Oui, ce titre peut paraître un peu exagéré, voire provocateur, mais il est un temps dans la vie d’un pays où c’est presqu’une obligation d’hygiène mentale, un devoir de patriote, que d’appeler les choses par leurs noms. Parce que nous glissons irrémédiablement vers une souveraineté bradée, une perte d’autonomie et d’indépendance au nom de quelques milliards obtenus.

Alors qu’un peu de discipline intérieure et une meilleure hiérarchisation de nos projets publics et sociaux et moins d’extravagance auraient pu nous permettre de faire l’économie d’une situation qui n’est ni plus ni moins que celle du mendiant qui, contre quelques prébendes, se croit obligé de satisfaire les caprices les plus délirants des princes qui nous visitent.

Il y a un mot pour décrire une situation où l’on est prêt à toutes les concessions, à toutes les soumissions, dès lors qu’il s’agit d’obtenir un avantage en espèces: prostitution. Et c’est exactement la voie dans laquelle le gouvernement s’est engagé. Celle de la péripatéticienne.

Des ministres saoudiens sont en visite chez nous. Ils viennent avec leurs cadeaux et leurs prêts à taux concessionnaire. C’est tant mieux, le pays tout entier en profitera. Mais fallait-il que cette visite se solde par un reniement honteux des principes républicains de l’île Maurice et que les femmes et mêmes les ministres soient exclus d’un dîner? Pourquoi tant de servilité? Quid de l’article 3 de la Constitution de la République qui stipule qu’il ne saurait être question de discrimination basée sur le sexe? On piétinerait impunément un droit acquis de haute lutte et sur plusieurs générations.

Autant que l’on sache, lors de sa dernière tournée diplomatique en mars-avril dernier, le prince Mohamed Ben Salman, l’homme fort de l’Arabie Saoudite, n’a pas évité la Grande Bretagne sous prétexte que c’est une femme qui est Premier ministre de ce pays. Teresa May est chef d’un pays au même titre que l’ont été et que le sont Benazir Bhutto, Indira Gandhi, Michelle Bachelet, Angela Merkel, Tansu Ciller, Helen Johnson-Sirleaf ou Sheik Hasina. Pourquoi serions-nous ici plus royalistes que le roi? Plus princier que le prince lui-même?

Que pense la Speaker, Maya Hanoomanjee, elle qui était assise juste à côté du très respecté Moussa Taujoo, l’ancien directeur de l’Audit et membre de l’ICAC, à un dîner organisé, cette semaine même, dans le cadre des célébrations marquant l’Ed-Ul-Fitr? Que fera son gender caucus après cette discrimination faite à des élues de la République, après cet exercice de order out orchestré par Shawkatally Soodhun et sa clique? Émettra-t-elle un communiqué pour dénoncer l’imposition sur notre territoire des us et coutumes qui ne sont pas les nôtres?

Qu’en pense le Président de la République, celui à qui est conféré l’énorme responsabilité d’être le garant de la Constitution et de veiller à ce qu’elle soit, en tout temps, respectée? Il vaut mieux ne pas chercher à connaître la position du Premier ministre. Compte tenu des réponses des plus ridicules qu’il a balancées alors qu’il était interrogé sur l’incident de Balaclava. “Heureusement que moi, j’ai été invité!”, a-t-il répondu en croyant faire de l’esprit. Franchement.

Et il se trouve parmi les agents fanatiques – dans tous les sens du terme – du MSM, comme celui qui semble être tout droit tombé de la “Providence” pour venir tout justifier, surtout l’injustifiable, sur les radios privées et qui a même été jusqu’à critiquer la tenue vestimentaire des journalistes femmes présentes lors de ce fameux dîner.

Et quoi encore? Faut-il porter un uniforme pour aller couvrir une activité publique à laquelle la presse est invitée? C’est dommage que ce porte-parole patenté du Sun Trust, un permanent des antennes, ne nous ait pas fait part de sa profonde réflexion sur les bisous baveux de Shawkatally Soodhun à un des hôtes saoudiens. Et qui a fait le tour de la toile et suscité des commentaires des plus sarcastiques.

Ceux qui justifient la ségrégation des sexes sont souvent les mêmes qui s’étonnent que leur progéniture qu’ils protègent maladivement du sexe opposé ait des amis sur Facebook et qu’elle s’engage, plus tôt que plus tard, dans des relations qui se terminent quelques fois en de terribles drames. L’hypocrisie a des limites. C’est un fait: depuis que le monde est monde, l’interdit conduit inéluctablement à la transgression. Alors, pourquoi l’exclusive, pourquoi le genre doit-il être confiné à l’entresol?

Procède du même esprit, qui a conduit au scandale du dîner de la ségrégation sexiste de Balaclava, cette arnaque qui consiste pour le gouvernement à utiliser des entreprises publiques, State Bank of Mauritius, Mauritius Telecom et autres,  pour s’embarquer à travers des special vehicles à coups de milliards dans des transactions opaques impliquant des deniers publics mais soustraits à toute vérification, même de par des élus du peuple.

Chaque semaine qui passe apporte son nouveau contrat public, mais scrupuleusement gardé hors de la vue de la population. Un jour c’est Agaléga, un autre c’est Poly Technologies. Comme si ceux qui ont obtenu un mandat de locataire à l’Hôtel du gouvernement s’étaient transformés en propriétaires à vie de nos vies, du pays et de tout le territoire.

Il est vrai que le culte du secret au nom de supposés arrangements avec d’autres pays n’est pas nouveau et que, dans le passé, les contrats controversés comme ceux de Jin Fei et de Mangalore avaient été jalousement gardés sous le sceau de la confidentialité, mais le gouvernement qui promettait une rupture avec de telles pratiques semble être allé encore plus loin dans la politique de dissimulation des engagements financiers pris au nom des Mauriciens… qui doivent, parfois, payer sur plusieurs générations sans savoir de quoi il en retourne exactement. Et c’est ça la démocratie et le modernisme dont se réclament ceux qui nous gouvernent?  Les mots n’ont vraiment plus de sens.