L’autre en nous 

Il était une fille, en talons aiguilles. Qui s’est autorisée à penser des choses et à les écrire un 1er août 2007. Voilà qui ne nous rajeunit pas, depuis ma première chronique du temps qui passe.  Émotions sur papier blanc. Confidences couchées entre quatre lignes. Je titrais jadis “À la recherche du beau sujet”. Dix ans après, je titrerai volontiers : “À la recherche du beau patronyme”. Comment fait-il bon s’appeler en 2017 dans la République de Maurice ?

Aussi n’ai-je pas indiqué mon patronyme à dessein. Est-ce pour ne point se faire cataloguer ? Être rangée dans une cagette communale. Pour ceux qui ont la chance de ne pas me connaître, je ne suis qu’une petite chroniqueuse. Celle qui cherche à comprendre ce monde immonde de beauté et d’inepties. La mascarade démocratique en est une, je crois. Disons-le haut et fort.

Ces honorables dépités auront-ils le cran d’une réforme pour une politique moins inique. Un truc où les élus ne représenteraient pas leurs mandants selon le profil ethno-castéiste… Cessons de nous voiler la face. Ça rassure le Mauricien lambda, quelque part, d’apposer sa croix sous la bannière d’un gars qui prétend mieux entendre ses récriminations sociales et culturelles.

Et si au fond de notre âme, nous étions habités par le démon de la division ? Que celui ou celle qui n’a jamais pensé ou proféré des propos sectaires me lance la première pierre ! Ce mépris de l’autre en raison de ses nuances, à des degrés divers et selon son ouverture d’esprit. Ne serait-il pas plus honnête et équitable que chaque bann soit représenté à force égale à l’auguste assemblée ? Question d’équilibre. Reconnaissez votre communalisme, honorables messieurs et dames. Et si c’était ça, la réforme politique qui nous délivrera du mal ? Ce poison qui nous ronge depuis bien plus d’un demi-siècle de cohabitation.

D’autres que moi préconisent une représentation communale (qui s’assume sans faux-semblant) mais qui est égalitaire en nombre au Parlement ! Histoire de donner une voix forte à chacune des composantes de notre nation inachevée. Faudrait qu’une tête pensante se penche sur cette probabilité. Je suppute que le Mauricien évolue dans un climat social teinté de haine et de frustration, ethnocentré et en toute méconnaissance de l’autre et de soi. Et si pour faire avancer le schmilblick, nous le reconnaissions face à notre miroir ? Ce serait un petit pas pour le citoyen, mais un pas de géant pour la République. Cessons de nous voiler la face.

Ce jeu de dupes n’a que trop duré. Nous nous sommes assez laissés entuber par les politiciens. Inn ler pou ouver lizie tang.

L’autre est en nous; nous sommes en l’autre. Pourquoi avoir caché l’existence de ces unions ? Ces non-dits que nous avons en commun ? Nous ne sommes pas seulement ce que la société veut que nous soyons. Accepter l’autre en nous, c’est considérer une partie occultée de soi. Le communalisme nous a appris à mépriser l’autre en nous. En somme, à mépriser une partie de ce que nous sommes. Nou kiltir melanze. Nou disan anmele. Ki to group twa ? To mem premie pou dir : kan dimounn fer aksidan ek bizin disan, pa pou gete si disan malbar, madras, laskar, ti-kreol, gran kreol, milat, sinwa ou blan ki pe sap to lavi. Selma to bliye bien vit seki to dir…

Ce n’est pas qu’une affaire de sang. Passons outre les stéréotypes culinaires éculés, utilisés pour nous peindre une caricature de nation. Je prétends que le pays sera une nation le jour où l’on comprendra que nous ne serions pas ce que nous sommes sans le frottement intime de nos aïeux avec l’autre. Nous sommes issus des coucheries “outre-barrage” du passé. Du présent. Et nous sommes acteurs du brassage futur.

Il importe de ne pas catégoriquement nier. Sinon, le mépris, la haine et la peur subsisteront en nous. Et cela, les dieux des estrades en jouent. Comme des garnements jouent avec le feu. Pourquoi nous avoir caché qui nous sommes ? Nous ignorons notre propre histoire. Ne nous cachons plus de nous-même ! Soyons la nation que nous voulons être un jour. Aimons notre prochain comme nous nous aimons, nous. Aimons l’autre en nous… C’est semer pour demain.