Il y a comme ça, dans le fil de l’actualité, comme une succession de séquences vraiment pathétiques. À commencer par les outrances du président de la commission de pourvoi en grâce et ancien chef juge, sir Victor Glover, qui n’éprouve aucune gêne à affirmer et à répéter que, dans les cas de viol, se pose toujours le problème du consentement, ont provoqué un vif émoi dans le pays.

Il a avancé cette thèse pour justifier que son comité a décidé d’accorder la rémission à un violeur qui a vite fait d’aller violer le domicile de la Deputy Commissioner of Prisons Aubeeluck.

Autre justificatif du président de cette commission, l’intervention du cardinal Maurice Piat, qui a plaidé en faveur du violeur sur une base humanitaire. Autant la position raisonnée du chef de l’Église catholique sur le recensement ethnique, autant celle qui a permis de remettre en circulation un violeur condamné à 18 ans de prison ne peut que susciter de nombreuses interrogations. Si ce n’est de la consternation.

D’autant qu’il est encore frais dans les mémoires son refus catégorique, alors qu’il était invité à le faire par l’évêque de Maurice, Ian Ernest, en faveur de Bidianand Jhurry, qui n’avait pas obtenu la conversion de sa peine de neuf mois de prison en travaux communautaires. Le délit commis par cet ancien syndicaliste et laboureur : l’embauche de ses fils au Sugar Industry Labour Welfare Fund alors qu’il était le président de cet organisme public.

Il méritait certainement sa sanction par le tribunal, mais il pouvait aussi prétendre à un aménagement de sa peine… sur une base humanitaire. Il n’avait violé personne, lui. Il se peut que sa condition ou son profil n’aient pas permis de mobiliser autant que ceux du violeur Christophe Perrine, qui a pu s’en tirer à bon compte à la suite d’un battage digne d’une campagne pour une innocente victime de la dictature comme Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien condamné à 20 ans de prison en Russie pour “terrorisme”. On marche sur la tête.

Pathétique aussi la séquence sur les commissions qui sont pourtant au cœur même de l’organisation des élections à Maurice. Certains des membres de ces commissions ont siégé sous plusieurs gouvernements. Il y a eu et il y a du bon et du moins bon, mais ils se sont toujours acquittés de leur tâche convenablement.

S’il faut s’opposer de front au projet sans limite du MSM de vouloir mettre sous tutelle toutes les institutions du pays avec ses nominations politiques, la dernière en date étant celle de l’avouée du Premier ministre Ammanah Saya Ragavoodoo, on ne peut pas pour autant suivre Xavier Duval dans ses diatribes, aussi surprenantes que soudaines, contre l’ensemble des membres de ces commissions.

L’actuel leader de l’opposition était de tous les gouvernements qui ont reconduit ces membres mêmes et, pas plus tard qu’il y a quelques semaines, après qu’il a découvert un peu tardivement que les circonscriptions ne sont pas délimitées de manière proportionnelle, il a été déposer de bon coeur devant eux dans la perspective de la préparation du rapport sur le découpage électoral. Le dernier en date, celui de 2009, n’ayant jamais été présenté à l’Assemblée alors qu’il était au gouvernement. On ne se souvient pas qu’il ait rué dans les brancards pour faire adopter un rapport plus équitable en termes de répartition d’électeurs.

Critiquer dans une perspective d’améliorer le fonctionnement de nos institutions est une chose, mais traiter tout le monde de “fatras”, alors qu’il en a plein lui-même dans son entourage, les mardis de séance parlementaire étant particulièrement édifiants à ce propos, est déplacé de la part d’un leader de l’opposition.

Et pour clôturer cette belle série de séquences pathétiques, comment ne pas revenir sur cette activité organisée par Yatin Varma pour la présentation du livre de son défunt père vendredi dernier. On dirait qu’il voulait être celui qui remporte une sorte de concours de “photo opportunity” en réunissant ses “amis” éparpillés. Il ne manquait que Vasant Bunwaree, son ancien colistier du N°12. Certains invités, pour qui les mots dignité et respect ont encore du sens, ont préféré ne pas participer à la mascarade de la photo de famille recomposée de l’opposition.

Ceux qui n’ont pas fait l’impasse sur la plateforme politique concoctée par l’ancien Attorney General ont dû se souvenir qu’il n’a pas laissé que de bons souvenirs dans l’opinion publique. Ils doivent sûrement se rappeler, non seulement sa position favorable à la peine de mort comme réaffirmée le week-end dernier et, peut-être, les lettres envoyées par le backbencher travailliste à divers collègues ministres « pour offrir ses services de conseiller légal » et aussi ses déboires avec Florent Jeannot à la suite d’un banal accident de la route, avec son apparition avec un plâtre comme s’il avait livré un match de boxe avec l’Américain Floyd Mayweather. Ou encore cette séquence où un de ses amis de VOH l’avait aidé à ne pas confondre entre bouteille d’eau et flacon d’herbicide.

Alan Ganoo a eu droit à la parole, probablement parce qu’il détient la palme du rôle du meilleur agwa de l’histoire, tandis que Steve Obeegadoo s’est contenté du rôle qu’il préfère, celui du figurant. En attendant peut-être de se retrouver sur la même plateforme que son colistier préféré, le crypto-travailliste Michael Sik Yuen, celui qui, avant même le débat sur le recensement ethnique si cher à son parti d’origine, le PMSD, avait décidé de tourner en dérision la Constitution en se réclamant de la “population générale” pour mieux pouvoir arracher un siège de Best Loser.

Ce qu’il a brillamment réussi à faire en 2005 sans que son leader n’y retrouve à redire alors. L’adage qui veut que tout ce qui se ressemble s’assemble n’a jamais autant justifié son existence.