DEEPAK BALGOBIN, président du board de la MHC : Faire de la MHC le leader du prêt logement à Maurice

Après cinq mois depuis qu'il est en poste, le président du conseil d'administration de la Mauritius Housing Company (MHC), Deepak Balgobin, voit grand pour cette organisation et mise sur les 100 000 fonctionnaires que compte le pays pour réaliser ses ambitions. La MHC vient de lancer un plan de prêt logement où le taux d'intérêt descend jusqu'à 5,2%. « Il ne faut pas oublier que la MHC est aussi une des rares compagnies d'État faisant des profits chaque année, dont Rs 250 M en 2016. Je suis entièrement d'accord pour qu'une partie de ces profits servent à financer des projets sociaux à Maurice et à Rodrigues », confie-t-il, avant de revenir sur de nouveaux projets à l'intention de la classe moyenne.

Comment trouvez-vous le secteur du logement à Maurice après quelques mois passés à la tête de la MHC  ?
Le secteur du logement compte deux éléments. D'abord, la National Housing Development Company (NHDC), où le ministère du Logement fait construire des maisons, avec les chiffres d'environ 10 000 maisons avancés. Puis il y a la MHC, où nous facilitons la tâche de la population en leur octroyant des prêts logement. Notre objectif cette année est de débourser la somme de Rs 1,6 milliard en termes de prêts pour Maurice et Rodrigues, contre Rs 1,4 milliard l'année dernière.
Deuxièmement, la MHC se lance dans deux gros projets, celui appelé Le Domaine de Le Hochet, à Terre-Rouge, et les Résidences Anthurium, à Pointe-aux-Sables. La MHC compte investir Rs 500 M dans ces deux projets, qui consistent en la construction de maisons, d'appartements, de “penthouses” et de “detached and semi-detached houses”, pour la moyenne et “upper medium class people”. Il y a une grosse demande pour des maisons venant de cette catégorie de Mauriciens. Je dis cela parce que le Domaine de Le Hochet compte 119 unités, mais lorsque nous avons lancé la campagne de marketing, nous avons obtenu 240 réservations. Ce qui signifie qu'il y a une demande pour ces maisons et que les gens, surtout les jeunes couples, sont intéressés à y investir.

Quelles sont vos priorités pour cette année  ?
Ma première priorité est de faire de la MHC une organisation de proximité avec la population, qu'elle aille vers le public au lieu que celui-ci se déplace vers elle. De ce fait, je compte décentraliser davantage les services que nous offrons. Dans ce contexte, la MHC compte aménager une succursale à Moka en octobre, et l'année prochaine, je compte ouvrir un autre bureau dans le sud, où la MHC n'existe pas. Je veux faciliter l'accès de la population à nos différents services pour que les gens puissent nous contacter facilement pour des prêts logement. Ma deuxième priorité est d'informatiser tout notre système bancaire. Il ne faut pas oublier que la MHC est une institution financière régie par la Banque de Maurice. Nous comptons mettre en place un système appelé Central Banking Information System (CBIS), au sein duquel tous les services de la MHC seront informatisés. Tel n'est pas le cas actuellement. Une fois ce système installé, la qualité des services qu'offre la MHC sera améliorée. Ce système préviendra aussi toute possibilité de malversations et le travail se fera dans la transparence. Ma troisième priorité est de lancer, d'ici un mois ou deux, les projets de Terre-Rouge et de Pointe-aux-Sables.
Nous travaillons aussi sur d'autres projets en même temps. À l'exemple d'un nouveau produit que nous avons lancé à l'intention des fonctionnaires et des employés des corps para-étatiques. Sous ce plan, le taux d'intérêt baisse aussi bas que 5,2%, ce qui est très compétitif comparé aux taux pratiqués par les banques commerciales. Il y a plus de 100 000 fonctionnaires, rappelez-vous. Nous nous concentrons seulement sur les prêts logements, pas d'autre business avec les fonctionnaires. Je veux que la MHC devienne le leader en ce qui concerne le prêt logement à Maurice. Il ne faut pas oublier que la MHC est aussi une des rares compagnies d'Etat qui fait des profits chaque année, dont Rs 250 M en 2016.

Où en êtes-vous avec les mauvais payeurs  ? Est-ce un gros problème à la MHC  ?
La MHC ne compte pas de mauvais payeurs depuis le début de cette année. J'ai mis un système en place où nous avons offert des “quality loans” en travaillant de manière approfondie sur la notion de “Know Your Customer” (KYC) avant d'approuver les prêts. S'il y a le moindre doute sur la capacité du client à rembourser, nous refusons de lui octroyer un prêt. C'est ainsi que de janvier à juillet 2016, la MHC a octroyé des prêts à 890 nouveaux clients pour un montant de Rs 840 M, contre 880 clients pour un montant de Rs 880 M durant la même période cette année. Ce qui montre que même si le nombre de nos clients diminue, le montant de notre déboursement augmente car nous offrons des “quality loans”.

Ces nouveaux clients, comme vous le dites, sont au tout début de leur période de remboursement. Tout va bien pour l'instant, mais on ne sait pas ce qui peut arriver à l'avenir…
Je ne pense pas qu'il y aura de problèmes plus tard parce que la tendance montre que ces clients-là remboursent leurs dettes convenablement. Pour 2017, c'est bon, maintenant on va travailler pour récupérer les dettes de 2016 et de 2015. Je dois tout faire pour réduire le montant de ces dettes, car « business is business ».

Quels sont les contraintes et les problèmes auxquels la MHC fait face  ?
Le plus gros problème à la MHC, ce sont les mauvais payeurs. Nous n'avons pas vraiment le choix que d'aller en cour pour faire saisir leurs biens. Mais je précise que « this is the last, last resort ». Nous faisons tout ce qui est possible pour récupérer les montants dus par les mauvais payeurs avant de saisir la justice en dernier lieu. Nous les convoquons, nous faisons de nouveaux arrangements avec eux, nous rééchelonnons leurs dettes. Il est malheureux que leurs maisons soient vendues à la barre. Ils perdent leur maison, leur argent et la MHC ne récupère pas tout le montant de la dette. Cependant, je pense que le nombre de mauvais payeurs ira en diminuant avec le système KYC que nous avons mis en place. Mais pas tout de suite. 

Que fait la MHC pour aider la classe moyenne et pauvre à avoir une maison à eux  ?
Pour un client dont la superficie de la maison à être construite ne dépasse pas les 120 mètres carrés, nous lui offrons le plan de la maison gratuitement. Ensuite, nous avons enlevé les frais administratifs, qui vont à hauteur de 1,5% du montant du prêt pour cette catégorie de notre clientèle pendant une certaine période.
Il ne faut pas non plus oublier que Rodrigues fait partie de notre République. Nous faisons donc construire actuellement deux maisons d'une superficie de 50 et de 30 mètres carrés en collaboration avec l'Assemblée régionale de Rodrigues (ARR), maisons que nous allons offrir à deux familles pauvres de l'île. Je suis entièrement d'accord pour financer le social, car la MHC fait des profits, pour aider les familles défavorisées. Je compte m'atteler à cette tâche incessamment. Trois choses sont importantes dans la vie : « Shelter, lodging and food ». La MHC est là pour « provide decent housing to the people ». C'est ce que nous faisons à la MHC.

Cela signifie-t-il que la MHC compte offrir des maisons en cadeau à certaines personnes  ?
Non car il est de notre devoir en tant que compagnie responsable d'aider ces gens à avoir un toit sur leur tête. C'est la NHDC qui fait construire des “low-cost housing” pour cette catégorie de personnes. La MHC est régie par la Banque de Maurice. Si elle offre des prêts à ces gens et que ces derniers ne peuvent rembourser, elle aura des problèmes.

Comment évaluez-vous le problème du logement à Maurice  ?
Je pense que le problème du logement sera résolu d'ici la fin du mandat de ce gouvernement grâce aux 10 000 maisons qui seront construites à travers le pays. Elles sont déjà en construction. Puis la MHC et la NHDC sont en train d'aider. Lorsqu'une personne a un toit, les trois quarts de ses problèmes sont résolus, à l'instar des problèmes sociaux, entre autres. La vision du gouvernement va dans ce sens.