NEGATIVE INCOME TAX — IMPLÉMENTATION ANTICIPÉE : Des syndicalistes accueillent la mesure mais se posent des questions

Narendranath Gopee (FCSOU) : « Est-ce un bribe électoral ? »
  • Reeaz Chuttoo (CTSP) : « Une mesure symbolique, mais qui donnera une certaine directive quant à un salaire minimum »

Alors que l’implémentation de la Negative Income Tax avait été annoncée pour janvier 2018, le gouvernement a anticipé la mesure budgétaire en l’annonçant cette fois pour le mois prochain. Dans les milieux des syndicalistes, une telle décision n’est pas sans susciter des interrogations. « Est-ce un bribe électoral  ? », se demande Narendranath Gopee, président de la FCSOU. Pour sa part, Reeaz Chuttoo, porte-parole de la CTSP, estime que « c’est un élément symbolique qui devrait être une mesure temporaire, car, sinon, ce serait cautionner le fait que les patrons continuent à payer les employés moins de Rs 10 000 ». N’empêche, dit-il, « cela donnera une certaine directive quant à un salaire minimum »

Elles sont environ 150 000 personnes travaillant à plein-temps et touchant un revenu mensuel de Rs 10 000, qui auront droit à ce subside du gouvernement, allant jusqu’à Rs 1 000 par mois. Ce qui devrait coûter à l’État Rs 1,3 milliard par an. Pour Narendranath Gopee, « quand le gouvernement avait annoncé cette mesure budgétaire, il avait d’abord étudié sa situation financière pour dire qu’elle sera applicable l’an prochain ». À présent, constate-t-il, le gouvernement l’a annoncée pour le mois prochain. « Est-ce que les caisses de l’État sont prêtes pour cela ? » se demande le président de la FCSOU.
Narendranath Gopee précise que pour la FCSOU, « on ne dit pas que c’est une mauvaise décision, mais de là à l’implémenter tout de suite, cela envoie un signal fort ». Il questionne dès lors : « Y a-t-il une instabilité ? Devrait-on considérer cela comme un bribe électoral ? » Tout en reconnaissant que c’est « une mesure positive pour les employés », la question demeure, selon le président de la FCSOU, pourquoi le gouvernement avait-il repoussé la mesure à l’an prochain « s’il avait constaté qu’il avait les fonds pour la mettre en œuvre dès le mois prochain ? » Cette démarche, insiste-t-il, « soulève des questions ».
Narendranath Gopee se souvient que quand le gouvernement avait annoncé la mesure pour janvier 2018, « je m’étais dit que cela allait coïncider avec le salaire minimum et qu’il ferait de sorte que le salaire minimum excède la Negative Income Tax pour que ce soit les employeurs qui payent l’augmentation, car la Negative Income Tax est un subside payé des caisses de l’État. On ne sait si le gouvernement a des raisons qu’il n’avance pas pour appliquer la mesure plus tôt », déclare-t-il.
De son côté, Reeaz Chuttoo est d’avis que cette mesure devrait être « temporaire », car autrement, « on cautionnerait les patrons pour qu’ils continuent à donner des salaires de moins de Rs 10 000 ». Selon lui, cette mesure rejoint toutefois une suggestion de la CTSP elle-même, quand elle recommandait que l’État subventionne le salaire minimum au cas où les patrons n’arriveraient pas à honorer ce droit des employés. En effet, selon le syndicaliste qui siège sur le National Wage Consultative Council, « déjà, il y a un grand groupe de textile qui a menacé de quitter le pays si on appliquait le salaire minimum ». Pour le syndicaliste, l’État mauricien « n’a pas le choix ». « Le gouvernement veut faire de Maurice un High Income Country, il n’est de fait plus possible que les gens touchent moins de Rs 10 000 ».
Selon Reeaz Chuttoo, dans le secteur privé, « la grande majorité des patrons sont d’accord pour l’introduction d’un salaire minimum, mais il faudrait qu’ils comprennent que leurs responsabilités ne s’arrêtent pas là ». Par exemple, « s’ils donnent un salaire de base de Rs 6 000 à un employé, ce dernier devra continuer à travailler même après 60 ans ». Face à cela, prévient-il, « les jeunes seront démotivés ». Il poursuit : « Le secteur privé manquera de main-d’œuvre de qualité. Il faudrait qu’ils comprennent que ce faisant ils creusent en fait leur propre tombe. Il faut recycler les employés et il faut qu’ils contribuent dans un fonds de pension décent ».

 
Etienne Sinatambou : « Une mesure phare pour réduire les inégalités »
Etienne Sinatambou, porte-parole du gouvernement, a consacré l’essentiel de la conférence de presse du MSM, samedi matin, à la Negative Income Tax pour les 150 000 employés au bas de l’échelle. « C’est la mesure phare que le Premier ministre a annoncée lors de son discours budgétaire, expliquant qu’il y a trop de travailleurs au bas de l’échelle, qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts pour soutenir leur famille. Cette mesure phare viendra réduire les inégalités. »
Les paiements pour la Negative Income Tax se feront sur une base trimestrielle, avec le premier paiement le 30 novembre prochain. Ainsi, ceux touchant Rs 5 000 auront une somme additionnelle de Rs 1 000 par mois, alors que ceux touchant entre Rs 5 000 et Rs 7 000 auront une compensation de Rs 800 par mois. Pour la période du 1er octobre au 31 décembre, le paiement sera effectué fin février 2018. Celui du 1er janvier au 31 mars se fera le 31 mai alors que, pour la période du 1er avril au 30 juin, le paiement se fera le 31 août. Etienne Sinatambou souligne que la première étape consistera à s’assurer que ces personnes dans le besoin aient un soutien financier. « Mem si zot au bas de l’échelle, zot pe kontribie a lekonomi pei. Si ou pe tous Rs 5 000 par mwa, ou pou gagn 20 %, se enn mezir istorik », dit-il.
Le ministre de la Sécurité sociale a ensuite salué la mission du Premier ministre aux Nations unies, du 19 au 22 septembre qui, dit-il, a été « un succès ». Il a aussi soutenu que le gouvernement ne compte pas abdiquer devant ses responsabilités. « Le gouvernement a plus de 65 % des sièges à l’Assemblée nationale et ne peut être qualifié de fragile par les démagogiques de l’opposition. Aret demoraliz la popilasion ek aret fer regn enn latmosfer malsenn », dit-il.
Sur le volet des travaux encourus par l’hôtel St-Géran, Etienne Sinatambou a rappelé que « c’est un projet d’envergure » qui dépasse les USD 200 millions, soit Rs 7 milliards. « Leur mission est de faire du St-Géran l’un des dix meilleurs hôtels au monde et il n’y a aucune raison de faire du tort à l’environnement marin », soutient-il. Le ministre n’a toutefois pas commenté l’affaire du PPS Tarolah, disant qu’il n’est pas au courant concernant les fameux sextos. « C’est une affaire privée entre deux adultes consentants. Si la presse veut plus de renseignements, il faudrait poser la question à M. Tarolah directement. »

 
 Rashid Imrith souhaite un réajustement pour la classe moyenne
 
Tout en accueillant favorablement la Negative Income Tax qui, selon lui, permettra de soulager ceux au bas de l’échelle, Rashid Imrith est d’avis qu’« il ne faut pas négliger la classe moyenne ». Selon le président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), la Negative Income Tax entraînera une « disturbance in salary relativities ». D’où la nécessité, dit-il, de réajuster le salaire de la classe moyenne en fonction afin d’enlever ces anomalies.
En premier lieu, Rashid Imrith souhaite que la taxe négative inclue les salariés de Rs 10 000 à Rs 23 000. Selon lui, environ 140 000 personnes « seraient soulagées » avec une telle mesure. « Seuls ceux touchant moins de Rs 10 000 sont éligibles à cette mesure actuellement, alors que pour payer l’impôt sur le revenu, il faut toucher plus de Rs 23 000 », souligne-t-il. Et pour ceux touchant au-delà de ce chiffre jusqu’à Rs 75 000, la fédération suggère que le taux applicable pour la taxe soit de 5 %. « Et pour ceux au-delà de Rs 75 000, le taux de 15 % s’appliquerait alors. »
Il ajoute que par le passé, il y a déjà eu un « tax relief » pour les gros salaires. Avec la nouvelle mesure pour ceux au bas de l’échelle, seuls ceux de la classe moyenne se retrouvent sans rien. De même, il est d’avis que la Negative Income Tax devrait inclure ceux touchant la pension de base de Rs 5 450.
Rashid Imrith estime également qu’il « n’est pas normal qu’aucun gouvernement n’ait montré un intérêt pour soulager la classe moyenne. Il ne faut pas prendre cette catégorie de citoyens pour acquis. Peut-être qu’ils pensent que les gens de la classe moyenne n’ont aucun poids aux élections générales ». Il ajoute que si ni le gouvernement ni aucun parti politique ne font un effort pour la classe moyenne d’ici les prochaines élections générales, « la fédération prendra position pendant la campagne ».