Deuxième Mauricien à avoir dévoilé publiquement vivre avec le Sida, Dhiren Moher, activiste de longue date, est l’actuel président de PILS. Fidèle à son habitude, Dhiren Moher « refuse » de pratiquer la langue de bois. « Je trouve cela inadmissible qu’en 2019, nous en sommes toujours à enregistrer les décès des patients ! Alors que Maurice est un pays où le traitement/la médication sont gratuits. Les suivis et la prise en charge sont là. Les conditions sont réunies pour un encadrement adéquat des malades, et pourtant, on continue à dénombrer les morts parmi les PVVIH », déplore-t-il.

Sans décolérer, le président de PILS continue : « Je ne suis pas du tout d’accord avec ceux qui di- sent que les toxicomanes se fichent de leur santé et ne vivent que pour leurs doses, et c’est une des rai- sons qui fait que nombre d’entre eux meurent. C’est archi-faux ! C’est un cliché, un préjugé. » Notre interlocuteur poursuit : « Tant qu’il y aura des gens qui font preuve de discriminations multiples, et qui stigmatisent ceux qu’on catégorise comme des marginaux — les toxicomanes, les travailleuses du sexe, les transgenres, les homosexuels… — on aura, malheureusement, de nombreuses personnes qui vivront cachées, qui refuseront de venir vers les centres de traitement et de santé. Tant que ces personnes ne se sentiront pas en sécurité et qu’elles seront pénalisées par d’autres qui se permettent de les juger, nous aurons, hélas des patients et des malades qui préféreront se laisser mourir plutôt que d’affronter ces regards. »

Relativement au thème de la Journée de la lutte contre le Sida, cette année, le président de PILS soutient que « l’approche communautaire est un élément prépondérant et de prime importance dans la riposte à l’épidémie ». De fait, continue-t-il, « PILS a baptisé la thématique “San twa, pa kapav aret Sida”, suivant le thème international de l’OnuSida, qui est “Les organisations communautaires font la différence” ». Il ajoute : « Nous sommes d’avis que, plus que jamais, toutes les prises de décisions et les actions qui seront engagées dans ce domaine, doivent impérativement être faites avec la participation des membres des “key populations”, soit les PVVIH et ceux qui gravitent dans les mi- lieux les plus à risque. »

Dhiren Moher élabore son point de vue : « Ce sont ces personnes qui connaissent mieux que quiconque quels sont les obstacles, les problèmes, les attentes, entre autres, des PVVIH, parce que c’est leur quotidien, leur réalité. De fait, oui, nous devons avoir des décideurs qui auront ces tâches, mais égale- ment ces “key persons” sans qui nous n’arriverons à rien de concret ! »

Le président de PILS salue le signal fort envoyé par le Premier ministre en prenant le leadership du HIV & Drugs Council. « Il prouve qu’il “mean business” et que ce dossier n’est pas uniquement l’affaire du mi- nistère de la Santé. Aujourd’hui, la problématique du Sida à Maurice a dépassé les enjeux de santé publique. Il y a des facteurs sociaux et économiques qui sont également importants », explique-t-il.