Avec la confirmation du déplacement de Vishnu Lutchmeenaraidoo au QG de l’ICAC du Réduit Triangle au plus tôt lundi, sauf changements de dernière heure, il deviendra le second ministre de Lalyans Lepep en autant de semaines à devoir subir des interrogatoires under caution pour des délits présumés sous la Prevention of Corruption Act (PoCA). Le cas de l’ancien ministre de l’Environnement, Raj Dayal, avec des allégations de pots-de-vin contre l’octroi d’une EIA Licence pour le Morcellement Gros-Cailloux, est encore en suspens. Toute convocation d’un membre du gouvernement à l’ICAC équivaut à une démission ou en termes diplomatiques à un stepping down.
 D’ailleurs, pendant toute la journée d’hier et probablement aujourd’hui, de fidèles lieutenants de Vishnu Lutchmeenaraidoo, dont un faisant partie du “Poules Mouillées Fan Club”, ceux qui redoutent une partielle au No 7 au sein du MSM, multiplient les initiatives en vue de faire avorter tout projet d’assignation du principal concerné pour interrogatoire. D’ailleurs, dès mercredi soir avec la sortie en règle du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, à l’effet que « népli kapav kont lor Vishnu », ces mêmes intermédiaires qui étaient présents au dîner d’anniversaire au château Labourdonnais étaient extrêmement agités.
 Des sources politiques bien renseignées avancent que la mission de ces membres du Vishnu Lutchmeenaraidoo Fan Club de lui  épargner ce rendez-vous à l’ICAC relève du domaine de l’impossible. D’ailleurs, vendredi soir, sir Anerood n’a pas hésité à revenir sur son intransigeance en mettant en garde ses ministres dans des affaires de fraude et de corruption. « Mo mett tou bann minis en gard. Mo pou intransigeant. Nou finn vinn la pou netway pouritir. Fodé pa nou vinn pouritir nou-mem », a-t-il averti.
Convocation d’un des membres du conseil       d’administration de la SBM
 La séance d’interrogatoire au QG de l’ICAC pourrait donner lieu à une bataille rangée entre les deux parties au sujet de l’admissibilité de certains conseils légaux dans le panel constitué pour assurer la défense de l’ancien ministre des Finances. Des avocats, dont les services ont déjà été retenus précédemment pour le briefing des témoins dans cette même enquête ou assurant les intérêts d’institutions financières, pourront faire face à des objections. Mais durant le week-end, aucune des sources approchées par Week-End n’a voulu s’aventurer pour commenter cette éventualité.
 D’autre part, il n’est pas à écarter que cet exercice pourrait se dérouler de manière simultanée avec la convocation d’un des membres du conseil d’administration de la State Bank of Mauritius qui avait inscrit le mot “Approved” sur le dossier de demande d’emprunt en date du 27 juillet 2015, soit avant même les délibérations du Credit Committee pour sanctionner l’Application Letter soumise initialement au nom de SVL Trust.
 Depuis le démarrage de l’enquête sur l’Euro-Loan Saga de 1,1 million d’euros à des taux d’intérêts fixes de 1,5% par an, les limiers de l’ICAC se sont concentrés sur des vérifications de la documentary evidence disponible avant d’enclencher les convocations pour interrogatoires déterminants. Si le premier ordre de la Cour suprême, émis par le juge Iqbal Mahghooa, vise à lever le secret bancaire sur le prêt de 1,1 million d’euros à des intérêts de 1,5% par an contracté par Vishnu Lutchmeenaraidoo auprès de State Bank of Mauritius Ltd, la teneur des deux derniers Judge’s Orders, dont le dernier émis la semaine dernière, garde toujours son secret. Sur la base de cette dernière initiative, il semblerait que l’ICAC a déjà en sa possession toute la documentary evidence to sustain a prima facie case dans cette enquête à rebondissements, avec des répercussions possibles sur le plan politique. La tension devra également se faire sentir du côté des Police Headquarters aux Casernes centrales, notamment dans l’exercice du power of arrest sous la Prevention of Corruption Act.
 Avec l’imminence de la convocation à l’ICAC, le ministre des Affaires étrangères pourrait être confronté à deux questions, l’une aussi cruciale que l’autre. D’abord, l’ICAC voudrait savoir pourquoi Vishnu Lutchmeenaraidoo s’est appesanti initialement sur le fait que l’emprunt était soi-disant de 400 000 euros — posting sur sa page Facebook faisant foi —, alors que les documents de la State Bank of Mauritius Ltd mentionnent un million, puis 1,1 million d’euros et 400 000 d’euros déjà déboursés depuis le 9 octobre 2015, soit avant la signature officielle des documents le 17 novembre dernier.
 Ensuite, Vishnu Lutchmeenaraidoo sera appelé à fournir des preuves qu’avec cet emprunt il avait financé des transactions sur le marché international des pierres précieuses, y compris de l’or. Toujours sur sa page Facebook, il avait déclaré qu’il était intéressé à « investir dans l’or ». Or, les premiers virements étaient en faveur de deux sociétés avec ses proches comme actionnaires.
 Après un congé de maladie d’un mois entrecoupé de quelques jours de répit, le temps de participer à une réunion du Conseil des ministres le vendredi 18 et la réunion du Bureau politique du MSM du samedi 19, le retour de Vishnu Lutchmeenaraidoo au ministère des Affaires étrangères est annoncée pour demain. Au cours de la semaine écoulée, il a fait l’impasse sur la reprise des travaux de l’Assemblée nationale, le Conseil des ministres avec à l’agenda le rapport du Pay Research Bureau et les cérémonies marquant les 86 ans de sir Anerood, même s’il avait quitté la clinique depuis mardi. Dans la soirée de vendredi, un Very Senior Minister n’hésitait pas à lâcher que «Vishnu reprend son poste lundi ». Il reste encore 24 heures pour vérifier ce détail, mais tout dépendra de la confirmation des signaux préliminaires émis du Réduit Triangle.
 À ce jour, l’Euro-Loan Saga n’a pas encore livré tous ses secrets.