Il y a eu, depuis l’accession de Maurice à l’indépendance, plusieurs affaires qui ont défrayé la chronique et rapidement quitté le domaine du fait divers pour entrer dans celui de l’histoire. Nous avons évoqué, il y a trois semaines, l’affaire Macarena, survenue il y a quinze ans dans un campement d’Albion. En attendant d’autres évocations, voici celle qui occupa la une de l’actualité pendant de longs mois, il y a eu vingt ans, le mois dernier : l’affaire du billet de Rs 20.
Pour bien comprendre les remous passionnés suscités par l’émission du billet de Rs 20 en 1992, il faut replacer cette affaire dans son contexte politique. La cassure de l’alliance MMM/PSM en 1983 marqua la séparation politique de Paul Berenger et d’Anerood Jugnauth et vit la formation du MSM. Ce nouveau parti politique, principalement constitué de dissidents du MMM, s’était allié avec le PTr et le PMSD pour affronter le MMM, devenu l’ennemi commun, aux élections législatives de 1983, puis celles 1985 et de 1987. Trois élections perdues par le MMM. En 1990, pour empêcher une alliance PTr/MMM en train de se négocier, SAJ propose la grande réconciliation de la famille des militants dans le cadre d’une alliance MSM/MMM. Une alliance soutenue massivement par la direction du MMM mais dont Paul Bérenger dira subséquemment que « ce n’était pas my doing ». Cette alliance remporte, avec le MTD et l’OF, les élections législatives du 15 septembre 1991 par 57 sièges contre 3 et installe un climat tendu entre la nouvelle alliance et le PTr, le PMSD et quelques anciens MSM comme Vishnu Lutchmeenaraidoo, des anciens partenaires du MSM devenus ses farouches adversaires. Laminée par la défaite, l’opposition est à l’affût de la moindre occasion pour attaquer le nouveau gouvernement et essayer de le fragiliser en attendant de pouvoir un jour provoquer sa chute. L’affaire du billet de Rs 20 va lui offrir une occasion en or — ou en argent pour mieux dire.