J. ROLAND PIERRUS

Alors que beaucoup pensaient que la guerre menée contre les marchands de la mort porterait bientôt ses fruits, la commission Lam Shang Leen nous révèle que les racines du mal sont bien plus profondes qu’on ne le croit et donc bien plus difficiles à extirper. Les éléments du rapport de cette commission embarrassent autant le pouvoir et la justice que la force policière. Nombreux sont ceux qui devront répondre d’allégations d’entente délictueuse avec des mafieux. L’appât du gain et son corollaire, la corruption, ont causé un tort immense à notre pays, victime d’une nouvelle forme de ruée vers l’or ou autrement dit vers la richesse absolue.

L’argent est certes une nécessité mais pas ce dieu que beaucoup adorent. Par l’insatiable soif de biens matériels, on bâtit soi-même sa prison. Ce que nous possédons finit bien vite par nous posséder. Certains ont trouvé le secret pour s’enrichir en un temps record pendant que d’autres se satisfont de ce que leur procurent mensuellement leurs salaires, leur retraite bien méritée ou alors leurs modestes pensions. Malheureusement, comme faire des économies n’est aujourd’hui plus possible, vu le coût trop élevé de la vie, beaucoup de ceux à faibles revenus sont souvent tentés d’user du crédit et, hélas, de bien vite en abuser.

Si certains parlent en termes de centaines de milliers de roupies, d’autres parlent en termes de dizaines de millions. Une course effrénée après les biens tels de vastes domaines, de luxueuses résidences, de campements pieds dans l’eau, et les avantages tels des séjours à l’étranger, des croisières sur des paquebots de luxe, des limousines équipées des dernières technologies mènera ceux, qui y prendront part, à perdre toute notion d’honnêteté et le sens de l’honneur. Comme l’argent et le pouvoir entretiennent très souvent des relations suspectes sinon coupables, ceux ciblés par le rapport Lam Shang Leen devront justifier leur inexplicable proximité avec des récidivistes notoires, tantôt leurs anciens clients déjà condamnés pour trafic de drogue et tantôt des individus aux activités opaques sur le plan international.

Il est toutefois clair que certains élus du peuple et nominés politiques tiennent à profiter au maximum des opportunités pendant qu’ils en ont la chance. « Make hay while the sun shines ! » dit l’Anglais. Leur prétendu désir de servir le peuple qui n’est en réalité qu’un moyen de se faire toujours plus d’argent, les conduit à utiliser tous les moyens tels le communalisme et l’appui des sociétés soi-disant socioculturelles pour y parvenir. Ils s’accrocheront au pouvoir bien que soupçonnés de délits les plus graves. L’année prochaine sera celle des élections et donc une nouvelle occasion donnée aux « mam » de « vire » du bon côté.  Il serait insensé de cautionner l’arrogance et la malhonnêteté en accordant son vote à ceux qui se seront montrés indignes de notre confiance.  Il sera de notre devoir de leur faire comprendre qu’ils auraient tort de nous confondre avec leurs dépôts fixes.

* Francis Bacon – Pensées et réflexions (1626)