Le compte à rebours dans la nouvelle étape de l’écroulement de l’empire Rawat dans le cadre de l’opération « Daylight Recovery » – avec un Mega-Ponzi Scheme de Rs 25 milliards, chiffre cité par la Banque de Maurice –, a été enclenché. Depuis la fin de l’année dernière, l’attention est braquée sur la teneur des 82 pages du rapport intérimaire soumis sous pli confidentiel par nTan Corporate Advisory Pte Ltd au gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi. Ce document comporte des indications accablantes au sujet de la fraude financière perpétrée au fil des années, soit au cours des sept dernières, avec les placements contribués par les clients de la BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, soit un montant global de Rs 50 milliards, dont le plus gros morceau de Rs 45 milliards des clients de BA Insurance, notamment le Super Cash Back Gold. Ce rapport intérimaire précède le document final et officiel, avec toutes les annexes de Documentary Evidence d’au moins 400 pages, qui devra être transmis à la Bank of Mauritius Tower vers la fin de ce mois, aux termes du calendrier déterminé après consultations entre la Banque centrale et le tandem de Nicky Tan Ng Kuang et Michael Martin. Entretemps, des changements ont été annoncés en ce début d’année à la tête de KPMG Mauritius, société d’audit, qui a été emporté par le BAI Mega-Ponzi Scheme de Rs 25 milliards, la Banque de Maurice imposant des restrictions aux banques commerciales pour avoir recours aux services de cette firme de comptabilité. Dans le même contexte d’écroulement de l’empire Rawat, la compagnie d’assurances Mauritius Union Assurance se retrouve avec, sur les bras, de nouvelles réclamations de Rs 200 millions logées par le Special Administrator de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, Yacoob Ramtola, et le Receiver Manager de Bramer Bank Corporation In Receivership, Gerald Lincoln.
Dans sa première édition de l’année, hier, l’hebdomadaire Week-End a dévoilé en primeur les grandes lignes du rapport intérimaire de nTan Corporate Advisory Pte Ltd, incriminant le Chairman Emeritus de BAI, Dawood Ajum Rawat, et ses plus proches collaborateurs dans des « questionable financial practices » (expression utilisée dans le rapport intérimaire) avec un préjudice de l’ordre de Rs 25 milliards au 4 avril dernier, soit des « massive losses year after year ».
Pour faire la démonstration que le Business Model (mis en place par Dawood Rawat) était voué à l’échec, les Forensic Auditors énumèrent les pertes encourues au fil des dernières années comme suit :
2010 : pertes de Rs 3,3 milliards
2011 : pertes de Rs 4,6 milliards
2012 : pertes de Rs 3,7 milliards
2013 : pertes de Rs 3,1 milliards
À ce même chapitre, les auteurs du rapport intérimaire destiné à la Banque de Maurice prennent le soin d’ajouter que « even the best capitalised company would stagger under such losses », tout en soulignant de manière catégorique que « the BAI group was insolvent in terms of its balance sheet » et même avec des chiffres maquillés. Au 31 décembre 2013, le déficit acculé du conglomérat dirigé par Dawood Rawat se montait à Rs 12 milliards. « Even if the BAI Group did close down on 31 December 2013 and had successfully sold out all of its assets at book value and paid off liabilities, the shortfall would have been Rs 12 billion », note le rapport de nTan Corporate Advisory Pte Ltd.
Trois sociétés spécifiques du groupe BAI, soit la BA Insurance, la BA Property Fund et la Bramer Banking Corporation Ltd, sont ciblés dans l’exercice de Forensic Auditing des Singapouriens, et ce en raison de leur potentiel de lever des fonds dans le public en général en offrant des Rate of Returns allant de 8,5% à 20% comme dans le cas de Bramer Property Fund.
« They (BA Insurance and Bramer Property Fund) sold (to the general public) safe investment products with high fixed rate of return. These funds raised by BA Insurance and Bramer Property Funds ultimately needed to be repaid. BAI was unable to generate adequate returns for its investment and diverted some Rs 17,7 billion to its related entities with the recoverability in doubt. This created a vicious cycle where increasing amount of fresh funds needed to be raised to meet the new expectations (…) This must have been known to BA Insurance and Bramer Propery Fund », affirme le rapport comme pour accréditer la realité du Mega Ponzi Scheme.
En décryptant les dessous du triangage financier en vigueur au sein du groupe BAI, les consultants de Singapour dénoncent avec force « the public illusion that insurance and investment products were financially sound and attractive. No doubt this would have attracted further investments ». En contrepartie, les fonds levés avec la mise sur le marché de ces produits furent injectés dans d’autres sociétés du groupe, soit un montant de Rs 13 milliards entre 2007 et 2014 sous forme de « Debt and Equity Investments ». Le rapport revient sur le Vicious Cycle du Business Model de Dawood Rawat en définissant les différentes étapes, soit
– Public fund raising, soit Rs 50 milliards de 2007 à 2014 à travers la BA Insurance et la Bramer Property Fund,
– le « questionable usage of funds raised », dont Rs 17,3 milliards investis à perte dans des entités comme Iframac, Courts, MediaMetrix Ltd/Yukondale Ltd ou Apollo-Bramwell, sans compter les « specific instances » de transfert direct de Rs 1 milliard au profit du Chairman Emeritus et
le « financial cover-up of the ever-widening gap » entre les fonds collectés auprès des clients et les repaiements en hausse à effectuer vu que « without sufficient cash inflow from real profits, the gap widened over the years until it was too wide to be bridged ».
À ce stade, les éléments préliminaires du rapport nTan Corporate Advisory Pte Ltd sont considérés comme étant extrêmement accablants même si du côté des autorités compétentes, l’on évite de les commenter préférant attendre de prendre connaissance du rapport officiel. Ce document sera d’une importance capitale sur deux fronts : en l’occurrence l’arbitrage international et les réclamations de Rs 35 milliards logées par le récipiendaire de la légion d’honneur de la France contre l’Etat mauricien et les multiples enquêtes criminelles initiées au niveau du Central CID sous la supervision de l’assistant commissaire de police Heman Jangi, avec la reprise des convocations des cerveaux présumés de la fraude, dont Swadeck Taher et Rishi Sookdawoor ou encore les premiers procès logés en Cour intermédiaire, comme contre Claudio Feistritzer, pour le délit de blanchiment de fonds de Rs 6 milliards.
Affaire à suivre.