Dix jours après l’échec essuyé par les membres de la force policière – pourtant en surnombre – et un huissier de justice dans leur démarche de mettre à exécution un ordre d’éviction prononcé par la Cour suprême contre une dizaine de familles squattant un terrain privé à Grand-Gaube, la situation demeure inchangée. Les squatters occupent toujours la place et bravent les autorités. Et les héritiers Bigaunah, véritables propriétaires du terrain, ne peuvent se contenter que de dire « nous sommes dans l’attente que justice nous soit rendue ».
Gaëtan Bigaunah, représentant de la famille qui a hérité du terrain, a été convoqué par l’huissier concerné, M. Deewoonarain, mardi prochain à son bureau à la Cour suprême. Il espère ainsi que « l’huissier donnera enfin la raison expliquant pourquoi l’exercice d’évacuation des squatters n’a pu aboutir le mercredi 29 février dernier ». De manière officieuse, Week-End a appris que, dans un rapport qu’il a soumis à sa hiérarchie, l’huissier aurait indiqué « s’être vu confronté à une foule hostile » dans l’exercice de ses fonctions. Mais nous n’avons pu obtenir confirmation auprès de l’intéressé lui-même.
Entre-temps, l’avoué de la famille Bigaunah, Me Omar Bahemia, a adressé une lettre au Master de la Cour suprême pour protester contre le retard qu’a pris l’exécution de l’ordre émis par la justice. Retard, surtout, par rapport aux engagements répétés qu’avaient antérieurement pris les squatters d’indemniser les propriétaires ou, au cas contraire, de quitter le terrain.
Pour rappel, il s’agit dans cette affaire d’un terrain d’une superficie d’un arpent et trente-et-une perches, situé à Bati, Grand-Gaube, dont la valeur marchande avoisine les Rs 15 millions, mais que les vrais propriétaires, de guerre lasse après plus de vingt années de bataille légale pour récupérer leur bien, ont accepté de céder aux squatters contre seulement Rs 3,4 millions. Toutefois, malgré les engagements pris par les squatters à travers leurs hommes de loi, ceux-ci n’ont jamais été respectés.
Du côté des squatters, ces derniers ont tenté de jouer sur deux tableaux à la fois pour essayer de se dépêtrer de la situation difficile dans laquelle – les faits le démontrent – ils se sont eux-mêmes volontairement mis. Effectivement, bien que depuis aussi loin que 1995, ils étaient conscients du fait que le terrain ne leur appartenait pas, ils ont persisté à y construire leurs résidences. Sur le premier tableau, ils ont essayé de faire pression sur les autorités en appelant à leur rescousse la Voice of Hindu. Les dirigeants de cette association dite socioculturelle ont d’abord réclamé, de façon assez péremptoire, « que le juge revoie son jugement ». Puis, se rendant sans doute compte qu’ils s’exposaient ainsi à un outrage à la Cour, ils ont tempéré leurs propos déclarant « solliciter aux noms des squatters une Judicial Review sur une base humanitaire ». Mais il semblerait que les propriétaires du terrain ont accumulé, selon leurs dires, de solides preuves pouvant, entre autres, établir que parmi les squatters, certains posséderaient déjà d’autres biens fonciers, soit franchement acquis par leurs propres moyens financiers, soit par prescription. Ce qui, selon le représentant de la famille Bigaunah, rendrait caduc l’argument de « base humanitaire ».
Le deuxième tableau sur lequel quelques uns des squatters plus réalistes ont joué, a consisté à faire savoir aux propriétaires qu’ils sont en train de négocier un emprunt à un taux abordable auprès de certaines institutions, afin d’honorer leur engagement légal de régler les Rs 3,4 millions d’indemnisation. C’est ainsi qu’à travers un homme de loi, ces squatters ont proposé aux héritiers Bigaunah d’accepter un paiement partiel de Rs 1 million, en attendant un règlement final. Cependant, échaudés par les manquements des squatters à leurs engagements antérieurs, pourtant souvent renouvelés devant le juge depuis septembre 2010, les Bigaunah ont catégoriquement refusé la proposition.
« Ils nous ont déjà forcés à céder notre terrain à un prix dérisoire. De la façon dont les occupants illégaux de notre terrain ont agi avec nous depuis ces longues années, si nous encaissons ce million de roupies, rien ne nous garantit qu’ils ne vont pas nous balader longtemps encore, et nous contraindre à encore les poursuivre en justice pour obtenir le reste de la somme due. En fait, nous ne sommes plus intéressés maintenant par leur proposition. La Cour suprême a déjà statué qu’en cas de non respect de leurs engagements au plus tard le 30 septembre 2011, les squatters devront évacuer notre terrain. Nous attendons donc que la police et l’huissier exercent toute leur autorité respective pour faire respecter le verdict de la Cour. Nous sommes, nous, en paix avec notre conscience », soutient Gaëtan Bigaunah.
Les héritiers de la famille propriétaire et la justice restent donc en attente de la décision qu’annoncera l’huissier de la Cour suprême, mardi prochain.