Avec « En revues et en français », Robert Furlong nous livre en fait un ouvrage de référence dans lequel il est possible de trouver des bluettes, contes, récits et chroniques exprimant le folklore, les tragédies, espoirs et raffinements spécifiques à la période coloniale. Cette anthologie de chroniques, nouvelles et contes, extraits des revues littéraires mauriciennes couvre une période d’environ cent-cinquante ans, tendant le miroir subjectif, particulièrement décalé, aux bouleversements historiques contrastés du pays. Cet ouvrage est édité et diffusé par le Centre culturel d’expression française (CCEF).
« Je voulais montrer, nous confie Robert Furlong, qu’il existe un garde-manger pour les amateurs de littérature, dans les nombreuses revues littéraires qui ont animé la vie intellectuelle mauricienne. » Aussi lorsque l’équipe du Centre culturel d’expression française (CCEF) s’est demandé comment commémorer les 300 ans de présence française, ce projet, le premier du genre ici, s’est imposé comme le plus pertinent. Quand il n’était pas occupé par la Fondation Malcolm de Chazal ou quelque rôle dans une pièce de théâtre, ce retraité de la francophonie multilatérale a poursuivi son exploration et son étude des revues littéraires mauriciennes, expurgeant des archives et bibliothèques historiques, les textes les plus révélateurs de l’époque et/ou dignes d’intérêt pour le lecteur ou le chercheur d’aujourd’hui.
S’il a régulièrement partagé dans des publications universitaires ou des colloques, ses analyses sur l’évolution particulière de ces supports imprimés, s’il en a même fait profiter les lecteurs sous la forme de livres tels que la biographie de Marie Leblanc, co-écrite avec Danielle Tranquille et Vicram Ramharai, il n’avait encore jamais pu en dresser l’anthologie générale. Archives de l’Île-de-France, Le Bengali, Le Colibri, Le soleil de juillet, Mauritiana, Zodiaque ou Escale… les organes n’ont cessé de se créer au fil des décennies, témoignant de la vie littéraire dans l’île. Depuis les premiers pas de l’imprimerie à Maurice jusqu’en 1968, le chercheur a recensé une centaine de revues en français et « une petite dizaine » dans d’autres langues.
« En revue et en français » se compose d’une sélection de soixante-treize textes parus de 1818 à 1968, soit cent-cinquante ans de publications souvent éphémères, parfois plus durables. La longévité de ces titres était en effet très aléatoire. Ainsi pour ne prendre que cet exemple, en 1840, sur sept revues lancées, seules deux ont passé l’année. Les durées record reviennent par ordre décroissant à l’Essor avec quarante ans d’existence (sans compter une tentative de réédition il y a quelques années), Le soleil de juillet (24 ans) et Les roses de Noël (22 ans). L’auteur se penche particulièrement sur L’Essor, et brosse brièvement le portrait de l’éditrice Marie Leblanc, qui a fortement marqué ce genre éditorial.