HUMAN STORY - SOPHIE DECOTTER, ANCIENNE CHAMPIONNE D’ATHLÉTISME : Plus forte que le lupus

Comme à l’époque où elle s’élançait avec force et détermination sur les pistes, Sophie Decotter (Carmagnole) n’a rien perdu de sa combativité. L’ancienne athlète, âgée de 42 ans et qui vit à Perth, nous confirme que la battante est définitivement “back on track”. Atteinte de lupus depuis 2001, Sophie Decotter a décidé, à travers une vidéo postée sur Facebook en juillet 2016, de révéler sa maladie, ainsi que les tourments et le déclin. Jusqu’au jour où une phrase prononcée par une amie est venue tout changer. Depuis trois ans, elle renaît de ses cendres et elle est même en rémission.
À travers ses confidences livrées à Scope, Sophie Decotter veut inspirer les gens à se battre, car “there is always a way of feeling better”.
Il lui a fallu du courage pour se mettre à nu et parler de sa maladie. Sophie Decotter savait que “c’était nécessaire” et qu’il était important “de sortir de ma zone de confort pour aider d’autres personnes”. Mais la Curepipienne ne s’était pas préparée à recevoir autant de messages venant de partout. “J’en ai pleuré de joie pendant plusieurs jours.”
Le 30 juillet 2016, dans une vidéo postée en direct, qu’elle intitule What if my story can help one person ?, Sophie Decotter se met dans les starting-blocks. “J’étais dans un stress pas possible. À plusieurs reprises, j’ai failli reculer. J’avais peur et honte pour je ne sais quelle raison. Finalement, en fin d’après-midi, je me suis trouvé un petit coin dans un parc et j’ai fait la vidéo. C’était un sentiment indescriptible.” Au bout de cinq minutes et quarante-neuf secondes, l’ancienne sprinteuse du couvent de Lorette de Quatre-Bornes voit son courageux et émouvant récit récompensé par 27,012 vues, 175 commentaires, 408 partages et 282 likes.
Arborant un grand sourire, Sophie Decotter parvient à nous transmettre sa positive attitude. Aucun signe de lupus, une maladie chronique auto-immune qui survient lorsque le système immunitaire s’attaque aux cellules de l’organisme et les détruit. Cela s’est manifesté en 2001. “Je me sentais constamment fatiguée, mais comme j’étais en pleine préparation de mon mariage, je ne me suis pas vraiment inquiétée.” Puis, elle commence à avoir des aphtes dans la bouche. Surviendront d’autres bobos, mais “rien ne me faisait penser à ce moment que j’avais quelque chose de plus grave”. Lorsque des taches commencent à apparaître sur son visage, Sophie Decotter se rend chez un dermatologue, qui lui demande de faire un test, car les symptômes ressemblent à ceux du lupus. “À cette époque, cela prenait un mois pour avoir les résultats. De jour au lendemain, ma vie a basculé. N’ayant pas beaucoup d’informations, je pensais en mourir.”

“Mon état s’aggravait”.
Sophie Decotter nous confie : “Je suis une personne bénie. J’ai eu beaucoup de chance, en ayant eu de bons médecins, et j’ai pu compter sur le soutien de Gérard, mon époux, et de toute ma famille.” Cette maladie a été un des adversaires les plus coriaces auxquels elle a eu à faire face. À peine a-t-elle eu le temps de se remettre d’une telle nouvelle que l’ancienne championne d’athlétisme, qui a représenté Maurice aux Jeux des Îles de l’Océan Indien (1990 et 1993) et au championnat d’Afrique à Durban, se réveille un matin avec le visage paralysé. Pendant environ trois mois, elle se nourrit à la pipette. “Je n’avais plus de contrôle ni de sensation du côté droit de mon visage avec cette complication appelée Bell’s palsy.”
Parallèlement, elle vit ses premières expériences d’être enflée et boursouflée à cause des fortes doses de Prednisone. La sprinteuse, qui a connu ses heures de gloire aux 100m, 200m et 4x100m, est embarquée sur un marathon “qui ne voulait plus s’arrêter”. Les douleurs des articulations vont jusqu’à la priver de son indépendance. “Je venais de commencer un MBA et je travaillais dans les ressources humaines. Les jours se suivaient et ne se ressemblaient pas. Mon état s’aggravait, jusqu’à devoir compter sur mon mari pour me doucher. Chaque mouvement devenait insupportable. Je hurlais de douleur pour m’asseoir ou me mettre debout. Mes pieds étaient tellement enflés que je ne pouvais même plus me déplacer pour un verre d’eau. Il fallait toujours demander l’aide de quelqu’un. Pour moi, c’était difficile de l’accepter.” Cette fois, il s’agit de polyarthrite rhumatoïde, une autre maladie auto-immune liée au lupus. Elle avale alors de grandes doses de corticoïdes et d’autres médicaments. “On ne soigne pas que le lupus, mais également tous les effets secondaires. On tourne en rond sans cesse.”

“Je voulais tout abandonner”.
Au bout de cinq ans de maladie, Sophie Decotter décide d’émigrer en Australie. “J’avais perdu ma joie de vivre, j’étais presque tout le temps dans un état de colère et de déprime de ne pas être capable de vivre une vie normale. Lorsque mon mari et moi sommes tombés sous le charme de ce pays pendant nos vacances, nous avons décidé de faire une demande de visa.” Elle pensait que ce changement d’air lui donnerait un peu de répit. Mais suite à un examen de routine, Sophie Decotter reçoit un appel d’urgence pour se rendre à l’hôpital. Une biopsie confirme une insuffisance rénale. Voilà dix ans qu’elle vit avec uniquement 10% de ses reins. Six mois de chimiothérapie n’ont malheureusement pas pu tout résoudre.
Malgré ce coup dur, le couple Decotter trouve le courage d’entreprendre d’autres projets et s’installe à Perth, où le nouveau spécialiste aborde les risques de cancer. Sophie n’y prête pas tout de suite attention car elle doit se remettre du décès de son père. Quelques mois plus tard, le résultat d’un examen gynécologique relève des anomalies. Nouvelle biopsie pour apprendre qu’il s’agit d’un cancer du col de l’utérus. Direction le bloc opératoire pour subir une hystérectomie, un acte chirurgical qui consiste à enlever l’utérus. “Jusque-là, j’avais pu tenir, mais j’étais arrivée à un point où je me sentais vraiment mal. Au fond de moi, je voulais tout abandonner, j’en avais vraiment marre. Une fois de plus, j’ai eu de la chance. On a réussi à enlever tout le cancer et je n’avais même pas besoin de chimio.” Mais d’autres effets secondaires font leur apparition : forte tension, cholestérol et goutte.

Manger sainement.
Une phrase viendra finalement l’encourager à se remettre en course. “What about your nutrition Sophie ? C’était juste un truc que m’a demandé une amie et, aussitôt, j’ai eu un déclic. Je pensais que pendant toutes ces années, surtout en pratiquant autant de sports, j’étais en bonne santé et que j’avais pris soin de moi. Mais en vérité, je ne savais pas ce que voulait dire manger sainement.” L’ancienne championne décide de s’instruire. Elle participe à des séminaires organisés par des naturopathes, des health coaches, des holistic counsellors, fait des recherches sur internet et dans des livres. “Je me disais que je n’avais rien à perdre. Cette amie m’a appris à ouvrir les yeux sur ce qu’est vraiment la nourriture, la wholefood nutrition. Ce n’est pas un régime. Cela consiste simplement à consommer beaucoup de légumes, de fruits et de viandes qui n’ont pas été modifiés.”
Sophie Decotter reprend de la vitesse dans sa course face au lupus. Au bout de huit mois à revoir sa façon de se nourrir, elle note des progrès. “Je sentais que j’avais plus d’énergie. Au point de vouloir reprendre la gym alors que j’avais arrêté de faire du sport depuis plus de vingt ans. Ça a été de mieux en mieux.” Les examens de routine ne font que confirmer que cette nouvelle démarche donne de meilleurs résultats. En 2014, sa bone density était très basse; en 2016, elle affiche un normal range. De trente comprimés, elle n’en prend dorénavant que cinq. Sa peau a changé et ses cheveux ne se cassent plus. Son taux d’inflammation est aussi revenu à la normale.

Mentalité de battante.
Le lupus est incurable, mais la maladie peut ne pas être active. L’ex-sprinteuse nous apprend qu’elle est en rémission depuis trois ans. “Je suis à nouveau avec cette mentalité de battante, comme quand j’étais athlète. C’était toujours là en moi, mais quelque peu effacé. La donne a changé. Cette course, je la fais avec plus de détermination pour moi et pour ma fille, Zara, âgée de 4 ans. Je veux lui apprendre à manger correctement et à faire la différence entre la vraie nourriture et ce qui ne l’est pas.”
C’est précisément ce retour en piste qui a encouragé Sophie Decotter à faire cette vidéo sur Facebook. Depuis, elle partage d’autres conseils sur sa page. “D’où je sors, et où j’en suis n’a pas été facile. C’est ce qui m’a motivée à partager mon histoire. Ce n’est pas un miracle. Je suis toujours malade mais j’ai repris les commandes. Ma vie a changé pour toujours.”
À ceux atteints de lupus mais aussi d’autres maladies auto-immunes, elle conseille “de ne pas baisser les bras. Je ne peux pas promettre les mêmes résultats que moi, mais je peux leur dire qu’il est possible d’avoir un changement.” Sophie Decotter a fait ce choix car “there is always a way of feeling better”. Pour elle, cela a été une nouvelle pratique de nutrition. “N’allez pas croire que je ne mange que du chouchou bouilli tous les jours. Ce n’est pas un régime. Je suis simplement plus vigilante.”
Heureuse d’avoir retrouvé une vie normale, surtout de femme et de maman, Sophie Decotter est à 200% dans cette nouvelle étape. Ses jambes ont retrouvé la puissance nécessaire pour qu’elle puisse franchir l’arrivée en vainqueur. “Si d’autres peuvent se joindre à moi et s’en inspirer, je serai super heureuse.”
D’ici l’année prochaine, Sophie Decotter reprendra le chemin de l’école pour entamer des cours de health coach, dans le but “d’aider les gens en Australie et aussi à Maurice”.