ÉCHIQUIER POLITIQUE— JOUR J-84: Le No 18 affiche ses couleurs

À partir du Nomination Day du 4 novembre, les décibels politiques se feront entendre

Dans 12 semaines, l’électorat de Belle-Rose/Quatre-Bornes (No 18) fera son choix quant à celui qui accédera au strapontin laissé vacant à l’Assemblée nationale par la démission de Roshi Bhadain. Avec la publication du “Writ” pour la partielle, le No 18 affiche des couleurs en attendant de pouvoir faire monter les décibels. Des spécialistes de campagnes électorales s’accordent à dire que « tapaz eleksyon pu kumanse avek Nomination Day e pa avan ».  Actuellement, la consigne de campagne au ralenti s’explique par les séances de prières pour le Durga Pooja, et rares sont les candidats qui oseront déroger à cette règle. Toutefois, graduellement, les partis politiques prennent leur quartier avec les premières banderoles installées sur la voie publique, dont celles du PMSD et du MMM, affichant un « Tous ensemble avec Nita Juddoo ». Le QG du Reform Party de Roshi Bhadain ne passe pas inaperçu alors que le MMM prévoit d’assurer la coordination de la campagne à partir du siège du comité régional No 18 à La Louise alors que le PTr, lui, a élu domicile à l’ex-Antara, à Sodnac. Au fur et à mesure que les deux échéances, soit le dépôt de candidatures et le Polling Day, se précisent, la campagne pour la partielle devra être encore plus visible sur le terrain. Tactiquement, les dirigeants des principaux partis politiques misent sur la proximité pour faire passer leur message et consolider leurs assises. Des contacts avec l’électorat, que ce soit par des opérations de porte à porte ou des échanges dans les lieux publics, comme le bazar de Quatre-Bornes ou la foire d’Ollier, iront crescendo pour cette première partie « san tapaz ». Ce ne sera pas pour longtemps car l’auteur de Krapo Kriyé, le candidat Nitisj Jognah, compte donner de la voix lors de la campagne. Même si les plus pertinents sur le terrain avancent que « le match li ant Arvin Boolell ek Nita Juddoo », les autres candidats, dont Dhaneshwar Maraye du PMSD, Kugan Parapen de Rezistans & Alternativ ou même Jack Bizlall du Muvman Premye-May, croient encore à leur bonne fortune électorale. Une première prise de température en cette fin de politique hivernale.


PMSD: “Répondre aux 
aspirations de l’électorat”
Au PMSD, en l’absence du leader Xavier-Luc Duval, c’est le président du parti, Robert Palamy, qui explique que leur campagne s’est intensifiée à l’annonce de la date de l’élection partielle. « Nous sommes sur le terrain depuis déjà quelques semaines à présenter notre candidat, Danesh Maraye. Nous sommes bien accueillis car le PMSD dispose d’une assise solide au No 18 de par la contribution de Xavier-Luc Duval dans l’amélioration de la qualité de vie des citoyens de Belle-Rose/Quatre-Bornes. Notre candidat répond aux aspirations des électeurs, qui recherchent quelqu’un de nouveau, de jeune, et qui est un professionnel », a-t-il expliqué. Quant à la stratégie des bleus, Robert Palamy affirme qu’ils privilégient le porte-à-porte. « Nous sommes pour une campagne de proximité avec les électeurs, prendre le temps de leur expliquer les enjeux de cette partielle et leur présenter en personne leur futur député, Danesh Maraye », précise-t-il. « Sur le terrain, nous ne perdons pas notre temps à colporter des ragots ou à rabaisser l’adversaire. Nous avons mieux à faire. Nous expliquons que le PMSD, c’est le parti de l’avenir, un parti propre, un parti de propositions, qui n’est pas trempé dans des magouilles et qui a préféré quitter le gouvernement Lepep que de cautionner les atteintes à la démocratie », a affirmé Robert Palamy.
S’agissant des électeurs, le président du parti concède qu’au début, « ils nous paraissaient assez frileux ». Mais au fur et à mesure que les scandales impliquant les membres du gouvernement se sont succédé, « ils semblent nous écouter avec beaucoup plus d’attention et d’engagement, et sans que nous ayons le temps de leur dire quoi que ce soit, ils nous expriment sans hésiter leur dégoût grandissant pour ce qui reste du gouvernement Lepep », indique-t-il.
Langage du peuple des Verts
Chez les Verts Fraternels, la campagne se déroule d’une tout autre manière. « Nous sommes un petit parti sans ressources. Nous ne pouvons que compter sur nous-mêmes et sur la générosité de nos partisans et sympathisants. La bonne chose, c’est que notre candidate, Cindy Antonio, est une candidate de proximité. Elle est issue de la classe ouvrière et elle comprend le langage du peuple », explique le leader Sylvio Michel.
Quant à leur campagne électorale, elle n’a pas vraiment débuté, soutient le leader des Verts Fraternels. « Nous avons attendu la publication de la date des élections pour mettre notre machinerie électorale en branle, pour ne pas gaspiller nos faibles ressources », confie Sylvio Michel. « Comme on n’a pas beaucoup de moyens, nous ne pouvons distribuer trop de tracts, d’oriflammes ou de banderoles. Nous allons privilégier ce qui coûte le moins cher : le porte-à-porte et les réunions nocturnes », ajoute-t-il.
Le leader des Verts Fraternels a annoncé que son comité de campagne se réunit ce dimanche pour définir sa stratégie de campagne. « C’est dans le consensus que nous allons décider de ce qu’il convient de faire », se félicite-t-il. Pour avoir sillonné la circonscription, Sylvio Michel affirme que « nou santi ki bann dimounn ki nou zwenn lor terin zot anti-gouvernman ». Pour lui, « il est évident que si le gouvernement MSM-ML aligne un candidat, celui-ci mordra la poussière ».
Le leader des Verts Fraternels regrette toutefois que les partis de l’opposition se présentent à cette partielle en bande dispersée. « Cette division va certainement faire le jeu du gouvernement, même si celui-ci ne présente pas de candidat. Les différents partis de l’opposition, après s’être entre-déchirés durant cette partielle, se relèveront difficilement pour s’unir contre le gouvernement dans l’éventualité d’élections anticipées », déplore-t-il.
Alan Ganoo, président du Mouvement Patriotique, affirme  que les différents partis politiques se sont accordé une trêve en raison de la cérémonie hindoue Doorgah Puja. « C’est une période de prières dans les familles et nous ne souhaitons pas les déranger », explique-t-il. « C’est pour ça que le MP n’organise pas grand-chose durant cette période », ajoute-t-il.
Toutefois, les responsables du parti profitent de ce temps libre pour effectuer des travaux d’intendance habituelle par temps de campagne électorale, dont l’examen de la liste des électeurs pour étudier le profil des divers quartiers.


Présence quasi permanente du candidat Arvin Boolell
Du côté du parti Travailliste, la présence du candidat Arvin Boolell sur le terrain est quotidienne. Toutefois, il n’est pas question de bousculer l’électorat de Belle-Rose/Quatre-Bornes.   « Les participants en sont encore au niveau de “warming-up”», constate Patrick Assirvaden, du PTr. « On discute, on étudie, on se prépare. Les familles de foi hindoue sont en plein carême en vue de la fête de Doorgah Puja la semaine prochaine. Il n’est pas de notre intention de les déranger. Mais il est vrai que l’atmosphère dans la ville de Quatre-Bornes peut donner l’impression qu’il n’y aura pas d’élections partielles », observe-t-il.
Le PTr a organisé hier une réunion de coordination des activistes des 13 centres de vote pour passer en revue l’organisation dans chaque région de la circonscription. Les élections devraient être évoquées lors d’une réunion du bureau politique rouge mardi. Le candidat du PTr, Arvin Boolell, consacre énormément de temps à marquer sa présence dans la circonscription. Il est présent dans des manifestations importantes, passe une partie de la journée au marché hebdomadaire de la ville, rencontre le maximum de gens et fait du porte-à-porte. Mercredi dernier, toute son après-midi a été consacrée à La Source. Jeudi, après avoir participé aux prières marquant le début du carême en vue du Doorgah Puja, il a animé une réunion de travail au quartier général du PTr, établi dans une rue non loin du supermarché Winners. À ses côtés, plusieurs dirigeants du PTr, dont Devand Rittoo, Raj Ringadoo et Yatin Varma. « Nous passons en revue l’organisation de la campagne et préparons les activités pour les semaines à venir », explique Arvin Boolell. Quant à la campagne, il relève que tout se passe tranquillement.
« La campagne se déroule très bien. Nous mettons l’accent sur la proximité et sommes à l’écoute de la population. Nous enregistrons les doléances et les problèmes de la région. Nous avons une bonne équipe qui est en œuvre dans chaque route importante », explique-t-il. « Les réunions et les congrès suivront plus tard. Pour le moment, nous privilégions un travail de proximité », ajoute-t-il.
« À terme, poursuit Arvin Boolell, nous voulons nous présenter comme le gouvernement alternatif. Il nous reviendra de proposer des solutions pour les principales doléances enregistrées, dont le trafic routier et le “law and order”, le chômage des jeunes, le coût de la vie... Quatre-Bornes est la deuxième ville économique du pays. Il y a beaucoup de petits entrepreneurs qui se plaignent de l’absence de mesures d’accompagnement pour obtenir des prêts bancaires. Ce qui les affecte considérablement. » Arvin Boolell observe que parmi les autres problèmes constatés figure celui de la drogue, devenue un fléau national. « Beaucoup de familles ne savent pas où se trouvent les centres de réhabilitation et ne sont pas au courant de la politique de réinsertion. Il y a encore tout un travail à faire. Il y a également le problème de la prostitution. » Arvin Boolell estime en outre important que le gouvernement ait une cellule d’écoute concernant les problèmes associés au projet Metro Express afin d’éviter ce qui s’est passé à Barkly ou La Butte. « Cette cellule doit être à l’écoute des citoyens pour leur donner des explications sur l’impact de ce projet sur leur vie quotidienne et leur environnement ainsi que les inconvénients qui accompagneront inévitablement les travaux de construction. Il est important que l’updated report des consultants singapouriens soit rendu public. La bonne circulation des informations permettra d’éviter beaucoup de problèmes. »


Barbès-Pougnet: 
« Voter par conviction »
Le Ralliement Citoyen pour la Patrie (RCP), qui aura pour candidat à l’élection partielle au No 18 son président, Alexandre Barbès-Pougnet, donnera le coup d’envoi de la campagne à partir de la semaine prochaine. Sur Facebook, le jeune candidat de 31 ans invite les électeurs de Belle-Rose/Quatre-Bornes à ne pas voter « pour sanctionner » mais plutôt « par conviction », ajoutant : « Cela vous évitera d’élire le moins pire. Vous élirez ainsi le meilleur ! »  Le Facebook constituera une plateforme privilégiée pour la campagne. « Pour le moment, nous avons déjà rassemblé notre équipe de terrain, qui comprend une quarantaine de personnes de tous âges. Nous tiendrons notre première réunion la semaine prochaine pour déterminer les messages que nous souhaitons communiquer. On identifiera quelle tranche de la circonscription est susceptible de nous accorder des voix car il ne faut pas se leurrer, il y a des régions qui sont très conservatrices »,  concède le jeune candidat.
Quel est le “mood” du candidat ? « Nous sentons que nous avons des chances de réussir mais il ne faut pas que les électeurs votent pour sanctionner. Ils doivent se retrouver dans le programme du parti. »


Roshi Bhadain déjà 
sur le ring
Cela fait trois mois, jour pour jour, que Roshi Bhadain a démissionné comme député, soit le 23 juin dernier. Ayant déclenché l’élection partielle à Belle-Rose/Quatre-Bornes, c’est sans surprise qu’il a aussi été le premier à s’être positionné sur le ring de la joute électorale au No 18 en menant très tôt campagne dans les divers quartiers de la circonscription.
Parmi les mots-clés de la campagne du Reform Party, on retrouve : « L’émergence d’une nouvelle ère », « Non à un système politique archaïque », « Non au Metro Express entre autres » et « La fin de l’époque des dinosaures ».
 Le leader du Reform Party et ses membres privilégient le porte-à-porte, les après-midi surtout, pour véhiculer leurs messages aux habitants. Par ailleurs, depuis peu, on a pu également voir des bases aux couleurs du Reform Party se constituer devant certaines boutiques de Quatre-Bornes.


NITA JUDDOO, candidate du MMM: « J’ai atteint ma 
vitesse de croisière »
La candidate du MMM Nita Juddoo n’a jamais été aussi sollicitée, même si la campagne n’est pas encore passée à la vitesse supérieure. C’est au Marie Marot Activity Centre, à Quatre-Bornes, que nous l’avons rencontrée jeudi. Elle s’apprêtait à aller saluer les personnes du troisième âge, qui participaient à une rencontre à la mi-journée. Elle était alors accompagnée d’un membre du bureau politique, Franco Quirin, et de l’incontournable Mira Babajee, qui connaît tous les recoins de la circonscription. Nita Juddoo procède avec beaucoup de précaution : « Pas de photos à l’intérieur s’il vous plaît, pour n’embarrasser personne ».
« Je me contente souvent de venir saluer ceux qui acceptent de m’accueillir, quelles que soient leurs opinions politiques. L’idée est de mieux me faire connaître. Je laisse les électeurs décider », explique-t-elle, avant de dire passer le plus clair de son temps à faire du porte-à-porte. « Au début, je me demandais comment faire pour frapper à la porte de personnes qui ne me connaissaient pas. J’avais peur de les déranger. Mais au fur et à mesure, je me suis habituée et j’ai atteint ma vitesse de croisière. On frappe à la porte très fort et, souvent, on nous accueille chaleureusement. Parfois, on nous demande d’attendre quelques minutes, puis on vient nous parler. Du fait que je suis une femme, on me demande souvent d’entrer et les femmes me parlent plus facilement de leurs problèmes, qui dépendent des régions. Le chômage dans les familles est un problème considérable. »
Elle poursuit : « Dans certaines régions, on discute volontiers de politique et d’économie. Certaines familles estiment que tous les politiciens sont les mêmes et font des promesses qu’ils ne tiennent pas. Il s’agit de les rassurer et de leur expliquer les valeurs que nous défendons. J’ai eu à plusieurs reprises donné l’assurance que le MMM se rendra seul aux élections générales, bien qu’il ne soit pas facile quelquefois de surmonter leur scepticisme. Souvent, on me parle de mon père, qu’on a connu soit comme professeur, soit comme politicien. » Après la rencontre, Nita Juddoo a encore plusieurs rendez-vous.


Ajay Gunness : « Brasser large »
Au niveau du MMM également, qui présente Nita Juddoo comme candidate, la campagne ne s’est pas encore emballée, bien qu’elle ait démarré depuis longtemps. « À ce stade, nous faisons notre travail “smoothly” », observe Ajay Guness, qui supervise la campagne en compagnie de Rajesh Bhagwan. « Notre candidate est déjà en campagne avec le soutien du comité de campagne. Notre objectif est de toucher toute la circonscription. Ce que nous faisons à travers une campagne de proximité. Nous sommes satisfaits de l’accueil reçu durant le porte-à-porte à travers la circonscription », explique-t-il. « Les réunions d’organisation se poursuivent. Dimanche matin, nous aurons une réunion de coordination des représentants des 13 centres de vote afin d’établir un programme de travail durant les deux prochaines semaines. »
Pour la première fois, le MMM organisera une réunion de tous les militants internautes. « Nous avons remarqué que dans toutes les régions, il y a quelques activistes très actifs sur Internet, notamment sur Facebook et Twitter. Nous avons décidé de tous les convoquer à une réunion de travail à l’hôtel Henessy ce samedi afin de mieux développer une stratégie et mieux canaliser toute cette énergie, de façon à être présents sur le net de manière structurée. » La réunion sera animée entre autres par un spécialiste en communication.



Vivek Pursun de l’IODC à la politique
Le leader du Mauritian National Congress (MNC), Vivek Pursun, soutient que sa participation à la partielle au No 18 est des plus légitimes.  En juillet 2015, il avait été démis de ses fonctions de directeur adjoint de l’Indian Ocean Development Company (IODC). On lui reprochait alors d’avoir agi comme agent pour le candidat travailliste Guy Troylukho aux municipales de 2012. Mais pour lui, la véritable raison est qu’il « menait une enquête sur un cas de faux » à l’IODC. Vivek Pursun accuse le ministre Mahen Jhugroo de « faux » dans le recrutement d’un de ses proches à l’IODC alors qu’il était directeur de cet organisme en 2002.
Cet habitant de Route Bassin dit s’inspirer des luttes du Mahama Gandhi et de Nelson Mandela. Il invite les électeurs de Belle-Rose/Quatre-Bornes à « sanctionner le gouvernement pour le “mismanagement” du pays ».