Une nouvelle menace plane-t-elle sur Gris-Gris? C’est ce que craignent les habitants de la localité qui ont eu vent cette semaine que le ministère de l’Environnement, à travers la Beach Authority, compte enclencher des travaux sur la plage. Un projet que les habitants avaient réussi à stopper en novembre dernier afin que le cachet authentique de Gris-Gris soit préservé. Si, jusqu’ici, contrairement à la fois dernière, aucune pelleteuse n’a encore pointé du nez sur la plage, les autorités semblent bien décidées à concrétiser le projet. D’autant que le budget y relatif, laisse-t-on entendre, a déjà été décaissé. Mais les habitants ne comptent pas se laisser faire. “Nous ne sommes pas contre un projet d’embellissement, mais Gris-Gris doit rester atypique. Pas question de bétonnage”, disent-ils, réclamant des consultations au plus vite avec les autorités pour discuter et surtout contrer toute dégradation de la plage.

A peine trois mois après avoir remporté une bataille, faisant rebrousser chemin illico presto à une pelleteuse qui voulait forcer la route sur la plage, les habitants de Gris-Gris sont à nouveau sur le qui-vive. Depuis une semaine, des informations circulent selon lesquelles le gouvernement compte bel et bien donner corps à son projet d’embellissement de la plage. Si, à ce jour, aucune information ne transpire quant à la nature du projet — nos sollicitations auprès de la Beach Authority et du ministère de l’Environnement ayant aussi été vaines — les indications sont que d’ici peu, Gris-Gris sera le théâtre de travaux. En novembre dernier, c’est, interpellés par la présence insensée d’une pelleteuse sur la plage que les habitants de la localité ont ouï dire des intentions du ministère de l’Environnement d’aménager la plage “d’une promenade en béton menant vers la grotte dans la falaise quelques mètres plus loin”. Projet qui avait sidéré non seulement les habitants, mais aussi les écologistes qui ont immédiatement entrepris des démarches pour le contrer. La pelleteuse a dû faire demi-tour et le projet rangé dans un placard.

Voilà que ce projet revient sur le tapis, et cela, encore une fois, sans que ni les habitants ni les conseillers du village n’aient été consultés. Ce qui soulève à nouveau la polémique. D’autant que le flou perdure autour de la nature de ce projet.

Armand Maudave, habitant de la localité et militant écologiste, indique avoir tenté d’avoir les plans du projet. “Nous estimons que nous sommes des riverains, nous payons la taxe, nous votons dans cette localité et nous devons savoir ce qui s’y passe”, dit-il. Cependant, le Conseil de District de Savanne a fait comprendre que cela ne relève pas de son autorité, et moins encore du Conseil de village. Comme Armand Maudave, Vela Gounden, conseiller de Souillac, est catégorique : “Gris-Gris doit rester authentique. Il ne faut pas mettre du béton. Lorsque les gens vont à la plage, c’est pour marcher sur le sable et non sur des pavés bétonnés. Quelle idée! Notons aussi que ce lieu est connu pour la ponte des tortues. Il faut la préserver et nous sommes là pour discuter avec les autorités”, dit-il.

D’autres problèmes à Gris-Gris
Selon les habitants, il y a d’autres problèmes à Gris-Gris auxquels les autorités devraient plutôt s’intéresser. A titre d’exemples, Vela Gounden cite la protection de la falaise, la délocalisation des deux marchands dans leurs roulottes sur le parking, gâchant la vue sur la plage, en outre de bloquer les places de parking. “Si l’argent, comme ils disent, a déjà été décaissé pour ce projet, autant s’en servir pour de bonnes causes”, estiment les habitants.

Nos appels au ministère de l’Environnement ainsi qu’à la Beach Authority pour connaître les dessous de ce projet ont été vains. Des bruits circulent toutefois selon lesquels les plans initiaux du projet, consistant à établir un tracé le long duquel des pavés auraient été placés, auraient été modifiée. C’est d’ailleurs la garantie que donne l’Attorney General Maneesh Gobin. Le député de la circonscription, qui a également communiqué avec un conseiller du village, confie avoir également entendu les rumeurs et s’en est enquis auprès de son collègue le ministre Sinatambou. “Il ne faut pas que les choses soient mal interprétées. La dernière fois, il y a eu une grosse erreur avec la pelleteuse qui n’avait pas sa place. Mais aujourd’hui il n’y a rien. Nous voulons embellir Gris-Gris”, explique-t-il. Il reste tout de même vague quant à ce projet d’embellissement, mais laisse entendre que “comme auparavant, nous voudrions installer des bancs au bas de la falaise”. Il soutient que les matériaux utilisés respecteront l’environnement.

Ce qui est certain, c’est que les habitants de la localité ne laisseront ni pelleteuse ni béton envahir la plage. C’est dans cette optique, qu’ils souhaitent une rencontre au plus vite avec les promoteurs de ce projet. L’Attorney General soutient que le ministre de l’Environnement et lui-même feront tout “pour préserver Gris-Gris et non la dégrader”. Reste à voir.