Yohan Louis

Il est le seul Mauricien parmi 23 étrangers à avoir été retenu par l’Alfred Wegener Institute de l’Allemagne pour une expédition internationale d’un mois entre l’Antarctique et l’Arctique sur le RV Polastern, considéré comme un des plus grands navires de recherche au monde. Revenu à Maurice depuis quelques semaines, Yohan Louis, qui obtiendra bientôt son doctorat en Marine Sciences and Ecology de l’Université de Maurice, a fait bonne impression devant ses chargés de cours et les « mentors » dont un lauréat de prix Nobel et un représentant de la NASA qui ont aussi effectué ce trajet. Le projet sur lequel il a travaillé avec deux autres chercheurs lui a valu une présentation devant un jury de très haut niveau.

Yohan Louis ne compte pas rester les bras croisés après cette expédition. Il dit vouloir aider le pays à faire face aux défis qui guettent notre océan.

Ayant quitté le pays début juin, il a fallu trois jours pour que ce jeune homme arrive à sa destination qui est le Chili avant de prendre la route vers Falkland Islands. Avant le départ sur le RV Polastern, l’équipe des étudiants, tous âgés de 24 à 34 ans, a suivi des conférences pendant deux jours, animées par des professeurs et des « mentors » dans une université au Chili en attendant que les 23 soient physiquement sur le lieu avant de se diriger vers les îles Falkland. « C’était une astuce organisationnelle pour que tout le monde soit présent compte tenu de la distance à parcourir de chaque pays pour arriver au Chili », dit-il.

Après ces deux jours, le périple vers les îles Falkland n’a pas été de tout repos car l’avion ne décollait pas. Après un jour de retard et l’inquiétude qui avait gagné tous les étudiants, la solution était de rester encore une nuit au Chili avant de reprendre l’avion le jour suivant pour être sûr d’arriver à Falkland. « C’est une île avec assez de restrictions », souligne-t-il, étant donné que cette île est disputée entre le Royaume-Uni et l’Argentine. Malgré la température qui affichait zéro degré et l’atmosphère grise de Falkland, Yohan Louis relate qu’une fois arrivé, toutes les difficultés parcourues étaient chose du passé. Les scientifiques et lui étaient visiblement très étonnés devant le navire. « C’était vraiment impressionnant.

Nous étions très contents et on s’est rendu compte de la chance que l’on avait », dit-il, étant donné qu’ils étaient 800 étudiants qui avaient postulé pour cette expédition. Pouvoir monter sur le navire était aussi un défi pour ces 23 étudiants qui devaient attendre, chacun à leur tour, la bonne vague pour pouvoir monter à bord. « Il fallait respecter les différents conseils de sécurité », fait-il ressortir.

Une fois sur le navire, Yohan Louis qui avait des appréhensions a été agréablement surpris de constater l’intérieur luxueux. Ayant à partager sa cabine avec un étudiant d’un autre pays, il dit avoir développé certaines qualités qu’il n’aurait pas apprises seul. Les appréhensions sur la vie à bord d’un navire, la nourriture ainsi que la fraîcheur côté température, selon lui, ont aussi été vite dissipées. Notre scientifique mauricien dit également avoir remarqué une discipline sur le bateau qu’il a vite adoptée. « La discipline est un peu militaire, mais il y a plusieurs raisons à cela », dit-il.

Immersion d’un CTD en mer

Et l’une de ces raisons est l’aspect social pour que tous les scientifiques puissent se réunir pour discuter et apprendre de la culture des autres. « On se retrouve à table et on mange car nous devons passer 30 jours avec des étrangers », dit-il. Ces 25 étudiants sont répartis dans des groupes de cinq et six. Yohan Louis était avec un étudiant chilien et trois étudiantes d’Irlande, du Bangladesh et d’Israël. « Chacun venait d’une discipline différente », dit-il. Ces différentes disciplines, selon lui, ont permis de tirer chacun vers le haut en partageant les connaissances. « On avait une belle entraide pour faire avancer les travaux. » Sur l’aspect du travail, il dira que chacun prenait la relève de son coéquipier pour prélever par exemple des échantillons d’eau à différents intervalles durant la nuit.

L’équipe de scientifiques

Yohan Louis dit avoir travaillé avec différents équipements pour les différents types de travaux qu’il devait effectuer. Un de ces équipements, dit-il, permettait d’enregistrer la température et la salinité de l’eau, et pouvait aller jusqu’à 5 000 à 6000 mètres de profondeur. Cela permettait aussi de collecter de l’eau à différentes profondeurs dans la mer pour des analyses dans des laboratoires sur le navire. Les étudiants devaient suivre différents modules et à la fin de chaque module, ils avaient à effectuer une présentation devant des gens de calibre. « L’ambiance était très bonne avec des questions constructives où l’on apprend », dit-il. Il se rappelle également qu’être face à un prix Nobel, l’assistante directrice de l’AWI ou un chercheur de la Nasa, entre autres, faisait ressentir des appréhensions avant chaque présentation au cas où il ne serait pas sur la bonne voie.

Selon Yohan Louis, c’est en revenant à Maurice qu’il a su que certaines activités qu’il a apprises sur le navire se font aussi dans l’océan Indien. « Ce sont des informations qui ne sont pas véhiculées au public et restent entre scientifiques », déplore-t-il.

Le changement climatique, un réel danger

Parmi les autres activités des scientifiques, ils devaient participer à un Outreach Programme où ils devaient répondre aux questions des enfants à travers Skype. La stratégie derrière ce programme, selon Yohan Louis, est de vulgariser la recherche et montrer les résultats dans un langage simple.

Ils étaient, en effet, 25 scientifiques et 15 experts de 25 différents pays qui avaient effectué cette expédition. Ces experts des océans ont pu être formés grâce à une collaboration entre le Partnership for Observation of the Global Ocean (POGO), la Nippon Foundation du Japon et l’Alfred Wegener Institute de l’Allemagne. Cette mission avait aussi pour but d’évaluer l’état de l’océan Atlantique dans le cadre des Objectifs du Millénaire 13 et 14 des Nations unies. Le POGO et la fondation japonaise se sont engagés à former de nouveaux experts de tous les océans. L’accent est mis sur le développement des capacités chez les pays en développement. Sur le navire, les scientifiques ont pu analyser, à travers des équipements, la température de l’eau, sa salinité, les micro-organismes, et des polluants tels des microplastiques allant de l’Atlantique sud à l’Atlantique nord.

« Les océans se réchauffent », soutient Yohan Louis à la suite des différentes analyses qu’il a menées. Même si cela est réfuté par certaines personnes, il dira que sans analyse, personne ne s’aventurera pour une telle affirmation. « Il faut un “monitoring” sur le long terme », dit-il, car les données ont montré que les océans continuent à se réchauffer. Selon lui, avant l’expédition, une hausse moyenne de 0, 8 °C avait été notée. Même si cela paraît peu, il observe que ce chiffre est fort pour l’océan. « Nous avons noté que la température continue à monter », dit-il.

Durant cinq jours, selon Yohan Louis, le lauréat du prix Nobel présent sur le bateau a animé des discussions sur le changement climatique. « Il faut s’inquiéter car les rapports donnent des recommandations sur ce que nous devons faire, mais nous ne voyons aucune action, voire très peu », constate-t-il. Ces rapports ont aussi prévu des scénarios si rien n’est fait. « Les pays développés font très peu à ce sujet », note-t-il. Et d’ajouter que chaque étudiant a pu expliquer les problèmes en cours dans son pays à cause du changement climatique. Il dit avoir expliqué les problèmes du blanchiment des coraux, des “flash floods” et l’érosion des plages. « Ceux qui ont été sélectionnés ont vraiment à cœur l’intérêt de leur pays », souligne-il lorsqu’il a appris ce que les autres enduraient dans leur pays.

Une autre chose qu’il a apprise sur le bateau est le “remote sensing”. Selon le scientifique, il faut utiliser des satellites de plus en plus et grâce aux données collectées durant l’expédition, ils peuvent être vérifiés et calibrés. Et d’ajouter que les données seront envoyées à l’European Space Agency pour le calibrage de leurs satellites. « On avait intérêt à être précis », dit-il. Des satellites peuvent aussi, selon lui, être utilisés pour l’étude des coraux.

Un des problèmes aussi noté est le microplastique dans les océans. Des analyses ont aussi été faites sur ce sujet. Le dernier jour de cette expédition, les scientifiques avaient été appelés à une présentation. Son groupe, composé de trois scientifiques, a proposé d’utiliser différentes données pour donner naissance à une image en 3D. « Au bout de trois jours et trois nuits, nous avons pu produire une image qui a étonné les “lecturers” », se rappelle Yohan Louis. Cette présentation a été bien reçue et un grand poster a été imprimé pour être présenté lors d’une cérémonie.

Le fait d’avoir été choisi par l’Alfred Wegener Institute est une barrière franchie pour notre jeune compatriote de Petite-Rivière. L’expédition qui a duré du 2 au 29 juin a été une « lifetime experience » pour lui. Avec de nouvelles connaissances dans son domaine, il compte les mettre au profit du pays à travers une initiative qu’il lancera bientôt.