Mardi 12 septembre verra l’enclenchement du compte à rebours pour la livraison de la première étape du Metro Express avec les 19 trains CAF Urbos 100 d’Espagne circulant sur la ligne Rose-Hill/Port-Louis dans deux ans jour pour jour. Dans quatre ans, ce sera au tour des premiers passagers d’effectuer le trajet complet de 26 kilomètres avec les 19 stations entre Curepipe et Port-Louis. Ce mardi marquera la date de l’exécution du contrat de Rs 18,8 milliards signé entre Metro Express Limited au nom du gouvernement et la société de construction indienne Larsen & Toubro, même si dans les milieux autorisés l’on fait comprendre que les travaux ont déjà démarré sur des sites. Le mardi 12 septembre est un impératif. Comme déjà indiqué dans l’édition de Week-End du 27 août dernier, l’un des premiers sites restera le Depot and Maintenance Centre du Metro Express au coeur de Richelieu. Néanmoins, à l’Hôtel du gouvernement, l’on ne s’attendait nullement à ce grain de sable en marge du démarrage des travaux avec les procédures en Cour suprême pour des injonctions contre des Demolitoion Orders, notamment à Barkly et à La Butte. Techniquement, avant mardi prochain, les contracteurs de Larsen & Toubron devront pouvoir accéder librement à tous les sites sur le tracé. Toutefois, les données se présentent différemment avec le ruling de la juge Rita Teeluck toujours en délibéré en ce début de semaine. À cela est venu se greffer le poids moral du cardinal Maurice Piat, évêque de Port-Louis, qui, lors de son homélie à l’occasion du 153e anniversaire de la mort du Bienheureux Jacques Désiré Laval à Sainte-Croix, vendredi soir, est venu se ranger à côté de ceux qui sont affectés par le passage du Metro Express.
Les prochaines 48 heures s’annoncent quelque peu tendues. Dans le camp de ceux qui ont logé des demandes d’injonction, dont Azam Rujubali de La Butte, ou encore la famille Moorar de Résidences Barkly, l’attente est presque interminable. Ainsi, Azam Rujubali a attendu en Cour suprême, vendredi, jusqu’à l’heure de la fermeture des bureaux dans l’espoir de prendre connaissance des attendus de la décision de la juge. Mais ce fut en vain, car la rumeur à l’effet que la juge allait faire connaître sa décision à partir de 14h30 ne s’était pas matérialisée. Par contre, les Moorar, devront repasser demain après-midi.
À l’Hôtel du gouvernement, la veillée d’armes se déroule de manière plus subtile, mais l’on reste aux aguets quant à ce développement venant de la Cour suprême. Ce dossier avait été évoqué lors des délibérations du Conseil des ministres de vendredi. Le mot d’ordre demeure que le gouvernement ne fera rien tant que l’affaire restera sous le contrôle de la Cour suprême. « Nous allons attendre de prendre connaissance de la décision au sujet des injonctions et nous aviserons en temps et lieu quant à la marche à suivre », confient des sources bien placées au gouvernement, sans révéler la moindre indication des cartes qui seront abattues. Ces mêmes milieux n’hésitent pas de regretter la tournure des événements depuis le vendredi 1er septembre.
« C’est vraiment dommage avec ce qui se passe dans ces deux points spécifiques du tracé et pénalisant du même coup tout le projet. Nous ne cesserons de répéter qu’avec la mise en circulation du Metro Express, 200 000 passagers auront le choix entre le transport par autobus et le métro. Il y a encore ceux qui pourront être tentés d’abandonner leurs voitures pour ce mode de transport en commun moderne. Dans la conjoncture, personne ne peut plaider l’ignorance par rapport aux procédures. Ceux concernés en ont été informés depuis 2013 et il y a eu une accélération depuis ces trois derniers mois », poursuivent ces mêmes sources.
Dommages de Rs 12M par jour
Avec l’échéance du mardi 12 septembre, Larsen, & Toubro et ses représentants à Maurice avec le principal contracteur local déjà désigné devront avoir accès invariablement à tous les lopins de terrain réquisitionnés pour le projet. C’et une condition sine qua non. « À ce stade, nous ne savons pas quand tombera la décision da la Cour suprême. Nous n’avons aucun contrôle sur le timing et la tournure de cette décision. Tout ce que nous pouvons espérer, c’est que demain, on pourrait voir plus clair », devait-on s’appesantir au gouvernement. L’une des alternatives qui pourraient être envisagées en cas de statu quo est d’ouvrir des pourparlers avec Larson & Toubro sur cette question. D’autres sources avancent que la liquidated damages clause dans le contrat prévoit des dommages de l’ordre de Rs 12 millions pour chaque jour de retard dans la livraison du site.
Par contre, avec l’encadrement technique de Larsen & Toubro, dont plus d’une dizaine d’ingénieurs détenant les permis officiels déjà sur place, les travaux préliminaires sur d’autres sites, notamment à Richelieu où seront installés le metro depot et le centre nerveux des opérations, ont déjà été entamés. De manière formelle et symbolique, le premier coup de pioche du vaste chantier sera donné à Richelieu cette semaine. Des consultations ont déjà été initiées avec une série de sous-contracteurs mauriciens qui pourraient être engagés sur différents aspects des travaux.
Outre cette question d’accès au tracé, un autre problème se profile à l’horizon, notamment les procédures pour l’obtention d’une Environmental Impact Assessment Licence par Metro Express Limited. Cette éventualité a surgi formellement lors des échanges devant la juge Teeluck. Même s’il y a un engagement à l’Assemblée nationale à l’effet que les consultants de Singapore Cooperation Enterprise s’occuperont des procédures, le ministère des Infrastructures publiques soutient en cour que « metro express project is specifically exempted from the requirements of obtaining an EIA » en s’appesantissant sur le fait que « the present application is an attempt to frustrate a major government project for improving and modernising the transport system in Mauritius in public interest. »
Last but not least, Roshi Bhadain, qui a soumis sa démission de l’Assemblée nationale pour protester contre le projet, revient à la charge avec une pétition des habitants de Belle-Rosde/Quatre-Bornes contre les répercussions du passage du Metro Express dans cette région. Il compte porter la contestation sur le plan diplomatique en sollicitant une intervention de New Delhi, le principal bailleur de fonds du projet.