INCENDIE À SHOPRITE : Nous espérons circonscrire le sinistre cet après-midi, selon le comité de crise

Les tests de la qualité de l'air effectués dans des zones d'habitation sont négatifs
  • La température dans l'entrepôt: entre 1800 et 2000° Celsius

Un comité de crise a été institué sous la présidence du ministre des Collectivités locales Mahen Jhugroo pour passer en revue la situation au Trianon Shopping Park; l'incendie qui a éclaté dans l'entrepôt de l'hypermarché Shoprite depuis 18 heures dimanche n'est toujours pas maîtrisé à ce mardi matin. « Il reste environ une surface de 100 m2 à couvrir et nous espérons que d'ici cet après-midi, nous allons circonscrire le feu », a déclaré l'Acting Chief Fire Officer, Asok Kumar Kehlary. À un point de presse du comité ce matin, ce dernier est revenu sur les « conditions difficiles » dans lesquelles travaillent ses hommes depuis dimanche. « Le site de Shoprite est immense vu que c'est un centre commercial. L'entrepôt de stockage fait 500 m2. Il y a des tonnes de produits, destinés à la période de fin d'année, stockées à l'intérieur; principalement des boissons, de l'huile, du riz, du chocolat, des boissons alcoolisées et des déodorants. Ces produits sont rangés sur des étagères de sept mètres de haut, avec des espaces étroits pour circuler. Au vu de l'incendie, tous ces produits sont tombés et beaucoup sont inflammables. Les pompiers doivent donc s'y frayer un chemin, mètre par mètre, en vue d'éteindre l'incendie dans le bâtiment. Ce qui fait que nous prenons tout ce temps ».
L'Acting Chief Fire Officer Asok Kumar Kehlary souligne que comme les produits stockés dégagent de la fumée toxique, les pompiers ne peuvent rester que quelques minutes à l'intérieur, même muni des bouteilles de gaz. « Les allées sont bloquées par les marchandises, alors qu'il fait entre 1200° et 2000° C à l'intérieur du bâtiment. Sans compter que la visibilité est quasi-nulle. A sak foi nou bann zom fer 3 met, zot bizin retreat. Depi yer, nounn resi fer enn avanse 40 met », explique-t-il.  Ce dernier ajoute que les 80 soldats du feu sont répartis en trois équipes: l'une pour combattre l'incendie par la porte, l'autre par le toit, et la troisième effectuant des recherches pour retrouver Sandesh Domah (24 ans), porté disparu depuis dimanche.        
Par ailleurs, la Permanent Secretary du ministère de l'Environnement, S. Soobron, a déclaré qu'une équipe du ministère a effectué des tests dans les zones d'habitation aux environs de l'hypermarché –  Sodnac, Trianon,  Jumbo Phoenix – pour analyser la qualité de l'air, surtout avec les fumées de l'incendie, avec des appareils connus comme le Portable Gas Analyzer. « Nous avons transmis les échantillons pour analyse dans des laboratoires et les résultats démontrent que l'air ne contient pas d'éléments dangereux comme du nitrogène dioxyde ou du benzène », indique-t-elle. Cette équipe procédera à une nouvelle analyse de la qualité de l'air cet après-midi.
"Fire inspection"
Pour sa part, le ministre Mahen Jhugroo a annoncé que les proches de Sandesh Domah bénéficient d'un soutien psychologique depuis lundi. De plus, il a déclaré que les autorités compétentes ont effectué une « fire inspection » en décembre 2016, la prochaine étant prévue le mois prochain. Plus de 24 heures après l'éclatement de l'incendie dans l'entrepôt de Shoprite à Trianon, les pompiers et la police n'ont toujours pas localisé Sandesh Domah, l'employé de l'hypermarché. En visionnant les caméras de surveillance du bâtiment, les hommes de l'ACP Anil Kumar Dip ont appris que le jeune homme est sorti sur le parking au début de l'incendie vers 18 heures dimanche. Mais, pour des raisons qui restent à être déterminées, il est retourné à l'intérieur du bâtiment. Ses collègues n'écartent pas la possibilité qu'il ait tenté d'éteindre le feu avec des moyens dérisoires. D'ailleurs, il avait reçu une formation pour combattre des incendies mineurs.  
Par ailleurs, les pompiers rencontrent encore de grosses difficultés pour circonscrire le dernier foyer, alimenté par des produits plastiques et du polystyrène. Avec l'arrivée des éléments du Groupement d'Intervention de la Police Mauricienne (GIPM) lundi, les soldats du feu ont pu établir un plan de travail pour tenter de venir à bout du sinistre. Plusieurs équipes de pompiers se relaient pour arroser l'entrée du bâtiment mais elles se sont heurtées à deux obstacles majeurs. « En éteignant le feu, les flammes n'arrivaient pas à se dégager étant donné que le bâtiment est très compact. Ce qui assombrit l'intérieur de l'entrepôt et rend la visibilité de nos hommes quasi-nulle. Qui plus est, la chaleur est intense », explique l'Assistant Chief Fire Officer Dorsamy Ayacouty.
C'est alors que la Special Mobile Force (SMF) a opéré trois brèches sur le toit du bâtiment pour que se dégagent les flammes. Comme la toiture est déjà précaire et risque d'effondrer, la police n'a voulu prendre aucun risque de démolir une plus grande circonférence. Les pompiers ont arrosé le bâtiment durant toute la nuit. À ce matin, il restait 20% de la surface de l'entrepôt à éteindre.


SANDESH DOMAH : L'interminable attente !
L’on est toujours sans nouvelles de Dinesh Domah, plus connu sous le nom de Sandesh, 24 ans, employé de l’hypermarché Shoprite. Il s’est retrouvé coincé à l’intérieur de l’entrepôt quand un incendie s’est déclaré dans le bâtiment de 500 mètres carrés, dimanche en début de soirée. Depuis, les sapeurs-pompiers tentent tant bien que mal d’éteindre les intenses flammes. Hier après-midi, les collègues du jeune homme gardaient toujours l’espoir de le retrouver sain et sauf. Ses proches, eux, se préparent au pire. Retour sur une attente interminable.
Qu’est-il arrivé à Sandesh Domah ? Comment a-t-il été pris au piège par les flammes ? Pourquoi n’était-il pas avec ses collègues quand tous ont été sommés d’évacuer les lieux en urgence ? Tant de questions qui assaillent sans relâche les proches, amis et collègues de ce jeune homme de 24 ans. Ceux travaillant dans l’entrepôt avec lui relatent l’avoir vu pour la dernière fois au moment de l’évacuation, dimanche en début de soirée.
« Quand on nous a demandé d’évacuer les lieux, Sandesh était avec nous. Nous pensions qu’il était sorti de l’entrepôt. Mais un peu plus tard, nous avons réalisé que Sandesh n’était pas parmi nous. Quelques collègues sont allés jusqu’à l’entrée et l’ont appelé, mais il ne répondait pas. Entre-temps, l’incendie est devenu plus violent et les collègues ne pouvaient aller plus loin », relate un des collègues de Sandesh.
Sur place règne un silence lourd et pesant. Les parents et proches de Sandesh ont passé la nuit de dimanche à lundi devant l’entrepôt de Shoprite, à attendre, à espérer. « Nous ne dormons pas depuis dimanche. Nous ne pouvions pas rester chez nous alors que notre enfant est dans ce bâtiment rasé par les flammes », déclare un proche. Impuissants, ils ne peuvent qu’attendre une bonne ou une mauvaise nouvelle.
Les proches du jeune homme sont assis dans un coin. Son père, Parmesur, relate qu’il a reçu un appel dimanche l’informant de l’incendie, et qu’on n’arrivait pas à retrouver son fils. Avec d’autres proches, il est arrivé sur les lieux dans la soirée même, et patiente depuis. La petite sœur de Sandesh, elle, a les yeux fixés sur l’entrepôt. Elle semble garder l’espoir de retrouver son frère sain et sauf. Cependant, d’autres proches disent s’attendre au pire. Ils ne cachent pas leur colère face aux sapeurs-pompiers.
Visages crispés, visiblement fatigués, les proches ne cessent de répéter, « si seulement les pompiers étaient arrivés à temps ». Selon eux, les sapeurs-pompiers ont mis trop de temps à intervenir après que le feu s’est déclaré. « Les pompiers sont soi-disant très bien équipés. Mais à quoi servent tous ces équipements ? S’ils avaient emmené des extracteurs, l’incendie aurait pu être éteint depuis longtemps et la fumée évacuée. On aurait pu retrouver notre enfant depuis dimanche », martèle Bindu, la tante de Sandesh.
Son neveu, nous confie-t-elle, est un jeune homme rempli de vie. « C’est un garçon très apprécié. Nous n’avons jamais eu de reproches en ce qui concerne Sandesh. Il travaille pour le compte de Shoprite depuis sept ans et il est affecté dans l’entrepôt. Pour lui, c’était un plaisir de venir travailler tous les matins », relate la tante.
Cadet de la famille, Sandesh a deux sœurs. Bindu raconte que le jeune homme travaillait depuis son jeune âge pour apporter un soutien financier à son père. « Sa mère est décédée et depuis Sandesh s’occupait bien de sa famille, en particulier sa petite sœur », soutient-elle.
Quant aux collègues du jeune homme, ils gardent toujours l’espoir de le retrouver en vie. « C’est un employé exemplaire. Il travaille chez nous depuis sept ans. Nous n’avons jamais eu de reproches à lui faire. Il est honnête et travaille très dur », nous confient-ils, en attendant que les pompiers leur donnent des nouvelles de Sandesh.
« Comme à l’accoutumée, nous sommes venus travailler aujourd’hui, mais vu l’envergure de cet incendie et les difficultés que les sapeurs-pompiers encourent pour l’éteindre, on nous a demandé de rentrer chez nous. Mais, nous n’y arrivons pas. Notre collègue est peut-être toujours dans cet entrepôt. Nous voulons rester sur place pour avoir de ses nouvelles », affirme un des employés de Shoprite.