La dette publique par tête d’habitant crevant la barre des Rs 200 000 en septembre dernier, un nouveau record est en voie d’être établi au niveau de la dette locale. Avec le Plan for Issues of Government Securities pour le premier semestre de l’année prochaine, il faudra s’attendre à voir le montant de la dette locale franchir le cap des Rs 200 milliards au 30 juin de l’année prochaine, soit au moins Rs 30 milliards de plus que pour la période correspondante d’il y a un an. D’autre part, les quelque Rs 55 milliards de dette étrangère viendront se greffer à ce chiffre, relançant du même coup tout le débat sur le concept de la Debt Sustainability pour l’économie mauricienne. Dans son dernier rapport d’évaluation en date, l’agence de notation internationale Moody’s Investir concède que la progression de l’endettement public soulève des interrogations, mais a voulu se montrer rassurante en avançant que tout découle de la dette locale.?Ainsi, la Banque de Maurice a annoncé que, pour la période de janvier à juin de l’année prochaine, le gouvernement effectuera une série d’incursions sur le marché monétaire local pour lever des fonds de l’ordre de Rs 21,4 milliards. C’est ce qu’indique un document officiel accessible sur le site Internet de la Banque de Maurice portant sur des émissions de Bons du Trésors, de Treasury Notes et de Government of Mauritius Bonds pour des placements institutionnels et publics.
Outre des Treasury Bills arrivant à échéance dans 91, 182 et 364 jours, la Banque de Maurice aura recours à six émissions de Three-Year Benchmark Treasury Notes pour un montant de Rs 8,1 milliards, et ce comme suit :
– 14 janvier 2016 : Rs 1,5 milliard
– 17 février : Rs 1,3 milliard
– 23 mars : Rs 1,3 milliard
– 27 avril : Rs 1,3 milliard
– 19 mai : Rs 1,4 milliard
– 22 juin : Rs 1,3 milliard

Par ailleurs, un montant de Rs 4,3 milliards sera récupéré au titre de trois émissions de Five-Year Benchmark Government of Mauritius Bonds, comme suit :
– 20 janvier : Rs 1,5 milliard
– 20 avril : Rs 1,4 milliard
– 18 mai : Rs 1,4 milliard

Pour clore la série au cours du premier semestre de l’année prochaine, des dettes locales à long terme de Rs 9 milliards seront contractées :
– 13 janvier : Rs 1,5 milliard avec des Twenty-Year Bonds
– 3 février : Rs 1,5 milliard avec des Ten-Year Bonds
– 9 mars : Rs 1,5 milliard avec des Fifteeen-Year Bonds
– 13 avril : Rs 1,5 milliard avec des Twenty-Year Bonds
– 11 mai : Rs 1,5 milliard avec des Ten-Year Bonds
– 8 juin : Rs 1,5 milliard avec des Fifteen-Year Bonds

Le prospectus contenant les termes et conditions de ces emprunts sur le marché local sera rendu public une semaine avant les dates d’émission. Avec ces Rs 21,4 milliards supplémentaires, la Budgetary Central Government Gross Domestic Debt (dette locale), qui était de Rs 178,6 milliards fin octobre, devra être de l’ordre de Rs 200 milliards fin juin 2016. Comparativement à juin de cette année, la dette locale représentera une hausse de Rs 30 milliards d’une année à l’autre.
De son côté, la dette publique devra dépasser les Rs 250 milliards à la fin du présent exercice financier. Ainsi, fin septembre dernier, le gouvernement avait accumulé des dettes étrangères de Rs 54,6 milliards, soit Rs 3,2 milliards de plus qu’en septembre 2014. Au cas où la Banque Africaine de Développement (BAD) donnerait son aval au projet de la réhabilitation de la centrale thermique de Saint-Louis avec l’installation de quatre moteurs de 15 MW chacun pour éviter tout “black-out” à partir de 2017, il faudra voir la dette étrangère se rapprocher dangereusement de la barre des Rs 60 milliards en juin de l’année prochaine.
Ces derniers chiffres par rapport à l’évolution de la dette publique viendront relancer tout le débat au sujet de l’engagement pris par le gouvernement pour ramener le ratio de la dette publique par rapport au Produit Intérieur Brut (PIB) à 50% en 2018, contre 64,1%. Ou 54% (dépendant des critères de référence. Cette question a été évoquée dans le dernier rapport de notation de l’économie par Moody’s Investir Services, qui cache difficilement ses appréhensions à ce titre.
« The second rating factor is based on Moody’s assessment of Mauritius’s fiscal strength. Whereas Mauritius’s government debt is at an elevated level – at 56% of GDP at year-end 2014 –, Moody’s expects the level to remain broadly stable over the next two to three years. The government’s plan is to reduce fiscal deficits substantially in order to comply with its debt target – a statutory debt of 50% of GDP by 2018. However, achieving such ambitious fiscal consolidation will be difficult – the government of Mauritius has historically run fiscal deficits exceeding 3% of GDP. The statutory debt level reached 54% of GDP in 2014, calculated as the sum of the government’s and state-owned-enterprises’ debts, net of government’s cash reserves », souligne la note de Moody’s.
Poursuivant son analyse, Moody’s fait comprendre que : « The rating agency notes that despite its high level, government debt remains affordable with interest charges relative to government revenue reaching 13% in 2014. In addition, the debt is primarily domestic, with the government benefiting from a relatively large domestic funding pool. A substantial part (around 30%) of the government’s debt is held by the National Pension Fund (NPF). » A noter que les dernières statistiques publiées par la Banque de Maurice indiquent que l’endettement du secteur privé était de Rs 323,3 milliards fin octobre dernier, dont Rs 85,6 milliards pour la construction en proie à de graves difficultés économiques, Rs 47,8 milliards pour le tourisme, qui connaît un rebond, et Rs 20,2 milliards pour le secteur manufacturier. L’endettement des ménages est maintenu sous la barre des Rs 30 milliards, soit Rs 29,3 milliards, dont Rs 22,3 milliards sous forme d’emprunts et Rs 4,5 milliards de découverts bancaires.