MANIFESTATION POPULAIRE : Opposition unie mais faible participation

Déception chez les jeunes

L’opposition a-t-elle réussi son pari à faire descendre les Mauriciens dans la rue ? À voir la participation de vendredi après-midi des quatre blocs politiques, elle n’a en quelque sorte mobilisé que les membres clés de certains partis pour sa manifestation pacifique du Champ de Mars jusqu’au jardin de la Compagnie pour dire non à la récente augmentation du prix de l’essence et du diesel. Leur souhait commun est les élections générales anticipées. Cette manifestation a également attiré les dirigeants de quelques associations.
Si à 14 h 30 le rendez-vous était fixé pour démarrer la marche, elle a vraiment commencé après trente minutes. La raison invoquée est le retard du véhicule qui transportait les équipements de sonorisation. De ce fait, le leader du MP, Alan Ganoo, initiateur de la manifestation, Arvin Boolell et Patrick Assirvaden, du Parti travailliste, Ajay Gunness et Vijay Makhan, du MMM, et Mahmad Kodabaccus, du PMSD, ont dû prendre leur mal en patience attendant l’arrivée du véhicule pour débuter la marche. Pancartes et banderoles en main, les politiciens ont marché à petits pas sous la supervision des policiers. Dans la rue, certaines personnes présentes parlaient d’une mobilisation non réussie car la masse attendue ne s’est pas pointée. « Ils auraient dû descendre dans la rue un samedi pour avoir plus de personnes », estime un curieux qui suivait le déroulement de la marche.
Les opposants scandaient « gouvernma nou pa le, zwiser nou pa le. Gouvernma dominer » tout au long de la marche. Les pancartes affichaient le prix de l’essence et du diesel inférieur à Rs 18 pour démontrer les taxes qui sont ajoutées sur le prix de ces produits pétroliers. « Tous les dirigeants des quatre partis politiques sont présents. Nous faisons le travail », dit Ajay Gunness, secrétaire général du MMM. « Nous nous associons pour dire au gouvernement de partir car son heure est comptée. La population paie pour ses gabegies », estime Patrick Assirvaden, président du PTr.
Tous les partis politiques présents ont également fait déplacer leurs fidèles pour demander les élections générales anticipées. « Nou bizin eleksyon zeneral », criaient-ils jusqu’à l’Assemblée nationale, où des barrières étaient installées pour que les manifestants n’aillent pas devant le Bureau du Premier ministre. Mais les manifestants n’ont pas hésité un moment pour déplacer ces barrières avec force pour s’asseoir devant le PMO. Arvin Boolell, Patrick Assirvaden, Kavi Ramano, Atma Bumma, Steve Obeegadoo et d’autres politiciens présents s’y sont assis quelques minutes pour réclamer le départ du Premier ministre, Pravind Jugnauth, avant de poursuivre leur marche.
Arrivés au Jardin de la Compagnie, les principaux dirigeants ont vivement critiqué les actions du gouvernement. Le nombre de personnes présent a grossi car certains curieux ont également suivi la manifestation. Pour Ajay Gunness, le gouvernement continue à faire augmenter les prix aux dépens de la population. « Il serait mieux pour le Premier ministre de quitter son poste pour le bien du pays », dit-il. Mahmad Khodabaccus a qualifié le gouvernement de « malédiction » pour le pays qu’il faut faire partir.
Absence de Ramgoolam, Bérenger et Duval
Répondant à une question sur l’absence du leader des rouges, Navin Ramgoolam, Arvin Boolell estime que le plus important est la présence de tous les partis politiques pour une cause commune. Selon lui, l’opposition doit démontrer sa solidarité sur des thèmes communs, et la mobilisation est un succès et renvoie le gouvernement à son engagement de faire baisser de Rs 10 chaque litre d’essence et de diesel, alors qu’en un an le prix de ces produits pétroliers a augmenté à deux reprises bien que le cours mondial démontre une baisse de prix continuelle. « Ce gouvernement a trahi la population », dit-il avant d’ajouter que la population ne mérite pas le fardeau que lui fait porter le gouvernement. Il regrette que l’investissement a chuté tout comme la croissance. Parlant de la drogue, il se demande qu’elle est la politique du gouvernement pour la réinsertion des drogués. « Il fait peur de vivre à Maurice. »
Le manque de jeunes participants à cette manifestation a été notable. « En tant que jeune, je me sens très concernée par ce qui se passe dans mon pays. Aujourd’hui, nous notons une augmentation de prix de tous les produits et l’emploi est rare », soutient une jeune de 21 ans qui est au chômage. Ajoutant à ses propos, un autre avance que l’espoir est moindre pour les jeunes Mauriciens qui préfèrent partir travailler à l’étranger. « Je demande aux jeunes de se mobiliser et de s’intéresser à ce qui se passe dans le pays. Il faut se sentir concerné car nous sommes l’avenir de ce pays », dit-il. Toutefois, il exprime sa déception de l’absence de jeunes à cette manifestation car, selon lui, le gouvernement ne fait rien pour les jeunes et ces derniers sont livrés à eux-mêmes.
Une autre, Aurélie, fraîchement diplômée mais au chômage, trouve très difficile de pouvoir trouver un emploi en ce moment. « Il est important d’être présent à cette marche car cela concerne tout le monde. Mais je suis très déçue par le manque d’intérêt des jeunes d’être présents car nous sommes l’avenir du pays. Nous voyons plutôt des personnes d’un certain âge », dit-elle. Ceux qui participaient à cette mobilisation étaient essentiellement âgés de plus de 30 ans.
L’initiative de cette marche revient au Mouvement Patriotique, qui l’avait annoncée samedi dernier lors de sa conférence de presse.