Les compagnies engagées dans la finance environnementale, comme Ecosur Afrique, attendent que la conférence sur le climat de Paris – et dont un projet d’accord final sera présenté ce matin par Laurent Fabius – « procure une visibilité aux investisseurs des projets innovants pour que leurs efforts en matière environnementale soient reconnus et récompensés », fait ressortir au Mauricien Alexandre Dunod, Regional Manager d’Ecosur Afrique, à la veille de son départ de la capitale française au cours de la semaine.
Alexandre Dunod souligne que le secteur privé n’a pas droit au chapitre des négociations, réservées aux ministres de l’environnement des États, mais qu’il participera aux débats autour de la conférence. Notre interlocuteur explique qu’Ecosur Afrique est engagée dans l’accompagnement de projets innovants dont le but est de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de lutter contre le changement climatique. « Ce sont ces réductions d’émission de gaz à effet de serre que nous appelons “crédits carbone”. Les projets sont certifiés comme tels par des auditeurs dans le cadre d’un mécanisme propre qui a été mis en place. »
À Maurice, Ecosur Afrique accompagne des projets d’énergie renouvelable, tels Sarako, pour la fabrication d’énergie solaire ou encore le parc éolien en construction à Plaine-des-Roches, pour ne citer que ceux-là. « On les aide à accéder aux incitations financières qui sont la “finance carbone” en faisant certifier l’impact positif du projet sur l’environnement. Il faut savoir que ces projets innovants sont souvent plus coûteux que les solutions traditionnelles, comme les centrales thermiques (…) Ces “crédits carbones” sont monnayables sur le marché européen. ».
Mais comment ça fonctionne ? « Les pays industrialisés ont l’obligation de réduire leur empreinte carbone, soit l’émission de gaz à effet de serre, et dans le cadre de cet objectif, ils peuvent financer des projets propres en dehors de leurs frontières. Ils peuvent comptabiliser leurs actions comme l’ensemble des efforts réalisés en interne, soit dans leur pays, en optimisant par exemple l’utilisation de leurs équipements, et en externe, en délocalisant vers des pays qui n’ont jusqu’ici pas d’obligations, pour réduire leur empreinte. » N’est-ce pas une manière de contourner le problème ? « Non, dit-il. Cette délocalisation est marginale. Ils ne peuvent se dédouaner de l’ensemble de leurs obligations. » Il ajoute : « Le crédit carbone est un mécanisme de flexibilité. Cela nécessite de démontrer que les pays industrialisés compensent une partie de leurs émissions en finançant des projets qui, autrement, n’auraient pas vu le jour. Il y a un critère de dépendance directe. » Notre interlocuteur note que des polémiques ont vu le jour à ce sujet. « À première vue, cela peut paraître comme “acheter le droit de polluer”. Mais il s’agit plutôt de remplir ses objectifs tout en demeurant compétitif et en transférant ces facilités et technologies propres dans des pays qui n’ont pas encore l’obligation de le faire. »
Alexandre Dunod note que l’un des enjeux de la COP21 est que les pays en voie de développement deviennent aussi signataires de ces obligations. « Mais toute la question est de savoir comment différencier ces obligations par rapport aux pays industrialisés qui ont, eux, déjà bénéficié des énergies fossiles bon marché pendant plus d’un siècle, et surtout quel mécanisme de financement du type de “credit carbon”. Quel type de financement les pays développés peuvent consentir aux pays en développement pour que ceux-ci adoptent des trajectoires de développement faible en carbone ? »
Une autre question importante est de voir comment harmoniser le prix du crédit carbone – entre l’Union européenne et d’autres bourses australienne, chinoise ou japonaise – pour éviter qu’il ne rechute et que les projets qui dépendent de ce financement puissent enfin voir le jour. À plus forte raison que, souligne-t-il, des pays à risque de l’Afrique subsaharienne, où Ecosur Afrique intervient, ont accusé un retard dans le démarrage de leur projet par manque d’expertises et de conscientisation des autorités quant à leur importance. « Le temps que ce mécanisme se mette en place, le marché s’était effondré. En plus, il y a un coût pour accéder à cette reconnaissance. » Donc, un des messages forts des négociateurs africains à la COP 21, « et qu’on soutient depuis plusieurs mois », c’est « qu’ils puissent obtenir un prix fixe, un prix garanti pour les projets vulnérables dans les pays moins avancés pour qu’ils puissent donner une visibilité aux investisseurs ». Alexandre Dunod cite des cas où les projets ont été mis à mal au Sierra Leone, au Cameroun et au Burundi.