CULTURE - LIVRE : Sélection d’Umar Timol, Un poète et des livres

Sélectionner des titres parmi des milliers de romans n’est pas une évidence pour le poète Umar Timol, qui s’est résolu à accéder à la demande de Scope. Nous présentons à nos lecteurs un choix de lecture de qualité.

La fête au Bouc Mario Vargas Llosa
Umar Timol recommande ce livre “pour le portrait de la dictature et des mécanismes de la destruction et de l’oppression”. Scope vous en propose un aperçu.

Que vient chercher à Saint-Domingue cette jeune avocate new-yorkaise après tant d’années d’absence ? Les questions qu’Urania Cabral doit poser à son père mourant nous projettent dans le labyrinthe de la dictature de Rafael Leonidas Trujillo, au moment charnière de l’attentat qui lui coûta la vie en 1961. Dans des pages inoubliables – et qui comptent parmi les plus justes que l’auteur nous ait offertes –, le roman met en scène le destin d’un peuple soumis à la terreur, et l’héroïsme de quatre jeunes conjurés qui tentent l’impossible : le tyrannicide. Leur geste, longuement mûri, prend peu à peu tout son sens à mesure que nous découvrons les coulisses du pouvoir : la vie quotidienne d’un homme hanté par un rêve obscur et dont l’ambition la plus profonde est de faire de son pays le miroir fidèle de sa folie.
Jamais, depuis Conversation à La Cathédrale, Mario Vargas Llosa n’avait poussé si loin la radiographie d’une société de corruption et de turpitude. Son portrait de la dictature de Trujillo, gravé comme une eau-forte, apparaît, au-delà des contingences dominicaines, comme celui de toutes les tyrannies – ou, comme il aime à le dire, de toutes les “satrapies”. Exemplaire à plus d’un titre, passionnant de surcroît, La fête au Bouc est sans conteste l’une des œuvres maîtresses du grand romancier péruvien.
Mario Vargas Llosa est né en 1936 au Pérou. Il passe une partie de son enfance en Bolivie. Dès l’âge de quatorze ans, il est placé à l’Académie militaire Leoncio Prado de Lima, qui lui laisse un sinistre souvenir. Parallèlement à ses études universitaires, il collabore à plusieurs revues littéraires et, lors d’un bref passage au Parti communiste, découvre l’autre visage du Pérou. Il se lance dans le journalisme comme critique de cinéma et chroniqueur. Il obtient une bourse et part poursuivre ses études à Madrid, où il obtient un doctorat en 1958.
L’année suivante, il publie un recueil de nouvelles très remarqué, Les Caïds, et s’installe à Paris. Il publie de nombreux romans, couronnés par des prix littéraires prestigieux. Devenu libéral après la révolution cubaine, il fonde au Pérou un mouvement de droite démocratique et se présente aux élections présidentielles en 1990, mais il est battu au second tour. Romancier, essayiste, critique, Mario Vargas Llosa est considéré comme l’un des chefs de file de la littérature latino-américaine.

Le père Goriot
Honoré de Balzac

“Pour l’analyse et la déconstruction de la société de l’argent et du pouvoir (miroir de la société mauricienne).”
Rastignac est un jeune provincial qui cherche à s’insérer dans la société parisienne. Il lui manque les manières et l’argent. Pour y parvenir, il côtoie les femmes du monde, mais reste attaché à son voisin de la pension Vauquer, le père Goriot, vieillard malheureux abandonné de ses filles. Vautrin, forçat évadé, Marsay, politicien ambitieux, et Rubempré, écrivain talentueux, sont animés du même désir de pouvoir. Ils apprennent, chacun à leur manière, les complicités et les alliances indispensables dans une société gouvernée par les intérêts. Seules figures du désintéressement : le père Goriot, vaincu par son amour paternel, et Mme de Beauséant, abandonnée du Tout-Paris. La passion bout dans cette maison comme dans une cocotte-minute, les pages se tournent toutes seules; c’est que chaque palier de la pension Vauquer est devenu un étage de ce que Balzac vient de concevoir : La Comédie humaine.
Romancier, dramaturge, critique littéraire, critique d’art, essayiste, journaliste et imprimeur. Il a laissé l’une des plus imposantes œuvres romanesques de la littérature française, avec plus de quatre-vingt-dix romans et nouvelles parus de 1829 à 1855, réunis sous le titre La Comédie humaine. À cela s’ajoutent Les Cent Contes drolatiques, ainsi que des romans de jeunesse publiés sous des pseudonymes et quelque vingt-cinq œuvres ébauchées.
Il est un maître du roman français, dont il a abordé plusieurs genres, du roman philosophique avec Le Chef-d’œuvre inconnu au roman fantastique avec La Peau de chagrin ou encore au roman poétique avec Le Lys dans la vallée. Il a surtout excellé dans la veine du réalisme, avec notamment Le Père Goriot et Eugénie Grandet, mais il s’agit d’un réalisme visionnaire, que transcende la puissance de son imagination créatrice. Comme il l’explique dans son avant-propos à La Comédie humaine, il a pour projet d’identifier les “espèces sociales” de son époque.

L’étranger
Albert Camus

Cet autre choix est motivé “pour son écriture, celle de l’épure, limpide, transparente, qui va au cœur des choses, qui dit le silence de l’être face à sa mort”.

“Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français…”
L’action se déroule en Algérie française. Meursault (le narrateur) apprend par un télégramme la mort de sa mère. Il se rend en autocar à l’hospice, près d’Alger. Il n’exprime ni tristesse ni émotion. Il refuse de voir le corps, mais veille le cercueil comme c’est la tradition, en fumant et buvant du café. Aux funérailles, il ne montre aucun chagrin, ne pleure pas, et se contente d’observer les gens qui l’entourent. Le lendemain, de retour à Alger, Meursault va nager dans la mer et rencontre une jeune fille, Marie, une dactylo qui avait travaillé dans la même société que lui et qu’il connaît vaguement. Le soir, ils se rendent au cinéma puis reviennent à l’appartement de Meursault et couchent ensemble. Une relation se développe entre eux, au cours de laquelle il ne montre pas plus de sentiment ou d’affection envers Marie qu’à l’enterrement de sa mère. Meursault fréquente son voisin, Raymond Sintès, connu pour être souteneur, qui lui demande de l’aider à rédiger une lettre : il s’est battu avec sa maîtresse qu’il soupçonne d’être infidèle et craint les représailles de son frère. Meursault accepte…