Attitude mi-figue mi-raisin avec la publication de la révision salariale du Pay Research Bureau (PRB) en faveur de 85 000 fonctionnaires et 25 000 retraités. L’annonce d’une révision salariale dans la fourchette de 6,5 % à 14 %, soit avec des salaires de l’ordre de Rs 8 000 par mois pour les General Workers au bas de l’échelle dans le secteur public et de Rs 122 000 par mois pour les Permanent Secretaries (PS) sans compter les Rs 206 000 du chef juge ou encore les Rs 200 000 du chef du Service Civil et secrétaire au Cabinet, n’a pas été suffisante pour atténuer la grogne au niveau des perspectives de promotion ou encore des conditions de service. Ainsi, les dirigeants des trois principales fédérations syndicales, soit la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP) de Rashid Imrith, la Fédération des Syndicats du Service Civil (FSSC) de Narendranath Gopee et la General Services Employees Association (GSEA) de Radhakrishna Sadien, se sont donné un temps de réflexion durant le week-end et prévoient une concertation dès lundi matin en vue de décider de la marche à suivre. Néanmoins, le mécontentement est tellement palpable dans la catégorie des General Services avec notamment le Downgrading recommandé des Management Support Officers et des examens pour une seule et unique promotion après 40 ans de service que la secrétaire de la General Government Services Union et de la FSSP, Bhoopa Brizmohun, envisage la possibilité d’une grève de la faim pour attirer l’attention sur le sort infligé à cette catégorie de fonctionnaires.
De son côté, dans son premier rapport triennal avec un retour à l’exercice de révision salariale sur une période de cinq ans, le PRB met l’accent sur cinq priorités pour le secteur public à savoir
– l’accessibilité financière sur le plan national et la Social Acceptability des recommandations,
– la nécessité d’une culture de travail axée sur la performance et une attitude plus efficace en matière de Service Delivery en faveur du public en général,
– l’érosion du pouvoir d’achat depuis le dernier rapport du PRB en 2013, avec un taux d’inflation cumulatif de 8,2 % pur la période allant de janvier 2013 à décembre 2015,
– mettre en place une politique salariale privilégiant un taux d’augmentation plus élevé pour ceux au bas de l’échelle de même que les Middle Income Earners,
– prendre en ligne de compte l’importance des préoccupations de relativité des partenaires en vue d’assurer un système salarial juste et équitable,
– et réduire l’écart des salaires entre ceux au bas de l’échelle et les plus hauts salaires à un Pre-Tax Basic Salary Ratio de 1:7.
Le rapport du PRB s’attarde également sur la situation économique en tirant la sonnette d’alarme sur le problème de l’endettement public. « Due regard has to be given to the prevailing unfavourable economic environment and the fiscal constraints arising from the statutory public debt limit set in the Public Debt Management Act at 50 % of GDP by end 2018 », souligne le rapport en faisant état des efforts « to balance the need for adjusting the pay package in the public sector with the need for pursuing prudent macro-fiscal policies to face national and global challenges ahead while at the same time focussing on the transformation of public sector organisations into modern and professional institutions dedicated to the service of the nation ».
Au chapitre du Salary Ratio, le PRB révèle que lors des consultations avec les représentants des syndicats du Service Civil, la proposition d’un salaire minimal de Rs 15 000 par mois avait été formulée par les syndicalistes en vue d’assurer « a fair and reasonable salary distribution among the grades in the public sector ». Mais en fin de compte l’idée n’a pas fait son chemin.
« On the other hand, during consultations, we have received strong arguments for large pay hikes from professionals and the higher echelon on account of their responsibilities, accountabilities and working conditions. Representations were made for upgrading the posts of Senior Chief Executive and Permanent Secretary », ajoute le PRB. « The Bureau has examined all the arguments put forward and considers that acceptability and sustainability of its salary recommendations are of overriding concern », soutient-il en guise de justificatif avec un « salary ratio to 1:7 by setting the top salary of the General Worker to Rs 17 375 and that of the Permanent Secretary to Rs 122 000 ».
Effectivement, ce ratio entre les salaires les plus hauts et ceux des plus bas de l’échelle, qui était de 1:7,3 suite au Errors and Omission du rapport du PRB de 2013, fait l’objet de contestation de la part des syndicats de la fonction publique. Ils font comprendre que pour arriver au Post Tax Salary Ratio de 1:6,9 en 2015, le PRB a pris le Top Salary du General Worker au bas de l’échelle après 37 ans de service alors que le Starting Salary n’est que de Rs 8 000.
« Ce chiffre pour le Salary Ratio est un leurre comme l’est également le coût de Rs 3 milliards pour la mise à exécution du rapport du PRB. Il faut tenir compte du fait que 20 % de ce budget retournera dans les caisses sous forme de contributions », font ressortir des syndicalistes dans une première analyse sommaire du rapport du PRB, qui se tient en au moins cinq volumes, dont le principal contient 772 pages.
D’un commun accord, les trois fédérations syndicales ont pris la décision de fixer une réunion de consultations et de concertation pour lundi en vue de décortiquer les recommandations du PRB et de s’engager dans un exercice de « comparing notes ». A ce stade, tout semble indiquer que le principal cheval de bataille sera les perspectives de promotion pour les fonctionnaires et les conditions de service. « Comment peut-on s’attendre à voir un fonctionnaire passer 40 ans dans le service sans la possibilité d’obtenir une promotion ? C’est inimaginable. Et aujourd’hui, que vient-on lui proposer en guise de remèdes ? Prendre part à des examens à la veille de ses 60 ans », s’insurge Rashid Imrith.
De son côté, Suttyudeo Tengur de la Government Hindi Teachers’ Union (GHTU) partage ce point de vue sur des examens à 60 ans. « Le point noir du rapport 2016 : formation des fonctionnaires à l’âge de 60 ans. Rien de plus ridicule car si on a passé plus de 40 ans sans promotion ou formation, ce n’est pas à cet âge qu’on va se recycler. C’est la grosse bourde du PRB », dit-il avec force.
A ce chapitre de la promotion dans le secteur public, le PRB adopte un silence quasi religieux. « Though the Bureau considers that it is very demotivating to serve in a single grade for long years without any promotion, it is also alive to the fact that promotions are tied to the occurrence of vacancies or existence of positions at higher levels. To circumvent this awkward situation and provide some form of compensation for those who have not been able to get a promotion during their service, the Bureau has made provision for the grant of Long Service Increment (LSI) to certain categories of officers subject to satisfying some conditions. This is being maintained ». La situation serait encore plus dramatique et urgente pour les fonctionnaires dans la catégorie des General Services. Une première action, sous forme d’une grève de la faim de Bhoopa Brizmohun, secrértaire de la GGSU, est contemplée dès cette semaine car les Management Support Officers ont été rétrogradés dans la hiérarchie du service. La révision de cette décision se situe au top niveau de l’agenda de revendication des syndicats de la fonction publique.
Le reproche majeur adressé par les syndicats au sujet des recommandations du PRB est l’absence de consultations. Les syndicalistes prennent pour exemple la décision visant à introduire un Government Medical Insurace Scheme avec des contributions à parité (50/50) entre le gouvernement et les fonctionnaires ou encore le Flexitime. « La moindre des choses entre partenaires est d’ouvrir des consultations au préalable sur ces dossiers au lieu de les imposer presque en catimini », déclare Rashid Imrith.
Le président de la GHTU tient également à mettre en garde contre le Government Medical Insurance Scheme en avançant que « d’autres points dont l’introduction du flexitime et l’introduction d’un système d’assurance, financé à hauteur de 50 % par l’Etat, devraient faire l’objet de discussions plus approfondies. Avec le scandale de la BAI, on se demande si ce n’est pas un autre moyen de la part du gouvernement d’embarquer les fonctionnaires dans une aventure qui risque de leur coûter cher. »
En tout cas, le rapport du PRB n’a pas encore dit son dernier mot car avant l’étape des Options Forms pour le paiement des nouveaux salaires avec effet rétroactif au 1er janvier dernier, les syndicats du secteur public tenteront un baroud d’honneur pour obtenir satisfaction sur le front des conditions de service…