Le jeune auteur sénégalais Mohammed Mbougar Sarr devait recevoir mardi dernier, à la mairie de Saint-Denis de La Réunion, le Grand prix du roman Métis 2015, qui lui a été décerné le 17 novembre. D’ores et déjà Prix Ahmadou Kourouma 2015, et finaliste du Prix des 5 continents, Terre ceinte est son premier roman. « C’est un récit de la résistance, de toutes les résistances. C’est le roman de la liberté et de la détermination à vivre contre toutes les formes d’intégrisme, contre toute forme de terreur. Puissance de la littérature, ce livre est servi par une très belle plume ». Mohamed Aïssaouï accueillait ce texte en ces termes le jour où le résultat des délibérations a été annoncé.
Ce prix qui rayonne au-delà des rives de La Réunion, dans tout le monde francophone, couronne aussi le travail de l’éditeur Présence Africaine qui fait régulièrement découvrir de grands auteurs du continent et de la diaspora. Terre ceinte évoque Kalep, la ville de Sumal qui est désormais contrôlée par le pouvoir brutal des islamistes. Deux jeunes gens y sont exécutés pour avoir entretenu une relation amoureuse. Des résistants tentent de s’opposer à ce nouvel ordre en publiant un journal clandestin, lançant ainsi un défi au chef de la police islamique. Un climat de tension insoutenable met en lumière des contradictions et brouille tous les repères sociaux. Mais la vie, à sa façon, reprend ses droits. Avec cette terre ceinte et ses personnages enfermés dans un climat de violence, l’écrivain interroge les notions de courage et de lâcheté, d’héroïsme et de peur, de responsabilité et de vérité. À travers les dialogues des personnages et les passages narratifs, s’élabore une réflexion contemporaine sur une situation de terreur tout à fait actuelle.
Lorsqu’il a présenté son livre à Dakar, l’auteur a notamment tenu ces propos, relevés par le journal Le Soleil : « Il ne faut pas opposer la violence à la violence. Il faut l’opposer à quelque chose d’élégant, de sobre, de structuré. J’ai choisi le titre « ceinte » et non « sainte » pour parler d’une terre qu’on a essayé d’enfermer au lieu d’ouvrir. Une terre enfermée dans une terreur où une milice est venue imposer à l’autre une manière de vivre. Une terre qui est devenue sale, souillée parce que, comme le dit un des personnages du livre, elle vomit le sang des innocents. » Ailleurs dans Le Monde Afrique, il dit aussi : « Il était important pour moi de mettre en scène toutes les formes de sentiments qu’on peut ressentir dans un univers assiégé, où règne la peur, décrire l’instinct de survie, de résistance, autant de sentiments qui se mêlent et dont mes personnages sont le reflet. »
Aîné d’une fratrie de sept garçons, Mohammed Mbougar Sarr est né à Dakar en 1990. Après Khâgne et Hypokhâgne, il poursuit actuellement ses études à l’École des hautes études en sciences sociales et prépare un doctorat sur la question du corps dans le génocide rwandais. La cale, une de ses nouvelles, a reçu le prix Stéphane Hessel 2014. Tout comme il est indispensable de voir Timbuktu d’Abderrahmane Cissako, ou de lire 2084 le roman de Boualem Sansal, Terre ceinte devrait s’imposer à tout lecteur comme un outil accessible de réflexion et de méditation, à bonne distance, sur cette question du terrorisme qui dévaste quotidiennement de nombreux pays et ôte la vie à plusieurs dizaines de milliers de personnes chaque mois. En recevant ce prix, Mohammed Mbougar Sarr fait suite à rien moins que Maryse Condé (lauréate 2010), Lyonel Trouillot (2011), Tierno Monénembo (2012), Léonora Miano (2013) et In Koli Jean Bofane (2014)…