La Biometric ID Card, qui fait l’objet de controverses sur le plan national depuis son lancement en octobre 2013, continuera à défrayer la chronique sur le plan de la violation alléguée des droits fondamentaux de l’individu. Mais très bientôt, un nouveau volet, soit celui de la dilapidation présumée des fonds publics, viendra se greffer à l’équation politique avec le Project Director du Mauritius National Identitiy Card Scheme (MNICS), le dénommé Rama Rao, dans le collimateur des autorités. En effet, l’Office of Public Sector Governance (OPSG), sous la tutelle du ministère de la Bonne gouvernance, a initié une Administrative Investigation sur les raisons justifiant l’augmentation du coût de ce projet de Rs 400 millions à plus de Rs 1,2 milliard, soit trois fois plus, d’une année à l’autre. Sur un autre plan, Lindsey Collen de Lalit, parti politique, qui a été sur le Frontline de la lutte pour préserver les droits fondamentaux des individus, revient à la charge en cette fin d’année au sujet des garanties contre la destruction des données biométriques déjà compilées.
Les premières indications sont que les premiers éléments de l’Administrative Investigation, initiée au niveau de l’Office of Public Sector Governance, nécessiteraient une « Further Forensic Probe » en vue d’élucider des zones d’ombre avant que soit le Central CID soit l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) ne soient saisis de ce dossier. Ce ne sera qu’à ce stade que le Project Director du MNICS, anciennement sous la tutelle du Prime Minister’s Office (PMO), sera convoqué formellement pour des explications Under Warning. D’autres responsables de la mise à exécution de ce projet devront également être partie prenante de cette enquête.
Dans l’immédiat, la principale préoccupation des autorités demeure sur le plan technique de la Biometric ID Card. Des sources autorisées avancent que l’une des premières lacunes notées sur le plan technologique se situe au niveau de la photo d’identité des Mauriciens sur l’ID Card, qui ne comporterait aucune caractéristique biométrique. « La photo est tout simplement une jpeg et non une photo biométrique. Jusqu’ici, ils avaient fait croire que la photo biométrique était la raison majeure pour expliquer le gonflement du coût de ce projet de Rs 400 millions à Rs 1,2 milliard », fait-on comprendre dans les milieux autorisés tout en confirmant que l’enquête a démarré sur différents aspects du projet ambitieux de Biometric ID Card.
Lors de son intervention dans le cadre des débats pour l’adoption de The Good Governance and Integrity Reporting Bill, la semaine dernière à l’Assemblée nationale, le ministre des Infrastructures publiques a donné un Hint à cet effet. Cette nouvelle enquête sera axée sur les dessous des procédures pour l’octroi des contrats en vue de déterminer si les dispositions de la Public Procurement Act ont été respectées à la lettre. « I am going to take another example, the example of procurement. We know how procurement was used in the past, over the last ten years… I am going to take two examples. The G2G (government to government) agreement with Singapore on the Identity Card instead of paying Rs 300 million we paid Rs 1,2 billion ! » a avancé Nando Bodha en faisant état des scandales des State Lands et du contrat jackpot de Rs 10 milliards de Betamax, deux autres dossiers qui ont fait l’objet d’enquête au niveau du Central CID avec des VVIPS actuellement en liberté provisoire.
Dans un autre registre, la carte d’identité préoccupe avec la date butoir du 31 janvier 2016 pour le remplacement de l’ancienne carte d’identité par la nouvelle. Ainsi, Lindsey Collen ne se prive pas pour dénoncer la confusion qui règne au sein du gouvernement de Lalyans Lepep, élu il y a exactement un avec la question des empreintes digitales sur la carte d’identité comme une des principales plateformes de revendication et après le jugement de la Cour suprême du 29 mai dernier.
« Lalit draws the attention of the public to the complete disarray of the Jugnauth Government on the ID Card issue. Following the Supreme Court judgment in the Madhewoo leave-for-appeal case, two weeks have passed, and Minister Bhadain has still made no public announcement whatsoever as to what the Government intends doing in response to this judgment », souligne la militante de Lalit, qui dénonce le fait qu’aucune décision n’a été entérinée par les autorités compétentes.
« The question : is the State just continuing to force people to give fingerprints ? Are people still being made to sign the consent form ? What is happening to the 31st January deadline for the validity of the old ID cards ? Where are the promised changes in all the repressive Ramgoolam legislation around the card system ? » poursuit Lindsey Collen dans une note à la presse, citant des extraits du jugement de la Cour suprême, soutenu par une injonction à l’effet que « provisions in the National Identity Card Act and the Data Protection Act for the storage and retention of fingerprints and other personal biometric data collected for the purpose of the biometric identity card of a citizen are unconstitutional ».
Lalit, qui égratigne en passant le ministre de la Santé, Anil Gayan, avec la décision d’imposer la carte d’identité pour l’accès aux soins de santé publique, demande au ministre Roshi Bhadain d’assumer ses responsabilités, en l’occurrence « completely destroy all biometric data (including photographs, minutiae and fingerprints), issue a statement as to whether he is now still forcing people to give their fingerprints, thus flaunting the stay of execution granted in the Madhewoo judgment of 24 November which bars the State from forcing people to give fingerprints and what on earth is the justification for over one year’s delay in repealing all the repressive legislation that the Ramgoolam regime had built for the new ID Cards ».