspects techniques des recherches et d’un tribunal approprié pour déterminer la véracité juridique des dossiers avait été recommandée. Sous le précédent régime qui avait institué la CJV, calquée sur la Truth and Reconciliation Commission d’Afrique de Sud de 1996, et réceptionné son rapport, hormis un comité ministériel mis sur pied en 2012, présidé par Xavier-Luc Duval, qui avait, entre autres, recommandé l’institution d’une Land Division de la Cour suprême, rien de concret n’avait été effectué.

Ainsi, l’indifférence affichée par les différents régimes de 2011 à ce jour suscite les interrogations suivantes : pourquoi avoir déclenché tout le mécanisme en 2008 par rapport à l’esclavage et les travailleurs engagés pour s’arrêter ensuite en si bon chemin ? Qui tire les ficelles pour que ce douloureux pan de l’histoire de l’ère coloniale de notre pays ne soit pas connu et que les six rapports soumis ne soient pas accessibles dans leur intégralité, comme l’affirme un membre de la CJV dans un hebdomadaire du 12 avril dernier ? Pourquoi l’ambitieux projet de la démocratisation de l’économie, qui avait constitué un des chevaux de bataille du précédent régime, a-t-il abruptement disparu du radar de l’actuel pouvoir ?

En effet, aujourd’hui, ce sont toujours les mêmes compagnies qui étendent leurs tentacules dans presque tous les secteurs de l’économie – le tourisme, les services financiers, l’industrie cannière, l’énergie, etc. Malgré certains efforts déployés ces dernières années par rapport au salaire minimal, à la pension universelle, etc, l’ascenseur social demeure toujours en panne. La politique de petits copains que des dirigeants qui se sont succédé à la tête du pays ont pratiquée de façon insidieuse pour récompenser proches, amis, maîtresses, agents et autres et ce, bien évidemment, au détriment de l’intérêt national, ne peut être confondue au processus de la démocratisation de l’économie. Car ce n’est pas donné à tout le monde de décrocher des contrats mirobolants du gouvernement, d’obtenir des terres de l’État sur le littoral pour des activités commerciales lucratives, de s’enrichir à la vitesse grand V du jour au lendemain et s’acheter des résidences somptueuses dans des endroits huppés du pays. Bref, les belles promesses des politiciens doivent toujours être prises avec parcimonie.