PATRIMOINE : Le Plaza, la belle de Rose-Hill

Le Plaza, figure emblématique de Rose-Hill, rejaillit de l’ombre. Pour marquer les cent ans du scénographe Serge Constantin, l’énigmatique théâtre, berceau des plus grands barytons et comédiens de l’océan Indien, se livre à nous. Trois coups de brigadier : le rideau rouge se lève sur le Plaza…
La salle des fêtes est fin prête, mais il faudra attendre encore deux ans pour insuffler un semblant de vie au reste du bâtiment. Depuis de nombreuses années, les différentes forces municipales se sont acharnées pour tenter de sauver la belle de Rose-Hill, vestige des années 30. Fermé depuis le 1er octobre 2004, le Plaza est aujourd’hui en état de délabrement. Seule la cour continue de vivre avec les occasionnels skateurs du coin ou les couples venus frekante sur les marches du célèbre théâtre.
Le Plaza a été inauguré en 1933. L’idée de construire un édifice entièrement dédié aux arts vient des habitants de la région, qui souhaitaient qu’un haut lieu de culture soit édifié en dehors de la capitale. Le bâtiment est divisé en trois sections distinctes : la partie administrative consacrée aux bureaux, la salle des fêtes et le théâtre.

Rêve de Valse.
Selon le livre de G. André Decotter, Le Plaza : un demi-siècle de vie théâtrale, le théâtre pouvait accueillir 1,500 personnes, avec 54 loges, 450 sièges en première classe, 422 en seconde, 426 en troisième. Preuve tangible que le Mauricien et la Mauricienne d’antan aimaient le théâtre et l’appréciaient dans les meilleures conditions.
Ce fut une opérette, Rêve de Valse d’Oscar Straus, qui ouvra la danse et non pas un opéra, comme le souhaitaient à l’époque les organisateurs. La première troupe mauricienne à fouler les planches a été le Mauritius Dramatic Club, qui a interprété en anglais des pièces shakespeariennes, entre autres. Outre les opérettes, des spectacles de danses indiennes, des séances de magie et même des défilés de mode ont été à l’affiche du théâtre. “Les premières pièces mauriciennes à y être jouées furent, dans les années 50, Mirages et Iscariote d’Arthur Martial, puis La Verrue d’André Masson et Judas de Malcolm de Chazal en 1960”, peut-on lire sur le site d’Opéra Mauritius.


Le havre des amoureux et des militants
“Le Plaza a été le centre névralgique des jeunes intellectuels, amateurs d’art et de politique notamment”, nous raconte Jay D., âgé de 65 ans. Des meetings, il en a connu. Alors jeune soixante-huitard, “militan koltar”, il se rend avec ses amis au Plaza pour tenter de révolutionner l’île Maurice. “Tout se passait dans la cour du Plaza, sans compter les représentations auxquelles j’ai assisté et les somptueux mariages dans la salle des fêtes. Le Plaza reste le symbole d’une île Maurice jeune, fraîche et cultivée.”
Michel Petit, lui, est né là-bas. Son enfance, toute sa jeunesse et son mariage, il les a vécus au Plaza. Ce pur-sang de Rose-Hill a grandi avec un père qui travaillait dans l’enceinte même du Plaza. Avec nostalgie, il nous raconte ce temps-là, où des voix d’opérettes et d’acteurs américains résonnaient dans le grand bâtiment… pendant que lui et ses frères apportaient le dîner préparé par leur mère à leur père, en “marsan aswar dan Rose-Hill”.
“Mon père travaillait au Plaza comme chef électricien. Il a vécu la majeure partie de sa vie dans l’enceinte de ce bâtiment, que j’associe à mon enfance”, se rappelle Michel Petit. Claude Germain Petit a en effet travaillé longtemps au service du Plaza. “À l’époque, pour travailler à la municipalité, il fallait être à la fois électricien, mécanicien et chauffeur, et mon père faisait les trois !”, nous dit-il.
Tel père, tel fils. Michel Petit, âgé maintenant de 53 ans, a lui aussi travaillé au Plaza comme électricien. “De juin 1984 à mai 1985, j’ai travaillé comme électricien et je m’occupais aussi de la régie lumière, entre autres.” Des pièces de théâtre, il en a vu des centaines, sans compter les concerts, dont celui de Francis Cabrel. “Lorsque nous étions petits, mes frères et moi avions une carte de service spéciale qui nous permettait de voir un film, une pièce de théâtre ou d’assister à un concert. Nous passions toutes nos vacances scolaires là-bas.”
Par ailleurs, “les petits jeunes du coin avaient des petits boulots d’été. Nous étions chargés du lever de rideau, de faire tourner le décor, etc. Nous nous amusions à faire cela. Que de beaux et doux souvenirs !”, confie-t-il en riant.
“Et puis le Plaza, c’était pour les amoureux !”, lance Michel Petit, le sourire jusqu’aux oreilles. Des amoureux partout, sur les bancs, les escaliers en pierre ou assis l’un à côté de l’autre au cinéma… “Je me souviens encore du jardin et des fleurs, et du grand panneau avec les grandes affiches où l’on annonçait les films ou les concerts à venir. Les gens s’arrêtaient tout le temps devant ce panneau pour y jeter un coup d’œil.”
“Le Plaza est pour moi un patrimoine. Je souhaite le revoir vivre comme avant. J’aimerais revoir la salle de théâtre remplie comme lorsque j’étais enfant. Tout le monde venait voir les pièces de théâtre en famille, entre amis. Il faut lui redonner vie”, nous dit Michel Petit.