Nous sommes à la fin des années 1970, Philippe Hitié, surnommé Popo, fils d’un employé de Rose-Belle SE, finit ses études au collège St-Joseph à Curepipe. Pour rentrer chez lui, il fait du stop et a une place avec Guy Hugnin, alors directeur du Mauritius Travel and Tourist Bureau (MTTB). Au cours de la conversation, le patron de la première agence touristique mauricienne propose à Popo un job dans sa boîte une fois ses études terminées. Popo commence comme guide touristique, puis continue comme clerc à MTTB, ensuite est envoyé à Mauritours où il s’initie au métier de loueur de voitures.
Il est repéré par la direction touristique d’Ireland Blyth Limited, opérant alors White Sand Tours, qui lui fait une proposition. Après avoir occupé plusieurs postes dans l’agence, Popo Hitié est envoyé aux Seychelles, où il passe plusieurs années à gérer le réceptif de WST. De retour à Maurice, il grimpe rapidement les échelons, parfait ses connaissances et grandit avec WST, qui multiplie ses activités dans une île Maurice en plein essor touristique. Quand il est nommé manager de WST, il est le plus jeune employé du groupe qui s’était fait remarquer par son investissement dans le travail.
« IBL a été une école pour moi. Le groupe m’a donné les opportunités de développer mon potentiel professionnel et académique en me faisant faire une série de formations qui m’ont permis d’acquérir une expérience et un savoir-faire. Mais, plus important, je crois que le tourisme, dans lequel je me suis totalement investi, était designed for me ». IBL reconnaît le talent de Popo Hitié, le nomme Executive Manager et l’invite à siéger sur le board de la compagnie vers la fin des années 1990. Directeur d’une des grosses compagnies du pays, professionnel reconnu et respecté, Popo Hitié avait tout pour continuer sur la voie tracée, mais depuis quelques années, une idée le taraude : avoir son propre business.
« Je venais d’avoir quarante ans, j’avais réussi professionnellement, j’avais un bon poste, une excellente équipe autour de moi, mais je travaillais pour un groupe. L’idée d’avoir mon propre business dans le tourisme a commencé à me travailler. Cette idée est devenue de plus en plus forte et j’en ai parlé à ma femme, qui m’a soutenu et vers la fin des années 1990, j’avais plus ou moins pris ma décision. C’est la naissance de mon fils Christopher, au début de 2000, qui a été le déclencheur et j’ai soumis ma démission. »
Démissionner d’un département qui fonctionne bien dans une grosse compagnie où on travaille depuis 25 ans et dont on est un des membres du board, n’était-ce pas un acte de folie au niveau professionnel ? « Beaucoup me l’ont dit à l’époque. Et, pour être tout à fait franc, je me suis souvent posé la question. Je savais d’où je venais mais je ne savais pas très bien où j’allais, mais je savais que si je ne sautais pas le pas à ce moment-là pour devenir mon propre patron, je ne le ferais jamais. »
« Le tourisme, dans lequel je me suis totalement investi, était designed for me »
Il démissionne d’IBL et commence à organiser son agence qui va ouvrir ses portes au mois d’août 2000. « Je suis parti d’IBL seulement avec mon savoir-faire et mon expérience. » Mais aussi avec un important carnet d’adresse professionnel. « L’expérience, le savoir-faire, les relations et le carnet d’adresse c’est un ensemble de données qui accompagnent une personne tout au long de sa vie. J’étais confiant de réussir puisque j’avais sondé mes clients potentiels et je savais qu’ils allaient me suivre, me soutenir, me donner du travail. » Il installe son QG dans une petite maison de Quatre-Bornes, où quelques-uns des membres de son équipe de WST ont accepté de le suivre dans l’aventure dont l’issue était plutôt incertaine.
Le nouveau réceptif mauricien commence ses activités sans nom. Ce sera au cours d’un voyage en Europe, dans le froid et la pluie, que Popo Hitié pense à la chanson SummerTimes extraite de l’opéra Porgy and Bess de Gershwin, qui devient le nom et l’hymne de la nouvelle entreprise touristique. Ne pas avoir un groupe important derrière n’est, semble-t-il, pas un handicap dans le monde du tourisme. « Dans le tourisme, c’est celui qui vend la prestation et son savoir-faire qui sont reconnus en premier. Une grosse boîte derrière, c’est certes un plus, mais ce n’est pas l’essentiel. Le tourisme c’est aussi un métier à risques : on construit un hôtel et on ne sait pas si on pourra le remplir, si une crise ne va pas bloquer les avions. C’est un métier qui s’invente chaque jour pour réagir aux défis, pour s’adapter aux nouvelles donnes. Le métier est dominé par des gens qui rêvent et prennent des risques et se battent pour réaliser leurs rêves. C’est ce que j’ai fait à mon niveau. »
SummerTimes met en place sa structure et ses opérations, et commence à se faire une place sur le marché en dépit du fait qu’elle est une des rares agences qui n’est pas située à Port-Louis. « C’était un moyen pour payer moins de loyer mais surtout pour permettre aux premiers employés, qui habitaient dans les Plaines Wilhems, de travailler plus près de chez eux, ce qui est un plus pour l’ambiance de travail. Et puis il faut dire que, dès le départ, j’ai eu le soutien des hôtels et des compagnies aériennes et de l’aéroport. Les banques m’ont également soutenu et je profite de votre journal pour remercier tous ceux qui ont permis à l’aventure SummerTimes de bien commencer. » Et de continuer puisqu’aujourd’hui la petite maison avec les huit employés de départ a été transformée en immeuble à étages où travaillent les 250 employés de l’entreprise, qui est aujourd’hui le leader du marché dans sa catégorie. Une entreprise devenue un groupe et dont le chiffre d’affaires annuel est de plus de Rs 450 millions. Pratiquement un demi-milliard pour faire plus impressionnant.
Comment SummerTimes en est-il arrivé à ce stade de développement en seulement quinze ans d’existence ? Quel est le secret de son succès ? « Être soi-même. Deliver et respecter les engagements vis-à-vis de son personnel, de ses clients, de ses prestataires, de soi-même. Le tout dans le respect de l’autre. Dans notre métier, il faut être consistant pour exister dans la durée. Nos valeurs fondamentales sont la confiance, la passion et la créativité. À cela il faut ajouter le fait de savoir rester dans les métiers que l’on maîtrise et ne pas se disperser. » C’est pour cette raison que Popo Hithié ne s’est jamais laissé tenter par les propositions d’investir dans d’autres secteurs du tourisme, l’hôtellerie par exemple.
En 2004, SummerTimes devient le représentant de la marque de voitures de location Sixt, ouvre une agence de voyages à Port-Louis et, sans doute plus important, devient le partenaire du groupe TUI, un des plus gros tours opérateurs au niveau mondial. Deux ans plus tard, l’agence mauricienne s’associe à la compagnie Corsair pour organiser des vols réguliers entre Maurice et la France. Avec ses partenaires, SumerTimes va continuer à multiplier les liaisons aériennes sur Maurice en allant à la conquête de marchés encore inexplorés : les pays scandinaves, la Pologne, la Turquie, entre autres. « Il faut souligner que nos vols ne vont pas piquer des passagers aux lignes opérant sur Maurice. Nous emmenons ici des voyageurs qui viennent de nouveaux marchés, des marchés additionnels qu’il faut continuer à développer. Tous ces efforts, ajoutés à ceux des autres acteurs de l’industrie, ont permis d’augmenter le nombre de vols sur Maurice pour remplir les hôtels. »
« Nous avons à       Maurice des hôtels qui vont de cinq à une étoile. Il faut tous les remplir »
Mais pourquoi est-ce qu’on continue à entendre le refrain : il n’y a pas assez de places-avion sur Maurice ? « C’est un vieux refrain dépassé. J’ai beaucoup de clients qui veulent venir à Maurice et qui ne trouvent pas de place d’hôtel. À Maurice nous sommes voués à faire du tourisme. Pour une croissance dynamique et soutenue, il faudra construire d’autres hôtels. On ne peut pas envisager 1, 5 million de touristes, ce qui est tout à fait possible, sans augmenter le nombre de chambres. » Et que pense le patron de SummerTimes du débat destination haut de gamme versus touristes sacs à dos ?
« C’est un faux débat. Nous avons aujourd’hui à Maurice des villas de luxe, des prestations hôtelières de qualité rattachées ou non à des golfs. L’offre est très étendue à Maurice est c’est un avantage. Nous avons des hôtels qui vont de cinq à une étoile. Il faut tous les remplir. Tous ces hôtels ont leur place dans notre île Maurice touristique dont le taux de croissance est en hausse prononcée depuis deux ans. On trouve toutes les catégories de logement à Maurice, à la satisfaction du client. Les clients heureux et les repeaters ne vont pas que dans les hôtels haut de gamme. Le tableau du tourisme mauricien n’est pas noir. Il y a des problèmes ici et là, mais on peut les régler, trouver les solutions nécessaires. J’ai confiance dans l’avenir de l’industrie, surtout quand je vois que les jeunes sont de plus en plus conscients que le tourisme est une opportunité et qu’il faut faire les formations nécessaires pour y trouver sa place. »
Et l’avenir de SummerTimes ? « Il passe par le maintien du cap décidé depuis quinze ans, par le respect des valeurs qui nous animent. Nous allons continuer à nous focaliser sur notre activité principale. Nous allons continuer à travailler, dans la consistance, avec notre équipe, forte et soudée, dans le respect de nos valeurs pour aider au développement du tourisme mauricien qui, il faut le dire et le répéter, est et restera un des piliers de l’économie mauricienne. »