RENCONTRE AVEC NIRVANA VARMA : Le mont de Vénus, un petit bout de femme

“On ne naît pas femme, on le devient.” Cette célèbre phrase de Simone de Beauvoir a façonné toute une génération de jeunes femmes, dont Nirvana Varma. Féministe, un peu centriste, la jeune femme s’assume pleinement. Âgée d’une vingtaine d’années seulement, elle s’est lancé le pari fou d’imposer dans ce monde phallocentrique le magazine Le mont de Vénus...
Fluette et discrète, Nirvana Varma sait exactement ce qu’elle veut et comment faire pour y parvenir. La jeune femme de 28 ans nous accueille dans sa petite maison à La Marie. “Du thé vert ou un peu de café ?”, nous propose-t-elle. S’accrochant à son kimono, une petite tête joyeuse, âgée de presque deux ans, veut se joindre à la conversation. Tesla, en hommage au grand Nikola Tesla, “et non pas à la voiture, comme le pense presque tout le monde”, est une enfant épanouie. Malgré son très jeune âge, elle a du caractère. “Je ne voulais pas que ma fille grandisse dans un monde stéréotypé où le diktat du genre prédomine. C’est aussi un peu pour cela que j’ai voulu aller de l’avant avec ce magazine”, explique-t-elle.

Outil pédagogique.
De l’autre côté de la table où nous nous sommes installés pour discuter, Shidan Ragavoodoo, le compagnon de Nirvana, s’occupe. “J’ai compris que tous les hommes n’étaient pas les mêmes en rencontrant Shidan et les autres de Rezistans ek Alternativ”, confie-t-elle timidement. C’est en discutant que le jeune couple un peu bohème mais très engagé a eu l’idée de créer un magazine. “C’est en discutant des housework wages que l’idée nous est venue d’initier ce projet, qui se veut avant tout un outil pédagogique. Le début d’une grande campagne de rééducation de la femme mauricienne”, explique Nirvana Varma.
Tesla nous interrompt. Elle a faim et s’accroche à sa maman. La jeune mère donne la tétée, tout en nous parlant de féminisme et de combat. Une image marquant le début d’une nouvelle ère : celle de la femme Mauricienne émancipée. “Je pense que les femmes et les hommes de notre génération sont beaucoup plus conscients de ce qu’est le féminisme. Ils comprennent l’ampleur des choses; aujourd’hui encore, les femmes sont sous-payées. Pourquoi ? Parce qu’elles ont appris à tout accepter, à tout le temps dire oui, même pour un salaire de misère.”

Éveil de conscience collectif.
“Il est vrai que la femme travaille, mais les messages qu’elle reçoit des médias, entre autres, ne sont pas forcément positifs”, déplore Nirvana, en insistant sur le fait que cette illusion d’indépendance sert à faire fructifier un nouveau marché, celui de la cosmétique, des produits minceur… Un système archaïque qui sert à enfermer davantage le soi-disant “sexe faible” dans un monde phallocentrique.
“Les choses doivent changer. Les femmes doivent savoir dire non. Elles doivent comprendre qu’elles ont les mêmes droits que leurs homologues masculins”, clame haut et fort Shidan Ragavoodoo, qui a laissé de côté son travail pour jouer avec Tesla. “Je suis féministe et je l’assume !”, dit-il.
La définition du féminisme a longtemps été altérée, lui conférant une dimension péjorative. “Non, le féminisme ne signifie pas que je veuille écraser les hommes ou les dépasser. L’objectif est d’obtenir les mêmes droits que ces derniers. Nous sommes de la même race, habitons la même planète. Nous ne pouvons prétendre à une supériorité absolument illogique basée uniquement sur le simple fait d’être née femme ou homme.”
Déterminée à honorer celles qui sont mortes au bûcher pour nos droits, Nirvana Varma veut distribuer gratuitement le magazine à 60,000 femmes. “Nous le ferons d’abord dans les villes puis nous l’étendrons vers d’autres régions de l’île. Ce n’est que la première étape du projet. Nous souhaitons ensuite faire des ateliers avec les femmes de tous bords et de toutes les couches sociales. Le but est de les faire parler, d’éveiller leur conscience. Un éveil de conscience collectif vers le progrès de la Mauricienne.”

Faire entendre la voix des femmes.
“Dans la bouche de l’homme, l’épithète “femelle” sonne comme une insulte. Pourtant, il n’a pas honte de son animalité, il est fier au contraire si l’on dit de lui : c’est un mâle !”, écrivait Beauvoir dans le Deuxième sexe. Nirvana Varma est persuadée que la femme a le doit de bomber sa poitrine nourricière et de clamer haut et fort : je suis une femme ! “Non, nous ne disons pas aux femmes de perdre dix kilos en une semaine ou de s’acheter de la lingerie à Rs 2,000. Nous leur disons de sortir et de faire entendre leurs voix. L’on ne peut pas mettre le pied dehors à Maurice sans la présence d’un homme, d’un chaperon. C’est notre réalité à nous. Alors que si l’on apprenait à la femme à se défendre au lieu de dépendre de l’autre, les choses auraient pu être différentes.”
La première édition de ce magazine abordera les débuts du féminisme dès la période néolithique. Les suivantes discuteront de choses plus concrètes, telles que les méthodes de contraception ou encore l’apparition des machines à laver dans les foyers. “Ce n’est surtout pas un hasard. Il y a, derrière cela, une raison bien politique”, assure Shidan Ragavoodoo. “Nous sommes tous concernés. Je me souviens d’un ami qui ne comprenait pas pourquoi nous l’avions sollicité pour ce projet. Il disait qu’il n’était pas concerné par le féminisme. Et pourtant !”

Briser les tabous.
L’heure tourne et Nirvana Varma, qui s’était engagée lors des récentes élections générales, nous prouve que l’on peut être à la fois féminine et féministe. “Les Mauriciens ont peur de ce mot, mais c’est surtout l’ignorance qui fait cela. Le féminisme est stéréotypé à cause des médias ou des feminazi. Raison de plus pour briser tous les tabous et expliquer les choses comme il faut”, nous dit Nirvana. Le magazine, en anglais et en français, a tenu à aborder ce sujet de manière humoristique, car “l’humour fait mieux passer les messages”.
“Depuis l’annonce de ce projet sur Facebook, nous recevons plusieurs commentaires positifs. Nous avons également des curieux, et ce n’est pas plus mal, car ils s’ouvrent un peu plus. Tout le monde peut contribuer; il suffit de nous soutenir comme vous le pouvez”, confie Nirvana. Un virement bancaire peut être effectué à l’adresse de Black Dot Ltd, sur le compte MCB 000444861537.
Nirvana Varma espère lancer ce magazine unique en son genre à Maurice à la fin du mois d’août. Selon elle, “le mont de Vénus, soit le mont du pubis, fait partie de l’anatomie de la femme et représente ce qu’il y a de plus féminin. Notre logo est un subtil rappel à cela. Le mont de Vénus est une affirmation de ce qu’est ce projet féministe.”