De la manière dont les travaux pour la construction du métro sont effectués, on l’avait compris. Ce gigantesque chantier est loin, très loin, d’être un projet dont toutes les étapes de la réalisation ont été murement réfléchies. En effet, plus les chantiers avancent, plus on a le sentiment qu’ils sont improvisés, que chaque équipe travaille dans son coin, que celle qui installe les cloisons en tôle n’est pas au courant de ce que fait celle qui creuse les tranchées. C’est la même chose – pour ne pas dire le même chaos – quant à l’information sur le déroulement des travaux et les inconvénients qui vont en découler. Des routes ont été fermées, d’autres, réduites de moitié, et d’autres encore, transformées en sens unique – pour quelques heures – sans que le public n’en soit informé. Ces fermetures ont rendu encore plus compliquée la circulation dans les villes concernées où il y a des embouteillages presque permanents. Il faut aussi dire un mot sur les ouvriers, majoritairement des étrangers, qui travaillent jour et nuit et qui s’interpellent aussi à haute voix, couvrant parfois le bruit des machines 24 heures sur 24. Ajoutons un autre mot sur la poussière dégagée par les travaux et qui, poussés par les vents de l’hiver, ensevelissent tout sur leur passage, sans oublier les problèmes sanitaires qui vont avec.

Oui, Maurice a besoin d’un système de transport de masse pour régler son problème de circulation, mais il a aussi besoin que les travaux pour le construire suivent un plan avec des étapes au lieu d’être improvisés. C’est du moins le sentiment qu’on a, comme si les choses se faisaient au petit bonheur la chance.

Ce sentiment d’improvisation, ou de manque de préparation, a été confirmé cette semaine au Parlement par le ministre de l’Infrastructure publique, Nando Bodha. Au départ, le ministre a répondu aux questions du député Osman Mohamed en récitant un prospectus vantant les caractéristiques technologiques du système de transport de masse choisi, en soulignant qu’il était « eco friendly et energy efficient ». Mais, pressé par des questions précises et pertinentes du député, qui connaît son dossier, le ministre a été obligé d’admettre que, comme on le sent depuis le début des travaux, des solutions à certains gros problèmes n’ont pas encore été trouvées et le fait que le métro, dont les rames passeront toutes les sept minutes, causeront une situation chaotique sur les routes. C’est même, a dû admettre le ministre, « a big problem » qui n’a pas encore été résolu. De même, l’entrée du métro à Quatre-Bornes depuis Vacoas, qui est « a real challenge », n’a pas encore été déterminée avec exactitude. L’entrée devrait se situer à Hillcrest, mais a ajouté le ministre : « The Hillcrest project is being designed. » En attendant, le ministre compte « mettre sur pied un comité avec des représentants des forces vives pour mieux cerner l’équation ». Le projet de Hillcrest « is being designed » et des consultations avec les forces vives vont être organisées alors que les travaux ont déjà commencé !

En ce qui concerne les facilités de stationnement des voitures pour permettre à leurs propriétaires d’utiliser le métro afin de décongestionner les routes, il y a des problèmes aussi. Il n’existe aucun terrain disponible à Rose-Hill pour construire un parking, situation qui, admet le ministre « is very telling » en concédant que Quatre-Bornes pourrait également se trouver dans le même cas. Un autre problème se pose à Beau-Bassin, où le métro va traverser un rond-point sur lequel débouchent pas moins de huit routes et qui est inondé en temps de grosses pluies. « We are monitoring the situation », a déclaré le ministre.

Il est évident que le député Osman Mohamed doit avoir des tonnes de questions à poser sur le sujet. Il est moins évident, surtout après la séance parlementaire de mardi dernier, que le ministre Bodha ait autant de réponses précises à lui donner. Les quelques réponses parlementaires données par le ministre mardi dernier viennent confirmer le sentiment de manque de préparation qui entoure le projet Metro Express. Elles permettent de se demander comment un projet dont des étapes sont encore « a real challenge », « a big problem », « is very telling », ou sont encore au stade de « being designed », pourra être terminé dans les délais politiques impartis à la veille des prochaines élections générales.

Le projet devrait être la locomotive de la campagne du gouvernement pour ces élections. S’il n’est pas mieux géré qu’il ne l’est actuellement, il risque, au contraire, de peser lourd dans la prochaine campagne électorale.