D’une idée simple, soit « ti bon si ti gayn enn livrer pou livr nou enn mine », lancée un soir entre amis en 2013 chez Christophe Charles, un informaticien habitant Quatre-Bornes, a jailli un service de livraison, que ce soit à domicile ou au bureau. Le premier mois d’opération ne lui a rapporté que cinq livraisons mais aujourd’hui, cette petite entreprise en fait des centaines et travaille avec une trentaine de restaurants de Quatre-Bornes et d’Ébène. Dédiée à l’origine à la restauration, “Noulivreur” s’occupe aussi maintenant du courrier et envisage d’offrir, dans un proche avenir, ses services à Curepipe, Grand-Baie et dans tout le pays.
Christophe Charles avait toujours rêvé de lancer sa propre entreprise. Mais il lui manquait des idées. Jusqu’à ce que ses amis et lui la trouvent, alors qu’ils avaient faim lors d’une soirée tandis que personne ne voulait se déplacer pour chercher de quoi manger. « Nous nous sommes dit que cela aurait été bien si quelqu’un pouvait nous livrer notre commande, tout en nous disant qu’un tel service n’existait pas à Maurice », raconte-t-il. Et d’ajouter : « Pourquoi ne pas lancer un tel service ? » Sitôt dit, sitôt fait, et voilà Christophe Charles en train de monter son petit business à mi-temps, avec l’aide de quelques amis, qui lui ont enseigné les rouages de l’entrepreneuriat.
C’est ainsi qu’est née “Noulivreur”, Quatre-Bornes servant de base d’opération après que Christophe Charles se soit fait connaître auprès des restaurateurs de la ville pour leur proposer ses services. Ces derniers ont immédiatement joué le jeu, car un tel service leur est également profitable. L’un d’eux explique même que, depuis qu’il travaille avec “Noulivreur”, ses ventes ont augmenté de… 20%. Le principe est simple : « Le client qui veut par exemple manger un riz frit d’un restaurant particulier appelle l’établissement en question et passe sa commande tout en précisant qu’il veut se faire livrer. Le restaurant m’appelle alors et je mets un livreur à sa disposition. J’offre un service 24/7 de 9 à 21h grâce à mes quatre “riders”, qui assurent un service à l’heure convenue et dont les motos sont équipées d’une caisse en fibre. Dans chaque caisse, il y a deux sacs isothermes pour garder la nourriture au chaud », indique Christophe Charles.
Après Quatre-Bornes, “Noulivreur” s’est ensuite attaquée à Ébène, où travaillent entre 20 000 et 30 000 personnes et où l’entreprise obtient pas mal de commandes. Pour donner confiance, tant aux restaurants qu’aux clients, Christophe Charles paie lui-même la commande avant de prendre livraison et se fait rembourser avec les frais de la livraison, par la suite, par les clients. Si les trois-quarts de ses clients paient ces frais, une partie est prise en charge par les restaurants. De cette manière, ces derniers obtiennent plus de commandes. « J’ai un client qui commande régulièrement un sandwich à Rs 75 et qui n’hésite pas à payer les frais de livraison, à Rs 65. Il n’a qu’une demi-heure pour le déjeuner et n’a pas le temps de se rendre au restaurant ou dans un snack. S’il part le chercher en voiture, il dépensera plus de Rs 65 pour son sandwich, en plus du temps perdu. En outre, il n’a pas à faire la queue et n’a aucun souci de parking », déclare notre interlocuteur. Une de ses plus fidèles clientes est Ameenah Gurib-Fakim, qui faisait appel à ses services bien avant de devenir présidente de la République. « Elle est très aimable et très gentille. Et à chaque fois qu’elle nous passait une commande, nos “riders” se disputaient entre eux pour savoir à qui sera confié ce travail. Auparavant, elle commandait régulièrement, mais cela arrive peu souvent maintenant », confie-t-il.
Christophe Charles estime que son business s’est construit de bouche-à-oreille. Tant et si bien qu’une entreprise à Ébène lui a demandé de s’occuper de son service courrier sur Port-Louis une fois par semaine. « Je n’avais jamais pensé à offrir un tel service, mais j’ai accepté. C’était une ouverture pour nous et ça nous a amené d’autres clients de ce type. Elles sont cinq entreprises maintenant à qui nous offrons ce service, et celle qui a été la première à nous le demander a du courrier pour nous quotidiennement », dit-il. Le service « courrier » et la restauration marchent très bien désormais et “Noulivreur” part cette année à la conquête des supermarchés, à qui elle proposera bientôt un service de livraison à la clientèle. Sa plus grande satisfaction, « c’est quand les gens me disent : “Enn servis top to pe donn nou” ».