L’Île Plate abrite également un phare, toujours opérationnel

Résilié en 2011, le bail pour une partie de l’Île Plate à l’homme d’affaires Patrick Fanchette pour un projet « éco-touristique » est en passe d’être renouvelé. Celui-ci, pourtant connu pour être proche du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, aurait également de bonnes relations au sein du gouvernement, qui ont fait tourner les choses en sa faveur. Alors que l’État avait un dossier solide sur les raisons ayant mené à la résiliation du bail, il a décidé d’opter pour un accord à l’amiable, offrant 15 arpents de l’îlot à Island Monitoring Ltd de Patrick Fanchette qui, en contrepartie, abandonne son procès.

Après un accord avec Raj Dayal et Lottotech, l’État s’apprête à conclure un nouvel arrangement avec Island Monitoring Ltd dans le procès que la compagnie lui intente pour résiliation du bail de l’Île Plate. Dans un « Cabinet Paper » en date du 6 novembre dernier, il est mentionné : « Cabinet was informed of the Ministry’s proposal to accept mediation in the case of Island Monitoring Ltd against the State regarding the lease of Flat Island. »

Initialement, le ministère de l’Agro-industrie, qui gère l’îlot, avait proposé un bail de 25 arpents. Mais le Cabinet a approuvé une superficie de 15 arpents seulement. Le Solicitor General a été avisé de cette médiation le 19 octobre dernier. Le bail est d’une durée de 7 ans et le montant de la location n’a pas encore été finalisé. En contrepartie, Island Monitoring Ltd s’engage à ne pas aller de l’avant avec le procès intenté à l’État pour la résiliation du bail.

Une série de conditions est attachée à ce nouveau bail, dont l’aménagement d’infrastructures écologiques pour les activités touristiques ainsi que la préservation des lieux. Les ruines présentes sur l’île où un restaurant avait été aménagé ne font pas partie du bail. Une nouvelle réunion entre les deux parties le 8 novembre a permis de finaliser les termes de l’accord. Il est prévu que l’accord soit conclu le 28. Or, cet arrangement avec Island Monitoring Ltd fait tiquer, quand on connaît les raisons qui avaient mené à la résiliation du bail, en 2011.

À cette époque, c’est Discover Mauritius, une compagnie de l’État, sous le ministère du Tourisme, alors géré par Xavier-Luc Duval, qui avait obtenu un bail de sept ans à partir de 2007. Celle-ci est par la suite entrée en “joint-venture” avec Island Monitoring Ltd pour l’aménagement d’un restaurant et autres activités touristiques dans l’île. Jusqu’alors, l’Île Plate était une réserve naturelle. Une partie de l’île avait été déclassée pour faire place au projet « éco-touristique ». Toutefois, lors d’une visite conjointe des officiers des National Parks and Conservation Services et de la Mauritian Wildlife Foundation en février 2010, il a été constaté que plusieurs conditions du bail n’avaient pas été respectées. Notamment qu’un autre gérant opérait le restaurant alors que le bail précise qu’on ne peut sous-louer l’île. Des constructions avaient également été faites sans autorisations et des déchets s’accumulaient.

De même, des rats musqués étaient présents dans l’île, avec pour conséquence que trois espèces de reptiles, dont l’orange-tailed skink, avaient été dévorées, et donc éteintes. « Marine Protected Area »

Dans son rapport de 2010, le bureau de l’audit était très sévère concernant la situation à l’Île Plate. « The restaurant seemed to be managed by another private operator, although the license agreement clearly stipulates that the lessee shall not assign or sublet the whole or any part of his interest under the lease », peuton y lire. De même, relève le rapport de l’audit : « The old historical building north of the island has been developed as a restaurant without the approval of the ministry. » Cette affaire avait à l’époque été évoquée dans l’émission française Thalassa.

De même, plusieurs questions parlementaires avaient été posées, notamment de la part de Rajesh Bhagwan et d’Éric Guimbeau. Il a ainsi été révélé, par le ministre de l’Agro-industrie d’alors, Satish Faugoo, que le montant du bail pour une superficie de 135 000 mètres carrés était de Rs 60 000 par mois, soit 44 sous par mètre carré par an. Il faut savoir que l’Île Plate servait de centre de quarantaine pendant la période française. Les constructions en pierre qui s’y trouvent avaient été érigées à cet effet. Elles sont aujourd’hui un patrimoine national.

L’Islets and National Park Strategic Plan recommande que l’île et ses alentours soient déclarés “Marine Protected Area” en raison de la faune et de la flore qu’elle abrite. La question qui se pose, c’est de savoir pourquoi le gouvernement a accepté un accord à l’amiable et, surtout, d’accorder un nouveau bail à Island Monitoring Ltd de Patrick Fanchette en ayant un dossier aussi solide à sa disposition. Pourtant, lors de la séance parlementaire du 14 juin 2017, Anil Gayan s’en donnait à coeur joie pour narguer le PMSD à ce sujet. « When hon. Duval was Minister of Tourism, Government started Discover Mauritius Ltd and, again, a company was formed ‘Island Monitoring Ltd’, represented by its Director, Mr Patrick Fanchette. You remember, hon.

Duval went to have big celebrations and all this! (…) Discover Mauritius Ltd which is a Government entity entered into a joint venture agreement with Island Monitoring Ltd. And Discover Mauritius Ltd was represented by whom, Madam Speaker ? By its Chairman Robert Valentino Pallami and its Manager was Mr Joseph Hugo Thierry Henry… And then they come to talk about nepotism, they come to give us lessons », avait-il dit, entre autres.

Des recoupements effectués par Le Mauricien indiquent que Patrick Fanchette n’entretiendrait pas de bonnes relations uniquement avec le PMSD, mais également au sein du gouvernement MSM-ML. Il serait proche d’un ministre très en vue. Ce qui expliquerait le nouvel accord, en dépit des rapports négatifs du passé.