ELLE EST QUOTIDIENNEMENT DANS DEMAIN NOUS APPARTIENT SUR TF1 : Rani Bheemuck, une touche mauricienne à la télé française

Elle fait partie de la liste des acteurs principaux de Demain nous appartient, série diffusée quotidiennement sur TF1. Comédienne depuis 10 ans, Rani Bheemuck a participé à plusieurs projets au théâtre, à la télé et au cinéma. Au casting de Chinese Zodiac (avec Jackie Chan), Yves Saint Laurent, Plus belle la vie, entre autres, l’actrice née de parents mauriciens à Chamonix-Mont-Blanc sera prochainement dans une nouvelle création de Canal + . La progression de la comédienne dans ce monde féroce s’est faite par étapes, entre les coups durs et les succès. C’est ce qu’elle nous a expliqué tandis qu’elle passait quelques jours de vacances à Maurice la semaine dernière.
“On se tutoie, ce sera plus simple.” Le ton est donné aussitôt les présentations faites dans le café-resto tenu par sa sœur et son beau-frère dans le nord. S’excusant pour les lunettes noires que lui impose le soleil, Rani Bheemuck se fond dans le décor chic avec sobriété. Pas de maquillage, des sandales au lieu de hauts talons ; une manière d’être naturelle qui détonne avec le personnage qu’elle incarne dans Demain nous appartient. Lou Saeed, l’ex-épouse du personnage principal de ce feuilleton, le Capitaine Karim Saeed, est une brillante avocate rigide dans le style et au caractère complexe. Presque à l’opposé de l’actrice qui lui donne vie. Mais celle-ci s’en accommode bien. Dans la série tournée dans le sud de la France, tandis qu’elle disparaît soudainement en abandonnant mari et bébé, Lou Saeed contribue, selon Rani Bheemuck, à briser le tabou qui couvre souvent la dépression post-partum — dont souffrent plusieurs femmes après l’accouchement — d’une chape de silence.

Moteur !
De son côté, des moments de doute, la comédienne en a souvent eu durant cette carrière professionnelle qu’elle mène sur scène et devant les caméras depuis dix ans. Mais, rien ne pouvait la faire abandonner. Dès le départ, elle semblait savoir que cela se passerait ainsi. “Attends, je te fais un dessin”, dit-elle avant de gribouiller un ressort en spirale sur une page de calepin. Un de ses mentors lui avait expliqué que la progression d’un comédien se fait selon ce schéma. “Tu montes et ensuite tu descends pour remonter. Cela s’est fait exactement de cette manière”, explique-t-elle pour résumer son parcours. Il a pourtant fallu qu’elle ait du cœur pour s’accrocher.
Des petits, des moyens, de plus grands rôles, au théâtre, dans la pub, à la télé, comme au cinéma, Rani Bheemuck a eu un parcours honorable où elle continue à progresser et à se faire connaître. Il y a dix ans, la trentenaire née à l’hôpital de Chamonix-Mont-Blanc où ses parents s’étaient installés quelques années auparavant avait débuté comme comédienne en partant de rien. Sinon cette grande conviction qui l’avait persuadée que c’est dans ce domaine qu’elle évoluerait, contrairement à une carrière plus classique qui semblait lui avoir été prédestinée. Après le lycée, au lieu d’approfondir ses études en commerce et droit dans une université de Grenoble, elle avait opté pour une école de théâtre à Paris rejoignant ainsi sa sœur aînée qui faisait déjà ses études à La Sorbonne.

Brin de Maurice dans les Alpes.
“Li finn ed mwa”, dit-elle au sujet de cette grande sœur qu’elle avait appelé pour qu’elle explique sa démarche auprès de leurs parents qui n’avaient pas tout à fait compris son choix. Rani Bheemuck n’a connu Maurice que durant des vacances occasionnelles, mais s’exprime quand même en créole. “Certes j’ai grandi à Chamonix, mais cela s’est fait dans la culture mauricienne, avec des plats mauriciens et mes parents nous parlaient aussi en créole.” Respectivement issus de Goodlands et de Petit-Raffray, sa mère et son père avaient émigré dans les années 70 pour s’installer dans les Alpes. “C’est une région que j’aime beaucoup et qui se trouve dans un bel écrin naturel.”
Au cinéma, Rani Bheemuck joue un mannequin dans le très acclamé Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert, sorti en 2014. La journaliste qu’elle incarnait lui a permis de côtoyer le légendaire Jackie Chan pendant une journée de tournage sur le plateau de Chinese Zodiac en 2014. Son nom est aussi associé à Les Ex de Maurice Barthélemy, L’un dans l’autre, de Bruno Chiche, Dipali, de Clément Isaac, etc. À la télé elle a joué dans la saison 7 de Plus belle la vie, Interpol, Les hommes de l’ombre, Munch, Harcelé, entre autres. En 2018 elle sera dans la distribution de Nox, la prochaine création originale de Canal + avec Nathalie Baye.

Des planches à la caméra.
C’est au théâtre que Rani Bheemuck a fait ses premières armes. Sa bio fait état des Gros Yeux et Quand les Piétons s’emmêlent, pièces mises en scène avec la collaboration de son partenaire de scène Rémi Deval. Avec ce dernier elle avait aussi travaillé sur Salades Décomposées. Et pendant quelque temps, le duo Rani et Rémi a fait le tour des théâtres, des cafés-théâtres et autres salles. Alors qu’un soir elle jouait devant 800 personnes, ses parents ont compris son choix. À cette époque, Rani Bheemuck étudiait toujours, et ces spectacles lui permettaient de financer ses études qui étaient particulièrement chères. Mais dès le départ, elle avait insisté auprès des siens que cela se passerait ainsi. Travaillant à la fois la théorie et la pratique, elle comprend mieux ce métier qui l’avait fait rêver quand elle était encore gamine.
En effet, c’est dans les Alpes qu’elle avait découvert le théâtre lorsqu’une de ses amies lui demanda de l’accompagner à la Maison de la Jeunesse et de la Culture de Chamonix pour un stage. “J’avais 12 ans, je ne m’y connaissais pas en théâtre. En suivant ma copine, j’ai découvert les improvisations à travers les Fables de la Fontaine et autres. À la fin du stage, j’ai demandé à la formatrice si c’était cela son métier. Elle m’a expliqué qu’elle était prof de théâtre et comédienne. J’ai tout de suite dit que je ferais comme elle plus tard. Depuis ça m’est toujours resté en tête.”

Se construire.
Lorsque Rani Bheemuck termine ses études à Paris, “je n’avais aucune assurance que cela marcherait”, admet-elle. Contrairement à d’autres, la jeune comédienne n’avait pas les contacts, et débarquant dans le milieu de nulle part il fallait encore qu’elle se prouve aux yeux des autres. “Pour y arriver, j’ai fait de grands sacrifices. J’ai fait plusieurs castings parfois réussis, parfois infructueux. Je suis restée disponible pour les propositions qui pouvaient tomber. Cela demandait que je reste joignable à tout moment. Au départ tu ne considères pas les grands et les petits rôles. Tu prends ce qui es proposé du moment que c’est raisonnable et tu attends la suite.” Cette persévérance finira par payer. Repérée au départ dans le théâtre, puis, par un agent, Rani Bheemuck est désormais un peu plus tranquille puisqu’un réseau s’est constitué autour d’elle. En conséquence, “aujourd’hui, je n’ai plus besoin d’appeler pour trouver un rôle. Après 10 ans, on commence enfin à m’appeler.”
Dans un premier temps, elle était régulièrement sollicitée pour son type asiatique. “J’étais souvent l’Indienne de service drapée dans son sari. Mais désormais ce n’est pas le critère qui s’applique. On fait appel à moi comme comédienne. Comme dans Demain nous appartient, mes origines n’ont jamais été prises en considération.” Une situation qui la rend optimiste pour l’avenir tandis qu’elle se prépare pour retrouver le plateau de tournage de cette série une fois rentrée de vacances. Mais en attendant, elle entendait bien profiter des grandes retrouvailles avec les siens. Rani Bheemuck était de retour dans le pays de ses parents après 9 ans. Ces dernières années, elle s’était privée de vacances pour son travail.
Ce métier, elle comprend désormais mieux ses rouages et ses implications. Être comédien est un art qui prend beaucoup de soi. “On me disait timide, le théâtre m’a appris à m’ouvrir davantage.” Pour mieux donner vie aux personnages qu’elle est appelée à incarner, Rani Bheemuck a appris une règle d’or. “Il faut avant tout être en phase et bien avec soi-même pour pouvoir jouer un rôle. Il faut que l’on guérisse des blessures du passé et que l’on s’accepte pleinement pour y arriver.”
Désormais, la comédienne est un visage connu sur les écrans et dans la rue. “Les gens m’arrêtent parce qu’ils me reconnaissent. Je signe aussi des autographes. C’est assez amusant, j’en rigole. La vie est bien faite puisque cela arrive au moment idéal dans mon chemin de vie. Auparavant, je n’aurais pas su comment gérer cela.” Rani Bheemuck a pris conscience que l’un des dangers de son métier serait que le succès ne lui monte à la tête. Encadrée par ses proches et ses amis elle garde les pieds sur terre et prend chaque opportunité comme une occasion de grandir davantage.
La suite bientôt…