Inscrire résolument la question du développement durable à l’agenda des grandes puissances de ce monde, car il en va de la survie même des Etats ACP: c’est ce à quoi oeuvre Viwanou Gnassounou, Sous-secrétaire général (Département du Développement Économique Durable et Commerce) aux ACP. Une détermination qu’il a partagée au cours du 102ème conseil des ministres ACP à Bruxelles la semaine dernière, avant de s’envoler pour Paris pour le COP 21.
Au secrétariat des ACP, Viwanou Gnassounou travaille aussi bien sur les dossiers du commerce que sur ceux de la pêche et de l’aquaculture ou des SIDS (petits Etats insulaires). Mais c’est la question du développement durable qui mobilise ces jours-ci particulièrement son attention. Et pour cause: il y a urgence nous dit-il.
Pour lui, il est en effet plus que jamais impératif de parler du développement durable. « Par moments, quand on utilise le terme développement durable, on s’insurge en disant que cela va de soi, que le développement doit être durable. Mais on se rend compte que parfois, on est juste préoccupé par faire le nécessaire pour que les gens puissent trouver à manger, un hébergement, un emploi, avoir accès à l’eau courante sans forcément se préoccuper d’autre chose que l’immédiat. C’est pour cela qu’il est toujours utile de le rappeler. Le groupe ACP en particulier est constitué essentiellement de ceux qui souffrent directement des conséquences du développement actuel que nous ne pensons pas réellement durable. Nous n’en sommes pas les fauteurs, et on voit que notre contribution à ces effets, notamment si on parle du changement climatique, sont minimes. Mais nous, nous savons que la plus petite différence compte, et quand nos partenaires disent qu’ils s’engagent à ne pas augmenter la température de plus de 2°, nous on dit qu’un demi degré fait une différence. C’est pour cela que les 79 pays ACP se sont engagés en faisant des offres. Nous voyons la réalité au quotidien, dans les îles mais aussi les pays en littoral, nous avons des pays où la mer entame les côtes. Nos pays sont non seulement les plus exposés mais en plus ils ont moins de moyens pour répondre aux catastrophes lorsqu’elles surviennent. C’est là aussi que nous devons réagir car le peu de ressources dont nous disposons peuvent être mieux utilisées en faisant de la prévention plutôt qu’essayer de réagir une fois que les conséquences sont là ».
D’où la décision, explique Viwanou Gnassounou, de monter une plateforme pour obtenir plus d’écho.
« Plus nos voix s’élèvent, plus nous montrons les réalités, plus nous avons une chance de nous faire entendre. Nous le voyons comme un processus. Nous ne nous arrêtons pas à Paris, nous parlons de Paris et après. Le travail va continuer pour que des pays comme la Chine aillent de l’avant avec des projets d’investissement permettant de passer des énergies fossiles aux énergies renouvelables. Il faut donc garder le momentum pour arriver au résultat voulu et sauver ceux qui sont les plus vulnérables », insiste-t-il.
Sur le dossier du commerce, dont il s’occupe également, Viwanou Gnassounou dit les attentes des ACP au sujet de la 10ème conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce qui aura lieu à Nairobi du 15 au 18 décembre
« Le premier document à être mis sur la table est la Déclaration ACP dans laquelle nous réaffirmons notre engagement au système multilatéral. Nous voulons qu’à Nairobi on n’enterre pas le cycle Doha. Sous prétexte qu’il y a des difficultés parce que justement certains ne veulent pas s’engager, nous avons entendu des mots comme « tourner la page de Doha ». Nous voulons croire que c’est un engagement à réellement finir ce que nous avons devant nous à l’ordre du jour et ensuite passer à autre chose. Nous voulons qu’il y ait un engagement renouvelé et que chacun soit réellement responsable à ce niveau-là. Malheureusement on voit qu’il y a un plurilatéralisme qui se développe et nous voulons que cela puisse être plus tempéré. Ce que nous attendons de Nairobi c’est qu’il y ait un renouvellement de l’engagement en faveur du multilatéralisme ».
Il est par ailleurs agréable de noter, dit notre interlocuteur, que les États ACP se sont bien aguerris en termes de négociations multilatérales. « L’OMC a été créée en 1995, en 2005 il y a eu le cycle de Doha, nous avions encore très peu de missions à Genève. Nous sommes maintenant outillés pour participer à des négociations et obtenir le meilleur pour nos populations. Il y a une attente forte et raisonnable par rapport à Nairobi. Nous y allons. Plus nous serons présents, plus nous serons cohérents dans notre approche, plus nous pensons que nous pouvons peser sur le sens des choses » conclut le sous-secrétaire général.
Une conviction que l’on souhaite partagée…