« Pie san rasinn pa pou tini / Kouma kan pena kiltir…» (Kaya, Soley ek bondie). Deux événements ayant des réverbérations mondiales ont remis en perspective, pour la énième fois, ces paroles aux connotations universelles de notre griot national disparu en février 1999…

Il y a eu, d’abord ce lundi 3 septembre, ce soulèvement populaire qui mérite pleinement d’être salué. Cela ne s’est hélas pas passé chez nous, dans notre petite île-paradis, mais à l’autre extrême de la planète : au Brésil. L’incendie qui a ravagé le Musée national de Rio de Janeiro le dimanche 2 a provoqué une réaction populaire des plus inattendues parmi la population brésilienne. Les médias internationaux en ont parlé en long et en large ! Le lendemain, donc, les rues jouxtant le centre de Rio étaient noires de monde, scandant des slogans qui traduisaient leur colère et leur chagrin, appelant carrément à la sanction contre le gouvernement en place. Des milliers de citoyens sont en effet, suivant une pulsion spontanée, descendus dans la rue pour manifester leur indignation et leur ire contre les coupes budgétaires imposées par le président Temer. Des mesures qui, estiment ces Brésiliens de tous âges, des étudiants en art des citoyens moyens, ont fait que ce musée n’a pu être dûment protégé et que ses innombrables richesses — il abritait environ 20 millions de pièces de valeur inestimable et une bibliothèque de plus de 530 000 titres — sont parties… en fumée. Une tragédie annoncée.

Much ado about nothing ? Certainement pas ! Quand on comprend et qu’on réalise la valeur de la chose culturelle et artistique dans le développement d’une nation, l’on ne peut que louer l’esprit de solidarité qui a prévalu parmi ces Brésiliens qui sont descendus dans un seul et même élan dans leurs rues pour dire leur révolte ! Assez à l’amateurisme. Assez au manque de vision. Assez aux décisions hâtives et mal élaborées. Basta l’indulgence, la tolérance et le silence face aux discours creux des politiques qui causent des torts irréversibles. Chez nous, des artistes locaux, tels que Bruno Raya et Eric Triton, ont souvent soulevé ces arguments face au manque d’implication des régimes gouvernementaux successifs envers la reconnaissance et la valorisation de l’art. Peut-être qu’enfin nos politiques en prendront de la graine !

Suivant cette mouvance, avec le ton donné par les Brésiliens, donc, on aura rêvé, une fraction de seconde, pas plus, ce même lundi 3, qu’un vent de solidarité identique prévale dans nos quartiers lors du coup d’envoi des audiences devant la Cour de justice internationale de La Haye. On a imaginé des groupes de Mauriciens, de tous âges et de tous bords, réunis telles des familles, autour des écrans géants, par exemple, comme lors des matches de foot comptant pour le Mondial ou l’Euro. Ou quand un Mauricien est en lice dans une compétition sportive internationale. Au final, la cause chagossienne a tenu la gageure. Dans les médias ou sur les réseaux sociaux, soit dit. Mais pas dans nos rues, hélas ! Alors que 17 États étrangers (parmi la Serbie, la Zambie, la Thaïlande, l’Australie…) sur les 22 auditionnés par la CIJ, ont voté en faveur de la revendication mauricienne, ici bas, dans nos entrailles, la réaction populaire aura été sinon timide, pour dire le moins tiède, voire effacé.

Pourtant, le “move” de Maurice, quelle que soit la position adoptée par le tribunal de La Haye, restera gravé dans les mémoires et les archives mondiaux ! Jugnauth père marquera de son empreinte le fait qu’il soit resté tenace dans sa lutte, jusqu’au bout ; mais ce n’est pas tout. L’exemple mauricien sera repris dans les manuels et des documents, certainement, car cette motion présentée par l’île Maurice en quête de la décolonisation des Chagos avec pour dommages collatéraux une grave injustice humaine envers un peuple, a dépassé son simple cadre de revendication ! La cause chagossienne franchit de fait toutes les frontières de son seul combat pour revêtir une aura mondiale.

L’on ne s’attend forcément pas à ce que les Mauriciens fassent front commun, en nombre pour un rien, certes. Mais les grandes causes, nous semblait-il, fédèrent… Cependant, l’espoir est permis. À l’instar de l’initiative, excellente, soit dit en passant, du Kolektif Rivier Nwar (KRN) de contribuer à freiner l’hécatombe sur nos routes avec 118 victimes jusqu’ici. La campagne enclenchée auprès de tout un chacun devrait rapporter ses fruits… et faire des émules, pourquoi pas ?