Pourquoi nous exposons-nous à des dangers souvent violents – physiques comme verbaux – de ce petit monde qui s’oppose aux mêmes droits humains pour tous ? Pourquoi, par les temps qui changent, qui évoluent, les idées sur la famille restent-elles figées ? Pourquoi brandir l’ « intérêt supérieur de l’enfant », sans pour autant vraiment en comprendre la notion ; est-ce pour satisfaire son propre agenda conservateur ? Autant de questions légitimes auxquelles je souhaite répondre.
Une marche, à visage découvert (ou pas ?) ; réclamer nos droits ; faire face à des menaces, agressions, jurons (souvent ?) de par notre identité – celle d’appartenir à la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres). Cela peut même résulter en une exclusion par des membres de la famille, des collègues et des connaissances… Autant de risques ; pourquoi ? Pour pouvoir signer un bout de papier, unissant deux êtres chers qui s’aiment et après, tout faire partir en fumée ? Est-ce cela que Mme. Dinan a avancé hier dans un article dans “Week-End” intitulé “Où va la famille ?” ? Je cite : « Les mariages entre couples du même sexe sont souvent de courte durée et ont des taux plus élevés de rupture que des mariages hétérosexuels »…
La famille, c’est avant tout l’union civile ; le mariage (peut-être ?), des personnes libres, qui veulent vivre ensemble – ce support qu’on peut avoir jusqu’à son dernier souffle. C’est le droit de pouvoir épauler la personne chère sur un lit d’hôpital, de faire en sorte qu’elle bénéficie du soutien financier/institutionnel par le biais d’une contribution économique, intellectuelle et sociale à une société d’hétérosexuels et de homo (bi) sexuels/transgenres. C’est aussi, enfin, assurer à l’être cher le droit officiel d’accomplir les rites funéraires du conjoint entre autres.
Mais vous évoquez, Mme. Dinan, ces quelques milliers de manifestants en France qui s’opposent à la loi Taubira – le mariage pour tous ? Pourquoi alors ne pas avoir parlé des larmes, de la sueur et du sang versés des décennies durant par des millions de personnes en vue d’obtenir ces mêmes droits civiques ? La famille homosexuelle, selon vous, serait un risque pour la société et pour l’enfant. Macionis (2007) avance que les parents homosexuels remettent en question nombre des idées traditionnelles mais soutiennent les valeurs familiales tout comme les couples hétérosexuels. Aujourd’hui, avec le nombre grandissant de divorces par jour à Maurice, la désintégration (l’évolution ?) de l’institution primaire de la société – la famille -, nous prônons les mêmes droits du mariage pour tous ; la reconstitution de cette cellule. Voyez-vous notre engagement sincère, sain et juste pour la famille ? Premièrement le mariage, ensuite les enfants.
Il faut également tenir compte de l’évolution des types de familles à Maurice : les familles étendues à l’époque des immigrants/coolies (manque de ressources et traditions), pour ensuite faire place (grandement) à des familles nucléaires (boom économique); nous avançons désormais vers des familles monoparentales (une société des droits et libertés ainsi que l’émancipation de la Femme) et prochainement des familles homosexuelles. Ainsi, les différentes évolutions des structures familiales ne peuvent être perçues comme étant des « destructions » de la famille, mais comme l’évolution de la cellule primaire de la société pour répondre aux enjeux en constante mutation.
Haralambos et Holborn (2004) citant Stacey (1996), nous apprennent que pour l’enfant (adopté ou procréé) des couples homosexuels, il n’y a quasiment aucune différence dans les développements psychologiques comme sociaux comparé à des familles hétérosexuelles ; à l’exception de subtiles différences selon lesquelles les parents homosexuels sont plus nourriciers et tolérants. D’où leurs enfants plus empathiques et moins agressifs. L’ « intérêt supérieur de l’enfant » est aussi important dans des familles hétérosexuelles qu’homosexuelles.
Je respecte le point de vue de Mme. Dinan sans nécessairement le partager. Je saisis sa prise de position sur la question. Peut-être que la faute revient aux activistes des droits humains, quelque fois absents des fronts concernant les LGBT. La protection contre des violences et harcèlements, la reconnaissance de notre identité, le mariage (déjà acquis ?.. à rechercher) et autres, viendront, lentement mais sûrement !