La troisième version sur la fusillade meurtrière de la rue Gorah Issac à Plaine-Verte dans la nuit du 25 au 26 octobre 1996 se poursuit au niveau du Central CID sous la supervision de l’assistant commissaire de police, ACP Heman Jangi. Depuis la fin de la matinée, Shakeel Mohamed, chef de file du Labour Party à l’Assemblée nationale, est de retour aux Casernes centrales pour la reprise de son interrogatoire Under Warning. Ce rendez-vous intervient 24 heures avant les débats en Cour sur la motion logée par Me Gavin Glover, Senior Counsel, visant à rayer les quatre charges logées contre le député travailliste avec la réouverture de l’enquête sur le meurtre de Zulfikar Bheeky, Babal Joomun et Yousouf Moorade, à la veille des élections municipales d’octobre 1996. En parallèle, d’autres protagonistes impliqués dans ces graves évènements sont entendus à tour de rôle par des limiers du CCID dans une tentative de reconstituer tout le dossier de l’affaire Gorah Issac en raison des Missing Links majeurs relevés à ce jour. Ainsi, la piste de la 4 x 4 couleur rouge, immatriculée 3538 NV 95, volée sur la plage de Flic-en-Flac et utilisée pour transporter des membres de l’Escadron de la Mort dans l’exécution du plan de Gorah Issac, est privilégiée à ce stade de l’enquête.
À la mi-journée, très peu d’indications ont transpiré quant au déroulement de cette audition sous caution de Shakeel Mohamed. Lors des précédentes séances, le principal concerné, affirmant avoir déjà communiqué ce qu’il avait à dire à la police dans cette affaire, avait exercé son droit constitutionnel au silence. Dans un premier temps, le CCID avait retenu une liste de 90 questions pour confronter ce parlementaire de l’Opposition. Mais il existe la possibilité qu’après les deux auditions du témoin Raffick Goolfee au cours de la semaine écoulée, d’autres s’y sont greffées.
Outre l’étape du jour, le Legal Panel, mené par Me Gavin Glover, SC, assurant la défense de Shakeel Mohamed, se prépare pour les débats devant le tribunal de Port-Louis en vue de rayer les quatre inculpations provisoires, dont celle de Conspiracy to Commit Murder dans l’affaire Gorah Issac. Le principal intérêt au vu de cette affaire en Cour demain consiste à savoir quel sera le Stand de l’Office of the Director of Public Prosecutions (DPP) quant à la motion en faveur de Shakeel Mohamed.
Dans la conjoncture, la Cour a réclamé la présence d’un représentant du Parquet pour contester la motion de la défense. Des premières indications, révélées en primeur par Le Mauricien, mercredi dernier, au sujet de la réticence du State Law Office à soutenir la démarche du CCID dans la conjoncture, soit plus de 19 ans après, devront être soit confirmées soit infirmées demain.
Sur le front de l’enquête dans l’affaire Gorah Issac Revisited, le CCID met l’accent sur le volet consacré au véhicule utilitaire de couleur rouge, portant le numéro 3538 NV 95, notamment depuis l’agression du couple de ressortissants étrangers, chinois et malaisien, sur la plage de Flic-en-Flac par des hommes encagoulés, jusqu’à l’abandon du véhicule dans les parages du cimetière de Pailles samedi matin après l’attentat. À ce jour, les enquêteurs du CCID tentent de retrouver des témoins pour refaire le trajet emprunté par la 4 x 4 volée à Flic-en-Flac jusqu’au cimetière de Pailles dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 octobre 1996, dont un officier de police et un vigile de nuit. Leurs versions des faits sont présentées comme étant cruciales en vue d’autres développements à venir dans cette nouvelle enquête.
L’un des points à être élucidés au sujet de cette 4 x 4 concerne deux impacts de balles sur la carrosserie, susceptible de soutenir la thèse qu’il y aurait pu y avoir des échanges de coups de feu entre les deux groupes d’activistes politiques vers les 3 h 10 du matin en ce samedi d’octobre 1996. Cette thèse est contestée de manière véhémente par Raffick Goolfee, qui a été entendu de nouveau samedi dernier au CCID.
Preuves à l’appui, notamment des photos de presse du véhicule prises dans les parages du cimetière de Pailles, ce témoin affirme qu’à cette époque aucun impact de balles n’y avait été relevé par les spécialistes en balistique. Raffick Goolfee croit savoir que des coups de feu avaient été tirés sur ce véhicule bien après les événements dramatiques de la rue Gorah Issac en 1996, et ce dans le but délibéré de faire dérailler l’enquête de la police.
Dans cette perspective, d’autres témoins devront être entendus dans les prochains jours, notamment un activiste de la défunte alliance PTr/MMM, qui avait pris place à côté de Babal Joomun dans un des véhicules au moment de l’agression meurtrière, pour accréditer la thèse que les activistes de l’alliance gouvernementale d’alors ne portaient aucune arme à feu.
Affaire à suivre.