Après avoir passé sa tendre enfance à fabriquer chez la famille Ragoobur à Arsenal, Terre- Rouge, de milliers de ces petites lampes en terre glaise appelées “diyas”, Vidyawantee Dawoonah gère une petite entreprise familiale spécialisée dans la fabrication de poterie, située à Camp-Ithier où elle habite.

« J’avais 12 ans lorsque mon père Mohabeer, qui travaillait sur l’établissement sucrier de Beau-Plan, m’avait confiée, à cause de la misère, à mon oncle qui habitait Arsenal. Il était l’un des pionniers du métier de potier. Comme je trouvais le métier passionnant, je commençais à tourner dans l’atelier. Je prenais un grand plaisir à façonner à ma manière la glaise pour lui donner la forme que je voulais ». Quelques années plus tard, Vidyawantee épouse Ramesh Dawoonah et vient s’installer sous le toit de ses beaux-parents à Camp- Ithier. « J’étais réticente au début. Mais mes beaux-parents faisaient tout pour que je puisse m’intégrer facilement au sein de la famille ».

De cette union naquirent cinq enfants, des jumelles, Priya et Preetee, Prema, Mira et Vikram, le seul garçon. « Comme je ne faisais pas grand-chose à cette époque, l’idée d’implanter une poterie dans le village me trottait toujours dans la tête. Je faisais part de mon ambition à mon époux et mes enfants qui accueillaient favorablement l’idée. Très emballés, mes enfants, qui étudiaient en même temps, ont décidé eux aussi de mettre la main à la pâte. Nous avons commencé à réunir tous les moyens pour atteindre notre objectif. Entre-temps, je réunissais une vingtaine de femmes du village, pour les initier gratuitement à la poterie dans mon atelier où l’on fabriquait déjà des lampes, sur une petite échelle pour écouler sur un marché assez restreint. C’est ainsi que s’est développée l’entreprise familiale », raconte Vidyawantee.

L’époux de Vidyawantee, Ramesh, le fils Vikram, Priya, Prema et Mira, travaillent dans l’entreprise. Seule Pretee, qui se trouve à l’étranger et qui est à la tête d’une grande entreprise qu’elle gère à son compte, n’en fait pas partie. Vidyawantee, qui a vécu dans l’univers de la poterie pendant plus de trente ans, s’organise chaque jour pour trouver de la glaise, notamment à Balaclava. « Les autorités nous interdisent d’y avoir accès maintenant. Il nous faudra bientôt nous tourner vers d’autres endroits ».

Comment cela se passe-til une fois que la glaise est arrivée à l’atelier ? « On se met au travail. Nous faisons sécher la glaise pendant deux ou trois jours avant de la mélanger avec de la poussière de roche pour qu’elle soit plus malléable. Une fois cette étape franchie, on mélange les deux pour les lier, avec des équipements modernes pour rendre notre tâche plus facile et ce jusqu’à l’étape finale ». « Fabriquer des potiers et des lampes est un art qui exige beaucoup de patience », insiste Vidyawantee, en présence de son époux et ses enfants. Outre la fête de Divali, existe-t-il un marché pour écouler ses produits ? « Bien sûr », répond notre interlocutrice avec empressement. « J’ai des clients pendant toute l’année pour acheter des souvenirs ou des objets décoratifs et ceux qui viennent de la Grande Péninsule et d’autres pays de la région ». Vidyawantee n’est pas près de quitter cet univers qui lui permet aujourd’hui de mener une vie paisible avec ses enfants et ses petits-enfants. « J’ai toujours voulu transmettre mes connaissances aux autres femmes pour qu’elles puissent un jour gagner leur vie, dans ce métier qui commence malheureusement à disparaître. Il faut toujours penser aux autres. Cela, je l’ai appris de mes parents ». Elle aurait aimé qu’il y ait plus de femmes à Maurice qui travaillent à leur propre compte. Elle croit dur comme fer que si un jeune veut trouver du travail à Maurice il y arrivera avec de la persévérance et de la bonne volonté. Elle prend comme exemple Michaël, un jeune habitant de Bois-Marchand, qui travaille dans son entreprise depuis plus de 12 ans. « Li faire so devoir li pran so bus, li vinn travail tou le gramatin. Rarement li absent et doucement doucement li pe faire progré », observe Vidyawantee.