— Tu as entendu cette affaire-là, toi ?

— Mais oui, toi. Comme tout le monde. On ne parle que de ça partout. Même ma bonne était au courant.

— Comment elle a su, elle ?

 — Tu ne sais que son prétend gendre travaille dans le bureau ?

— Ah, bon. Le bureau où ils travaillent tous les deux : elle et lui ?

— Oui, toi. Pas besoin de te dire que sa future fiancée est au courant de tout ce qui se passe au bureau. Et la pièce raconte à sa mère qui me dit tout.

Qu’est-ce que tu penses de cette affaire la, toi ?

— Franchement te dire, je ne sais plus quoi penser, je te dis.

— Ah bon ? Toi qui as une opinion sur tout et sur rien, tu ne sais pas quoi penser !

— Ne causer n’importe, donc ! Cette affaire est telment compliquée.

— Ah, tu trouves ? Moi, d’après ce que j’ai com- pris, c’est clair comme de l’eau de roche.

— Qu’est-ce qui est clair comme de l’eau de roche ?

— Mais tout est dans l’affidavit, toi. Je connais un quelqu’un qui l’a lu et qui m’a dit ce qu’il y avait dedans. C’est terrible, je te dis.

— Tu es sûre de cette personne-là ? Elle n’a pas ajouté un bout par-ci un bout par-là comme on fait à Maurice quand on veut rendre une histoire
« juicy » ?

— Je ne crois pas. J’ai confiance en cette per- sonne.

— Qui c’est, hein ? Je la connais ?

— Euh elle m’a demandé de ne pas citer son nom. Parce qu’elle ne veut pas avoir de problème. Elle les connaît elle et lui. Tu sais comment les gens sont à Maurice : on va dire que c’est elle qui est en train de faner la rumeur. C’est pourquoi elle ne veut pas que son nom soit mentionné.

— Elle est ridicule : tout le monde est au courant de l’affidavit, toi. Il y a même une radio qui a donné un résumé de l’affaire.

— Les affaires de la Cour où un enfant est impli- qué, c’est pas supposé être confidentiel ?

— D’après la loi, oui, mais dans la pratique tu sais comme ça se passe à Maurice ! Si on peut savoir ce qui se passe au Conseil des ministres comment est-ce qu’on ne saurait pas ce qu’il y a dans un affi- davit. Surtout s’il y a un quelqu’un de connu qui est impliqué.

— C’est vrai ça. Tout le monde veille les affaires de tout le monde. Pourquoi tu disais que cette affaire était claire comme de l’eau de roche.

— Je te l’ai dit : tout est dans l’affidavit.

— On dirait que toi tu as fini de décider qui a tort, qui a raison dans cette affaire.

— Je te répète que tout est dans l’affidavit.

— Tu crois que tout ce qui est dedans est vrai, toi ? Qu’une affaire pareille peut avoir lieu ?

— Tu sais, les humains sont capables de faire n’importe quoi et son contraire.

— Tu veux dire que…

— Je ne sais pas, j’ai du mal à croire. Mais avec la vie d’aujourd’hui, tout est possible.

— Et si ce n’était qu’un règlement de comptes ?

— En utilisant un enfant …? Tu ferais ça, toi.

— Tout est toujours possible. La vengeance n’a parfois pas de limite , crois-moi.

— C’est vrai que dans les affaires de séparation, on peut devenir irrationnel. Tous les coups, même les plus bas, sont permis, surtout si on veut détruire l’autre.

— D’après toi, qu’est-ce qui va se passer mainte- nant ?

— Le cas est devant la Cour qui a demandé que la presse ne parle pas de cette affaire pour protéger les intérêts de l’enfant

— Mais il n’y a pas une ministre qui a fait une déclaration publique sur cette affaire ?

— Tu sais, à Maurice les ministres disent n’im- porte quoi, parlent quand ils ne devraient pas parler ou se taisent quand ils devraient faire des décla- rations. Personne ne les prend plus au sérieux. D’autant plus que la ministre a fait une déclaration pour dire qu’il faut protéger la confidentialité dans les affaires comme ça ! Elle demande à la presse de ne pas faire ce qu’elle fait !

— Mais qu’est-ce qui va se passer, selon toi ?

— Il faut laisser la justice faire son tra-
vail et, comme l’a demandé la Cour, arrêter de don- ner des informations sur cette affaire. Au fait, quelle heure il est là ?

— Pourquoi, tu as un rendez-vous ?

— Non, mais je ne veux pas rater les informations.

Peut-on être qu’on va avoir un développement majeur en direct !