RICHELIEU : Le train-train bousculé

Les premiers travaux du contrat de Rs 18,8 milliards annoncés pour le 11 septembre exécutés au point névralgique du système de contrôle et de gestion des URBOS 100 de la gamme des Trams and Light Metros
  • L’hôtel du gouvernement : « Le Metro Express constituera une occasion pour des régions dites marginales comme Richelieu et lesfaubourgs de Beau-Bassin de se réinventer économiquement et socialement »
  • La sécurité d’emploi dans le transport en commun, une bombe à retardement, avec le gouvernement confiant au DPM Collendavelloo un comité pour évaluer l’impact du Metro Express sur l’avenir des employés

À J-15 pour le début des travaux de la mise en place du métro express entre Curepipe et Port-Louis, dont priorité au segment Rose-Hill/Port-Louis pour septembre 2019, les premiers détails précis sur le schedule of work du main contractor de Larsen & Toubro commencent à émerger. L’un des sites prioritaires identifiés sur les 19 stations n’est autre que les agglomérations de Richelieu, avec ses quelque 8 500 habitants, et de Petite-Rivière (5 000 habitants). Richelieu abritera le centre nerveux de tout le système de Trams and Light Metros avec les 19 trains URBOS 100, venant d’Espagne, circulant sur les rails entre Curepipe et Port-Louis à terme, d’où la décision de l’ouverture de ce premier chantier le 11 septembre. À partir de là, le compte à rebours a été enclenché, acculant le gouvernement à mettre les bouchées doubles pour faire évacuer dans les meilleurs délais les derniers lopins de terrain sur le tracé entre Rose-Hill et Port-Louis. Toutefois, l’angoisse des employés du transport en commun quant à leur gagne-pain quotidien, est loin d’être atténuée. La polémique s’est ravivée en fin de semaine. Le conseil des ministres a ôté ce dossier délicat des mains du ministre des Infrastructures publiques, Nando Bodha, pour le confier au Deputy Prime Minister et leader du Muvman Liberater, Ivan Collendavelloo. L’inquiétude pèse plus lourd car le libellé du conseil des ministres à ce sujet indique que ce n’est que maintenant que le gouvernement se penchera sur « the impact of the implementation of the Metro Express Project on the bus industry workers ».
« Le dernier update suite aux consultations avec la Management Team de Larsen & Toubro, chargée de la supervision des travaux d’exécution du Metro Express, est que les travaux doivent impérativement démarrer le lundi 11 septembre au plus tard. L’encadrement technique indien est attendu dans les premiers jours de septembre et les premiers coups de pioche seront donnés sur le site de Richelieu pour les depot and yard », indiquaient à Week-End en fin de semaine des sources autorisées. La dernière mission officielle indienne avait pour attribution de mettre au point les accommodation requirements à long terme pour héberger les responsables étrangers du projet de Metro Express.
Larsen & Toubro a également saisi cette occasion pour régler des problèmes cruciaux préalables, à savoir l’accès immédiat aux terrains se trouvant sur le corridor Curepipe/Port-Louis et surtout l’importation de la main-d’œuvre étrangère. Au cours de la semaine écoulée, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a présidé un comité ministériel en vue de dégager les mesures pour faire partir les derniers résistants sur le trajet du Metro Express avec le 11 septembre en vue et pour évaluer la situation sur le plan des offres d’emplois. « Nous faisons face à une dizaine de cas de terrains à être évacués entre Rose-Hill et Port-Louis. Le ministère des Terres a été appelé à accélérer les procédures pour le règlement des paiements de compensation à des propriétaires de terrain et des possibilités de relogement dans d’autres cas. La consigne est claire : tout doit être on target pour la date du 11 », indique-t-on dans ces mêmes milieux.
Pour ce qui est de la main-d’œuvre requise pour les travaux, deux chiffres sont cités, soit 4 000 du côté de l’hôtel du gouvernement et 6 500 selon d’autres sources pour les 19 sites de construction potentiels. « Un exercice de recrutement a déjà été initié avec des appels de candidatures et dépendant du response pour un chantier de quatre ans, la décision sera prise au sujet du quantum de main-d’œuvre à être importée. Sur les 4 000, il faudra prévoir au moins 50%. De son côté, le ministère du Travail et des Relations industrielles se penche déjà sur les procédures en prévision des demandes à être logées formellement », fait-comprendre.
Les consultations ministérielles de la semaine dernière ont également abordé la prochaine vocation de la gare Victoria à Port-Louis avec le projet d’urban rejuvenation annoncé par le ministère des Infrastructures publiques. Le Victoria Interchange sur la ligne de Tram and Light Metro se trouvant de l’autre côté de l’autoroute à hauteur de Caudan, l’actuelle gare routière devrait se transformer en une feeder station avec des autobus desservant entre autres des régions de la capitale, telle que Pailles, Tranquebar et Vallée-Pitot. Les autorités comptent conclure bientôt des discussions avec des promoteurs du privé, dont General Construction Ltd, le groupe IBL et Innodis, entre autres, intéressés par ce projet d’aménagement à la gare Victoria. Le même exercice devra être répliqué à la place Cardinal Jean Margéot à Rose-Hill, à Quatre-Bornes, Vacoas et Curepipe.
Toutefois, dans l’immédiat, les yeux resteront braqués sur la région de Richelieu et de ses environs. Pour des raisons stratégiques et de disponibilité spatiale, Richelieu abritera le metro express depot and, yard pour accueillir non seulement les 19 URBOS 100, chacun doté de sept compartiments qui ont une capacité de 300 passagers avec l’option de pousser à neuf wagons par rame et un potentiel de 400 passagers par train. « Avec le Richelieu Depot and Yard, c’est tout le système central de contrôle des mouvements sur le réseau de Metro Express, en substance une tour de contrôle ferroviaire, qui y sera aménagée. Il faudra aussi compter sur les aspects d’entretien, de maintenance et des réparations des rolling stocks fournis par CAF Spain. Tout partira de Richelieu, que ce soit du gros œuvre à la planification des déplacements des rames de métro entre les 19 stations désignées », assure-t-on à l’approche du 11 septembre.
Nouvelle configuration
« Force est de constater qu’avec la mise à exécution du Metro Express, le train-train quotidien de Richelieu et de ses environs sera bousculé à coup sûr. When opportunity comes knocking, it’s wise to open the door. C’est ce que nous serons tentés de dire aux habitants non seulement de Richelieu, de Petite-Rivière, mais également des agglomérations de Beau-Bassin, longeant le tracé ferroviaire », s’appesantit-on dans le camp de ceux qui ont pour mission de projeter une image positive de ce projet faisant l’objet de contestation venant de différents quartiers.
« Il n’y a pas que la seule dimension pécuniaire à privilégier. Certes, une injection de Rs 18,8 milliards dans l’économie devra générer de la croissance économique avec des emplois créés et surtout plus de Rs 10 milliards dans le circuit local. Une aubaine pour la construction, qui devra renverser la tendance à la morosité de ces dernières années. Mais les régions desservies par le réseau de Metro Express devront subir d’importantes transformations dans différentes sphères de la vie quotidienne, soit économiquement et socialement. Avec le depot and yard du Metro Express, Richelieu devra afficher à partir du début de l’année prochaine une nouvelle configuration. Une opportunité extraordinaire pour la région de se réinventer et de montrer la face moderne de la République. Il n’y a aucun doute, mais c’est aux habitants de prendre avantage et d’en être partie prenante », confie-t-on, même si le front de résistance Anti-Metro Express arrive difficilement à s’estomper.
Dans la conjoncture, l’os dur demeure la sécurité d’emploi dans le transport en commun, les membres du personnel des principales compagnies de bus, dont les opérations sont menacées par l’arrivée du Metro Express, assurant la mobilisation. En fin de semaine, la mise sur pied d’un comité ministériel, présidé par Ivan Collendavelloo, « to consider the impact of the implementation of the Metro Express Project on the bus industry workers », n’a fait qu’accroître le désarroi latent des travailleurs du transport en commun. Pourtant, la veille, les représentants des syndicats de ce secteur, conviés à une séance de travail avec le ministre Bodha, avaient accepté l’idée d’une nouvelle réunion dans un mois, le temps que les autorités se penchent sur les propositions portant sur des garanties formelles contre des pertes d’emploi.
Pour contrer les menaces, la Union of Bus Industry Workers, dont Ashok Subron en tant que négociateur, préconise la signature d’un tripartite agreement entre le gouvernement, les compagnies d’autobus et l’UBIW, avec des assurances pour l’emploi. De son côté, le Union Joint Panel, représentant quelque 1 500 employés de la compagnie United Bus Service, craignent qu’avec le retrait de 100 autobus du réseau, quelque 500 emplois deviendront surnuméraires. Par contre, les opérations de Metro Express ne se résumeront qu’à la création de 60 emplois permanents au maximum.
Mobilisation syndicale
L’attribution du comité Collendavelloo a accentué le caractère vulnérable de ces employés avec l’avènement de ces URBOS 100 dans le paysage du transport en commun. Ainsi, le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, dont les conseils légaux, Mes Adrien Duval, Kushal Lobine et Assad Peeroo, encadrent l’UJP, est monté au créneau pour dénoncer l’incompétence et l’amateurisme dont fait preuve le gouvernement sur le secteur du transport en commun. « Le Metro Express s’appropriant 20% des passagers par autobus, le gouvernement signe l’acte de décès de ces opérateurs. C’est la banqueroute qui les attend. C’est ce qui explique l’angoisse des employés. Ce qui est davantage plus inquiétant, ce n’est qu’après avoir signé le contrat de Rs 18,8 milliards que le gouvernement décide de se pencher sur l’impact du Metro Express sur le transport par autobus. C’est d’une frivolité criminelle », soutient-il.
« Cette décision du conseil des ministres constitue une gifle pour Nando Bodha, qui a donné des garanties à l’effet qu’aucune perte d’emploi n’est à l’ordre du jour, alors qu’il n’a pas été en mesure de rendre public le moindre détail chiffré. Pire ! Le comité ministériel est présidé par Ivan Collendavelloo, dont on peut mesurer la maîtrise des dossiers économiques et surtout l’absence de résultats dans les missions qui lui sont confiées. Un exemple : le comité sur la déclaration des avoirs siège depuis deux ans. Quel est le bilan ? Zéro. Le gouvernement joue avec le feu car les syndicats dans le transport en commun sont réputés pour êtres puissants », a conclu Xavier-Luc Duval.
Toujours en ce qui concerne la décision du conseil des ministres, le négociateur de l’UBIW note « kabine Minis pa finn donn okenn manda a komite inter-ministeryel pou ki garanti verbal ki Nando Bodha inn done lor lefet « Okenn Travayer pa pou perdi lanplwa » tradwir par enn lakor tripartit ofisyel ki angaz Leta ek bann konpanye bis. » Et cela, même si le ministre Bodha a soutenu que « pa ena okenn pert danplwa ». « Avec le remplacement de Nando Bodha par Ivan Collendavelloo, nous nous demandons si le gouvernement ne prend pas à rebrousse-poil les engagements du ministre Bodha lors de la réunion de jeudi et en public. Eski finn re-gayn lepizod BAI, kot Bhadhain dir enn zafer ek Kabine Minis dir enn lot ? » se demande Ashok Subron.
En tout cas, depuis ce week-end, l’heure est à la mobilisation syndicale dans le transport en commun. Le mot d’ordre au sein de l’UBIW et de la General Workers Federation reste la vigilance en attendant l’assemblée générale du 28 septembre où un vote sera pris sur des actions syndicales, dont une grève, pour protester contre « toute éventuelle décision rétrograde du comité Collendavelloo. »
La veillée d’armes syndicales pour sauvegarder les acquis des employés du transport en commun avec l’arrivée des URBOS 100 en gare est enclenchée…